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assons au maïdan, où se coudoient tant de types divers. Voici une boutique, Arméniens et Géorgiens, tout comme les Mahométans, égrènent mécaniquement leur chapelet.
Les Arméniens, par une action constante, par un travail opiniâtre et assidu, par une aptitude exceptionnelle pour les allaires, ont su acquérir une force moderne, un facteur puissant : la richesse. Ils forment dans le sens du jour une puissance pécu-
(Photographie du baron de Baye.)
niaire. Il serait puéril de ne pas reconnaître la persévérance, l’union, le génie du commerce qui leur assurent une prépondérance chaque jour grandissante. Ils étaient préparés par leur passé, aux exigences de la vie matérielle telle qu’elle se présente au|ourd’hui. Hommes d’affaires hier, ils le sont encore aujourd’hui, avec les avantages de la sécurité établie par le gouvernement russe. [ln’en est pas de même des Géorgiens qui ont passé subitement
du régime féodal, du moyen âge, en plein xix° siècle. Leur vie Le [I
historique fut un long combat où brillait leur vaillance, où se dépensait leur amour des armes. Leur largesse, leur grand caractère s’accommodent mal avec les calculs mesquins dus à la vie modérne. [ls ne comptent pas plus avec l'argent qu'avec la générosité et les élans de leur cœur. Ils ont une grande élévation de sentiments, une haute conception de leur dignité, et ne marchandent pas leur amitié, mais la donnent. Il serait trop long de citer les Géorgiens vétérans de l’armée, dont les noms glorieux sont inscrits en lettres d’or et de sang dans l’histoire des guerres de la Russie en Orient.
On rencontre souvent dans les rues de Tiflis ces vieux héros. Il n'ya pas seulement parmi les Géorgiens des guerriers, mais aussi des poètes. L'un d'eux habite Tiflis. Sa personnalité, ses sentiments francophiles m’autorisent à vous le présenter : le prince géorgien [ia Tchavtchavadze, poète national et populaire, dont les œuvres sont chantées dans les rues, dans les chaumières comme dans les palais. Le prince est une personnalité intellectuelle appartenant à la plus haute aristocratie; 1l est avant tout un homme moderne et ce n’est pas un petit mérite si l’on songe au milieu où il règne. Fondateur de la Banque de la noblesse, il en est le président. fl dirige le journal Jbérie, le plus influent des organes géorgiens, préside les sociétés pour l’enseignement populaire, pour le développement de l’art, pour la bienfaisance. Il à écrit en prose des récits humouristiques ayant pour la Géorgie la même portée que ceux de Gogol pour la Russie. Ses œuvres poétiques sont profondément chrétiennes, patriotiques et philosophiques. Bien avant Tolstoi, 11 a exprimé des idées analogues sur beaucoup de sujets. Dans l’une d'elles, 1l a fait ressortir d’une façon satirique les défauts inhérents aux Géorgiens. Le style de ses poésies se rapproche de celui des anciens poètes persans, ce qui peut s'expliquer par l’atavisme, car dans la maison Tchavtchavadze, 11 y a eu jadis des alliances avec d’éminentes familles persanes.
Les Géorgiens qui ne sont pas encore gagnés par la tenue qui tend à devenir la livrée de tous les peuples, qu’elle se nomme veston, Jaquette ou redingote, portent la tcherkeske élégante et oracieuse. On est tenté de croire que c’est depuis longtemps leur mise nationale de qualité. C’est une erreur. Avant le xv° siècle environ, les costumes princiers étaient inspirés de Byzance. Ensuite, on remarque linfluence de la Perse. Depuis quarante annéès
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environ, la tcherkeske a remplacé l’ancien costume dont cette pho-