‹ TibèreChapitre 9 sur 58 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

PISON

Et Tibère, Livie ?

CHÉIUS.

Hélas! avant ce jour, Cnéius , vous le savez , ignorait leur séjour. Le besoin de revoir et d'embrasser mon père Pouvait seul me conduire au palais de Tibère. 11 y renferme un deuil dont la sincérité Trouve chez les Romains peu de crédulité : Pour lui Germanicus fut un objet d'envie ; Et l'on se dit tout haut que Tibère et Livie , Heureux secrètement dans le commun malheur , Cachent leur allégresse et non pas leur douleur.

pisoy.

Le peuple.^

CNÉIUS

Il adorait un prince magnanime ; Les regrets sont profonds -, l'éloge est unanime , Et tous les vrais Romains ont accusé le sort.

PISON

C'est moi , Germanicus , qui dois pleurer ta moi t.

CIsÉlUS.

Oui, vous le regrettez^ je me plais à l'entendre : Je vous retrouve juste, et j'osais y prétendre. Quel sujet toutefois a pu vous diviser ? Quels^méchans l'un à l'autre ont su vous opposer ? Quand nos jeux célébraient sa première victoire , Germanicus parut l'emporter sur sa gloire-, On crut voir un Camille , et l'on s'était flatté

Qu'il devait aux Romains rendre la liberté. Souvent je me suis dit, plein de cette espérance : Mon père à ces beaux jours prépara mon enfance. C'est vous seul en effet , vous qui m'avez appris Des austères vertus la douceur et le prix : Vous conduisiez mes pas dans ces places publiques Où sont de nos aïeux les marbres héroïques. Sur leur postérité nos premiers sénateurs Abaissaient tristement des yeux accusateurs. Je respirais leur ame , et dans Rome flétrie , Cnéius , au milieu d'eux , retrouvait la patrie. Avide j'écoutais, quand vos mâles discours Du siècle où nous vivons me retraçaient le cours : Ici, du Dictateur la victoire fatale 5 Là , Rome , survivant aux débris de Pharsale , A la tribune encore inspirant Cicéron -, Nos dieux réfugiés dans l'ame de Caton ^ Leurs temples , le sénat et notre gloire antique Avec lui s'exilant au sein des murs d'Utique; Et ces derniers Romains qui vengèrent l'Etat , Quand César tout puissant , frappé dans le sénat , Perdant sous le poignard ce qu'il dut à l'épée, Tombait victorieux aux pieds du grand Pompée.

PISOJV.

O mon fils , ton aïeul dont tu me rends les traits , Vit notre liberté , si chère à tes regrets , Sous les coups de Lépide et d'Octave et d'Antoine, Mourir avec Brutus aux champs de Macédoine. L un de ces triumvirs dont les coupables mains Se partageaient le monde et le sang des Romains,

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