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HISTORIQUE

Avant de penetrer dans la nomenclature médicale, le mot tic faisait partie du langage courant. Il servait à désigner toutes sortes de gestes habituels, bizarres, des grimaces faciales, de petites manies familières, se reproduisant toujours les mêmes, involontairement, inconsciemment. Il était employé de longue date dans la langue vétérinaire. Au xviii® siècle André Pujol l'appliqua aux mouveemnts convulsifs de la face ou des membres. Debrou, en 1864, distinguait les « tics non douloureux » des « tics douloureux » (névralgie du trijumeau). Graves, Romberg, Niemeyer, Valleix, Axenfeld ont décrit sous le nom de « tics » des convulsions faciales de formes et de causes diverses.

Mais les qualités distinctives du tic ne commencent guère à se révéler qu’avec l’enseignement de Trousseau (1873), qui en indique la variabilité, l’impériosité, et fait entrevoir ses relations avec les bizarreries mentales. Charcot met en pleine évidence le rôle du facteur psychique. « Le tic, dit-il, est une maladie qui n’est matérielle qu’en apparence; c’est par un côté une maladie psychique. » Magnan, Saury, Legrain, sans s’attacher aux caractères objectifs, font rentrer les tics dans le vaste groupe des symptômes de la dégénérescence.

Sous l'intluence de l’enseignement de Charcot, Gilles de la Tourette, G. Guinon abordent la nosographie des tics ; à partir de cette époque (188o), le tic prend droit de cité dans les ouvi’ages classiques. Des études très documentées lui sont consacrées par Letulle, par G. Guinon, J. Noir.

En Allemagne, Friedreicb (1881) décrivait sous le nom de Koordina torischen Erinnerungskrampfe des mouvements convulsifs « caractérisés

l’œuvre médico-chirurgical, n“ 42 (juin 1905). 119

par ce fait qu'ils représentent la répétition involontaire, consécutive à une impression consciente d’un acte antérieur passé à l’état d’acte coordonné, soit par la voie rellexe, soit de façon volontaire ». Ces accidents correspondent bien à ceux qui, en France, étaient qualifiés de tics. Cependant, la judicieuse distinction de Fiiedreich ne paraît pas avoir été suffisamment retenue par les auteurs allemands. La plupart, avec Ziehen, ont englobé sous la désignation générale de « myoclonies » les phénomènes convulsifs les plus divers : spasmes, chorée fibrillaire, chorée électrique, paramyoclonus multiplex, maladie de Gilles de la Tourette et toutes les variétés de tics, etc. La conception des myoclonies a été adoptée également par beaucoup d’auteurs italiens et, en France, par Raymond. Il n’est pas douteux que les atfections disparates décrites sous le nom de myoclonies présentent avec les tics des ressemblances symptomatiques et des similitudes pathogéniques; entre les différentes formes de myoclonies on trouve dans la pratique tous les intermédiaires; enfin, la coexistence ou l’alternance de ces formes avec les tics peut se constater. Aussi, cette étiquette générale est-elle devenue bientôt trop compréhensive ; il a fallu étahlir des divisions, imposées et justifiées par la clinique. Les tics ont bientôt reconquis leur autonomie nosographique.

Dans ces dernières années, leur étude a été reprise par Brissaud et ses élèves, Henry Meige et Feindel; ils en ont analysé les caractères cliniques et la pathogénie, en instituant leur thérapeutique. Grasset d’une part. Pitres et son élève Cruchel d’autre part, ont parallèlement consacré aux tics des travaux signalés. En Allemagne, Oppenheim‘a largement contribué à faire prévaloir de nouveau les idées de Friedreich, de Charcot et de Brissaud. Au Congrès des Aliénistes -et Neurologistes de Grenoble (190‘2), la question des Tics a été l’objet d’un important rapport de Noguès, et l’occasion de discussions qui se sont poursuivies au Congrès de Pau (1904)^. Grâce à ces études, on peut aujourd’hui préciser la symptomatologie des tics, leur nature et leur traitement.

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