‹ Timon d'AthènesChapitre 21 sur 29 · CINQUIÈME COURTISAN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME COURTISAN

Qu'il ménage ses termes ; Nous ne lui devons rien, mais il nous doit tout, lui. Qu'aurait-il fait sans nous? Il serait mort d'ennui. Ne nous faisait- il pas prier avec instance De venir le trouver? Sans nous, son existence

Eût élé mille fois pire que le trépas.

Il m'a de temps en temps donné de bons repas,

Mais je les lui payais en paroles galantes,

En adulations pompeuses et ronflantes,

Qui déridaient son front et chatouillaient son cœur...

Car il ne voyait pas mon sourire moqueur.

Enfin, quand il a fait jouer sa comédie,

Que très -improprement il nommait tragédie,

Moi, jusqu'au dernier acte, attentif, éveillé,

De tous les spectateurs, seul je n'ai pas bâillé.

Qu'il ose après cela me faire des reproches !

Je fai fêté, chéri, plus qu'aucun de ses proches.

J'ai partagé ses jeux et soulagé ses maux;

J'ai rendu ses festins plus gais par mes bons mots.

Certes, ce n'est pas moi qui suis en redevance ;

C'est lui qui me doit...

PREMIER COURTISAN

Chut ! le voici qui s'avance.

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