‹ TibèreChapitre 56 sur 58 · SÉNATEURS , LICTEURS , GUERRIERS · texte numérisé non relu

SÉNATEURS , LICTEURS , GUERRIERS

SÉJ A.N.

Le poignard que Pison s'est plongé dans le sein.

AGRIPPINE

Pison î par quel motif?

SÉJÀN.

Vous le savez sans doute.

Parle au sénat qui juge, à César qui t'écoute.

SÉJAN

Je vois ici Cnéius ^ et vous aurez appris Qu'une foule homicide exbaltait dans ses cris Le vainqueur des Germains, sa veuve magnanime; Qu'au nom de leurs vertus on réclamait un crime. Mais les prétoriens me prêtaient leur appui , Ils appelaient Pison \ j'arrivais jusqu'à lui , Quand déjà, croyant voir la troupe forcenée, Pison, d'un coup trop sûr, tranchait sa destinée. Dès qu'il entend parler de César et des lois , D'une ame ferme encor , mais d'une faible voix : « C'en est fait , me dit-il ; la trahison m'assiège ; >) Tu sais quels ennemis m'ont préparé le piège ;

» On les nomme , on les vante ; et , certain de périr ,

» Je leur prouve du moins qu'un Romain sait mourir.

)) Il faut , sans leur parler de crime ou d'innocence ,

)) Annoncer que Pison succombe à leur puissance,

» Leur présenter ce fer, ainsi qu'à mes amis,

)) Le porter au sénat, le donner à mon fils. »

CWÉIUS.

Donne.

SÉJAN

« Et si Ton croyait mon trépas légitime, )) Que Pison condamné soit la seule victime. » Fier, orgueilleux peut-être en ma calamité, » Je n'ai point de Tibère imploré la bonté : » Mais qu'à mon dernier vœu Tibère soit propice : )) Pour un fils innocent j'implore sa justice. ^) Il expire à ces mots. Soit pitié, soit remord, Tout frémit dans la place en apprenant sa mort j Des plus séditieux j'ai vu tomber la rage, Pareille aux flots mourans à la fin d'un orage : Tout ce bruyant amas, par la haine assemblé, Morne et silencieux s'est en foule écoulé , Et les mêmes Romains qui demandaient vengeance. Qui de Pison vivant prononçaient la sentence , De leurs succès bonleux semblent déjà confus, Et vont donner des pleurs à Pison qui n'est plus.

AGRIPPINE

César, et vous, sénat, vous venez de l'entendre : On attaque Pison -, Séjan court le défendre ^ Mais Séjan n'a porté que d'impuissans secours ^ Pison n'est plus, lui-même il a tranché ses jours:

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