SCENE III
TIBEKE f AGRIPPINE , ses trois fils , sénateurs ,
Il sort ^ et sa douleur n'est que trop véritable.
Est-ce un remords tardif? ou n'est-il point coupable?
Aurait-il seulement haï Germanicus ?
Près de moi, sénateurs, je ne l'admettrai plus ^
Mais d'un plus grand délit la preuve est nécessaire ,
Quand il faut condamner un vieillard consulaire.
Pison, quoi qu'il en soit, trouve un accusateur :
Demain, Fulcinius, comme vous sénateur,
Devant le tribunal se dispose à paraître.
AGRIPPINE
Fulcinius ! Séjan s'apprête aussi peut-être ?
Eh quoi ! Fulcinius ose être mon appui !
Tes exploits, cher époux^ seront vantés par lui!
Eh î sait-il seulement quelle est ta renommée ?
Nos guerriers l'ont-ils vu ? Connait-il une armée .^
A îa cour de Séjan , que pouvait-il savoir ^
D'où lui vient ce grand zèle ? et quel est son espoir?
Sa fortune a besoin de nouvelles bassesses !
C'est Pison que j'accuse, et non pas ses richesses.
Ecoutez les récits de tous ces vieux soldats :
Eux seuls de mon époux vous diront les combats -,
Combien de fois son sang coula pour la patrie
Sur les bords du Danube, aux vallons de Syrie*,
Ses vertus, ses dangers, les complots des pervers ;
Ces pleurs qu'ils ont taris, ces maux qu'ils ont soufferts.
Ou que devant le peuple on garde le silence ;
L'aspect seul de cette urne aura plus d'éloqiience ;
Les débris et le nom du vainqueur des Germains ,
Parleront assez haut dans l'ame des Romains.
Fulcinius a-t-il mérité cette injure ?
C'est lui qui se présente ^ aucun ne peut l'exclure :
Tout citoyen romain doit librement user
Et du droit de défendre et du droit d'accuser.
La loi le veut ainsi ^ maintenons les lois sages.
Surtout de la tribune évitons les orages.
Les sénateurs, fuyant ce scandaleux éclat,
Doivent juger eux-même un membre du sénat.
Mais qui sera chargé du soin de le défendre?
Eh bien ! pères conscrits: vous venez de m'entendre.
Quel silence î Pison n'avait donc point d'amis ?
Déjà tout l'abandonne î