ACTE III, SCÈNE I
Pour ses fils toutefois que me demandez-vous ? Parlez : qu'cspèrent-ils ?
AGRTPPIKE.
Qu'élevés par vous-même , Partageant tout l'éclat qui suit le rang suprême , A côté de Drusus , près de vous réunis...
Avez-vous oublié que Drusus est mon fils ?
Agrippine.
Non , mais Rome a connu deux enfans de Tibère , Et souvent mon époux vous appelait son père.
Lui ! ce rival de gloire à Tibère opposé ! Lui ! mon fils ! par Auguste il me fut imposé.
AGRIPPINE
Par Auguste î Et vous-même , au déclin de sa vie , Ne lui fùtes-vous pas imposé par Livie ?
Il est vrai ; mais comment osez-vous le savoir , Me braver dans ma cour et tenter mon pouvoir?
AGRIPPINE
Dût ce pouvoir un jour accabler Agrippine , Des fils de votre fils voudrait-il la ruine? Quel mal vous oitt-ils fait ? Des enfans délaissés , Par le sort infidèle un moment caressés , Vous alarmeraient-ils dans un âge si tendre ?
Et que m'annonce encor ce que je viens d'entendre? Est-ce aujourd'hui Pison que vous voulez venger ? Est-ce Germanicus qu'on s'apprête à juger ?
J'ai souffert la demande : écoutez la réponse *,
Ce n'est point l'empereur, c'est la loi qui prononce.
Mais la loi ne punit que des crimes prouvés,
Et ce sont des décrets au sénat réservés.
Il n'est pas un vengeur, mais un juge équitable.
Moi-même, partageant son emploi redoutable,
Je serai sans colère au-dessus du soupçon,
Et sévère, mais juste, à Tégard de Pison.
AGPvIPPiNE.
A l'égard de mes fils serez-vous donc moins juste ? Et les punirez-vous du choix fait par Auguste ?
Je connais mon devoir , et respecte ce choix. Des Césars, vos enfans, j'affermirai les droits. Donnez-leur vos vertus : mais dans ces jeunes âmes D'un orgueil dangereux n'attisez point les flammes. Un jour . peut-être, un jour, ils pourront seconder Et Tibère et Drusus né pour lui succéder. Dites-leur de briller au champ de la victoire, D'espérer les honneurs, de mériter la gloire, D'obtenir le triomphe au sein de nos remparts, De grossir les lauriers cueillis par les Césars, De prétendre au respect qu'un nom fameux inspire, D'aspirer aux grandeurs , mais jamais à l'empire.