MONUMENT A LA MÉMOIRE DES SUISSES
MASSACRÉS PENDANT LA JOURNÉE DU 10 AOUT H92. [V. la lijjurc, \>. 67.) Figure colossale sculptée dans le roc. — Lucerne. — Haut., 6 m.; larj;., 9 m.
M. Arthur Ponroy décrit ainsi ce monument :
u [maginez-vous une sorte de retraile profonde et mystérieuse à laquelle on arrive par des sentiers tortueux et doucement inclinés. Vous louchez «le la main un chalet qui dort sur la gauche; à quarante pas en avant est la roche nue coupée à pic, comme fendue en deux par un éclat de tonnerre, avec des zigzags naturels à travers les couches granitiques, rudes et fantasques sillages «pie semblent y avoir fixés les éclairs. Au pied de la montagne est une large nappe d'eau verdâtre et immobile; des deux côtés s'élèvent deux bosquets de mélèzes
dont la cime triste et noirâtre va se confondre avec les arêtes du rocher, couronné lui-même par un magnifique houquet de chênes <pii se peuchenl en un dôme austère. Sur l'arrière-plan de la roche roule uni' ptiite caxade ipie l'on ne voit pas, et dont les eaux murmurantes viennent alimenter celle mer morte OÙ rien ne vibre plus (pie la plainte sans cesse renouvelée de la funèhre légende. Puis, ça et là, à travers les fissures de la roche grise, suintent de pauvres filets d'eau, larmes éternelles qui coulent sans cesse; airain qui sue, pierres qui pleurent, comme pour rappeler éternellement à ces retraites grandioses la loi de douleui et de majesté que le génie leur a imposée :
Illacrymat tcntplh chut; œraque sudant!
Enfin, à vingt pieds au-dessus du lac, au fond d'une niche géante et creusée à main d'homme dans le roc, un lion mourant est couche, un lion dois loigrand comme nature; il a le liane percé d'une pique brisée; ses veux sont clos quoique terribles; une de ses (''normes pâlies retombe au-dessus de l'eau qui la
SECONDE PARTIE
reflète; l'autre est crispée encore sur les fleurs de lis d'un bouclier; et, dans toute cette magnifique image, il semble qu'avec un sentiment d'horreur vous respirez en même temps un sentiment de force héroïque, de vertu pure et consolante qui plaît au cœur et le rassérène. Puis, quand vos yeux se baissent sous l'imposante grandeur de ce spectacle, ô prodige! ô art infini! vous le revoyez dans l'eau, reflété avec des tons gris et verts qui donnent à toute cette composition formidable une énergie âpre et farouclie; quelque cbose de fantastique et de mystérieux qui rappelle les colères de Dante et les grandes tristesses de Shakespeare. »
Modelé à Rome en 1819. Sculpté dans le roc par Lucas Ahorn, artiste de Constance. (F. p. 67 et suiv.) Le modèle de plâtre figure au Musée Tliorvaldsen (haut., 85 c. ; larg., 1 m. 55 c. ).