ACTE I, SCENE IV. i
Il régnait ^ je gouverne à force de puissance : Rome par ses clameurs, même par son silence, De mes secrets périls m'avertit chaque jour , Et, loin de tous les yeux, me bannit dans ma cour.
SÉJAN
Pourquoi vous condamner à tant d'inquiétude ?
Quoi ! le maître du monde est dans la servitude 1
Aux rives de Caprée, en de pompeux jardins,
Auguste de Tempire oubliait les chagrins.
Là , vous pourriez trouver sous de rians asiles ,
Des cieux toujours sereins , des nuits toujours tranquilles^
Là César tout puissant , même au sein des plaisirs ,
Sans cesser de régner, goûtant d'heureux loisirs,
Plus grand par son absence , et laissant ses images ,
Des Romains prosternés recueillir les hommages.
Semblable aux immortels, du vulgaire adorés,
Pourrait dicter de loin ses oracles sacrés.
Dispenser des bienfaits ou lancer le tonnerre ,
Et rester invisible en gouvernant la terre.
Je vois dans l'avenir ce moment souhaité-, Il faut à Rome encor, haï mais redouté, Traîner de piège en piège une inquiète vie. Empereur absolu sous les lois de Livie : C'est ma mère ^ et d'ailleurs , puis-je oublier jamais Que cet empire même est un de ses bienfeits ? Je vais la prévenir du retour d'Agrippine-, Mais quand tout de Pison garantit la ruine, Toi , ministre zélé , digne de ma faveur,
i6 TIBÈRE.
Et le seul des Romains à qui j'ouvre mou cœur, Intimide et corromps-, c'est ainsi que Ton règne. Rome peut me haïr, pourvu qu'elle me craigne. Sur xigrippine enfin tente les orateurs, Ebranle son crédit auprès des sénateurs. Si la haine jalouse, à tes pieds abaissée. Voit dans les jeux publics ta statue encensée, Mérite que bientôt, rehaussant ton éclat, L'empereur avec lui t'admette au consulat.