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Timothée, par la grâce de Dieu et du Siège apostolique, évêque de Saint Jean [microforme]

AU CLERGE SECULIER ET REGULIER, ET A TOUS LES FIDELES DE NOTRE DIOCESE, SALUT ET BENEDICTION DANS LE SEIGNEUR.

Nos TRÈS CHERS FRÈRES, —

En Nous adressant à vous pour la première fois en l’an de grâce mil neuf cent quatre et en la première année du règne de Notre Saiut-Père Pie X., Nous ne trouvons rien de mieux que de vous presser d'entrer, avec tout le zèle possible, dans le dessein de sa Sainteté, tel qu’il est exprimé dans sa réente encyclique au monde catholique, de “tout restaurer dans le Christ.” Si doux et si puissant est cet appel apostolique, que nous sommes portés à croire que c’est là un message du Cœur Sacré de Jésus, de ce Cœur brûlant d'amour pour les hommes et du désir de les voir bientôt, pénétrés, de nouveau, de l'amour de Dieu et revenir à son service. Et nous ne sommes pas, non plus, laissés dans l’ignorance touchant le moyen par lequel chacun peut, le mieux, contribuer à la restauration de la société, c’est à dire, en travaillant lui-même à sa propre sanctification. Ainsi, chacun atteindra {a fin pour laquelle il a été créé, et contribuera sa quote-part au bien-être de l'humanité.

Personne ne peut ignorer, qu’au nombre des moyens de sanctifice on mis à notre disposition, la dévotion envers Marie doit toujours être au premier rang, surtout en cette année, consacrée à célébrer le jubilée de son Immaculée Conception. Nous pouvons admettre que Marie considère ce titre comme le plus grand de ses privilèges, et que, plutôt que d’être privée de la joie qui lui en revient, elle aurait renoncé même à la gloire attachée à la maternité divine. Pour

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nous convaincre de ce fait, nous n'avons qu’à nous rappeler l’énormité du péché, et l'horreur dont le coeur immaculé de cette auguste Vierge devait en être rempli.

Nous ne discutons pas, ici, les arguments qu’on peut apporter pour établir cette prérogative extraordinaire, parce que nous n’#vons aucun doute, concernant la vérité de cette doctrine, célébrant, comme nous le faisons actuellement, le cinquantième anniversaire de sa définition par le Saint-Siège. Mais il est édifiant d'en méditer la grandeur, et de passer en revue les raisons qui nous confirment dans notre foi, et qui sont, pour ainsi dire, les arr :s qui assurent le triomphe de notre Reine.

On peut juger de la grandeur d’un privi) par l'importance de la loi universelle dont il nous dispense. De quelle terrible conséquence est la loi déclarant, coupable du péché originel, tout descendant de la race humaine! Il est vrai, que celui-ci n’a pas concouru personnellement à l’ te commis, mais, il est également vrai que, né d’une “ace déchue, il naît souillé du péché. Il est donc l’ennemi de D et sortant des mains de son créateur par l’entremise d’une race déchue, il devient, au moment de sa création, le sujet de l'ennemi de Dieu. C’est là, certes, une humiliation qui n’est pas de mince importance, et cependant, c’est là la condition de notre race: ‘“ Voilà, en effet, que j'ai été conçu dans des iniquités, et que ma mère m’a conçu dans des péchés.” (Ps. L. 5). “Nous étions par nature enfants de colère” (Ephés. II. 3).

C’est l’exemption à cette loi dont jouit Marie par le privilège de son immaculée conception, et ceci se trouve indiqué dans les paroles adressées par Dieu à Satan, après la chute de l’homme. Eve jette le blâme de son péché sur le serpent infernal, et Dieu marque la séparation et l’hostilité qui existeront entre le serpent et la femme à venir: “Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, . . k Elle t'écrasera la tête, et toi, tu lui tendras des embûches au ne (Gen. III. 15). Jamais fut semblable promesse faite par le Tout- Puissant concernant qui que ce soit, —que des inimitiés seraient mises entre lui et le serpent. Des faveurs inouies, en autant que les autres nations étaient concernées, furent conférées au peuple J'uif, parce que

de ce peuple devait sortir la femme, la Vierge devant enfanter un fils qui serait appelé Emmanuel, r’est à dire, ‘Dieu avec nous” (Is. VII. 14). Jérémie, parce qu’il devait prophétiser de grandes choses concernant le Messie, fut connu de Dieu et, par lui, sanctifié avant sa naissance (Jer. I. 5). Jean-Baptiste, parce qu'il devait l’annoncer au peuple, fut purifié du péché originel trois mois avant sa naissance (Luc. I. 15 & 44). Ainsi, Dieu confère les grâces en proportion de la dignité à laquelle une âme est prédestinée. Nous devons donc présumer que Dieu ne refusera point sa grâce, mais, qu’au contraire, il en remplira de sa plénitude, celle qu’il prédestine à une si haute dignité, c’est à dire, la maternité divine. Et l’ange nous l’apprend, car c’est ainsi qu'il salue Marie: ‘“‘Je vous salue, pleine de grâce” (Luc. I. 28).

Telle fut la constante croyance de l’Eglise pendant toute son existence, s'appuyant sur les saintes écritures et la tradition. Ce ne fut que quand l’incrédulité du siècle l’eut revoquée en doute, que cette croyance fut examinée, discutée et enfin définie par son tribunal suprême. L'Eglise ne prétend pas avoir reçu une nouvelle révélation, mais simplement définit, comme article de foi, l'immaculée conception de la bienheureuse Vierge, doctrine qui avait toujours existé comme une pieuse croyance. L’Eglise n’affirme pas, non plus, que Marie eût moins besoin des grâces de la rédemption que le reste des hommes, mais, elle affirme que le: mérites de son Fils, la source d’où devaient puiser les siècles futurs, lui furent appliqués par anticipation, et

asi, elle fut préservée du péché originel, au moment de sa

eption. Ceci est évident d’après la définition suivante: “La ‘octrine proclamant que la bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa conception, à été, par grâce et privilège spécial de Dieu, et en vue des mérites de Jésus-Christ le Sauveur du genre humain, préservée et exempte du péché originel, doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.” (Pie IX., Bulle de proclamation, 1854). En ce cinquantième anniversaire de la définition, l'Eglise se réjouit, en félicitant notre bienheureuse Reine de son privilège le plus glorieux, en en rendant grâce à Dieu, et espérant, qu’à cause de ce privilège, des grâces abondantes seront répandues sur le monde entier.

Et, ici même, nous pouvons tourner À profit le contraste de notre condition avec les prérogatives de Marie. Nous”#5mmes sortis des mains du Créateur que pour tomber au pouvoir de son ennemi; au premier instant de notre existence, nous avons apporté avec nous la tache du péché originel. Peu après notre naissance, peut-être, cette souillure fut lavée par le sacrement de Baptême, et alors nous fûmes dans l’allégresse, parce que, par la restauration de notre Âme À la grâce, nous ressemblions à l'immaculée conception de Marie. ‘Le Seigneur m'a possédé depuis le commencement,” a pu dire Marie ; le Seigneur me possède maintenant par la grâce du Baptême, pouvons-nous dire à notre tour. Mais, pour un grand nombre d’entre nous, à peine avionsnous atteint l’âge de raison, que nous en abusions en commettant le péché, perdant ainsi la grâce et l’innocence baptismales. Comme il est frappant le contraste entre nous et Marie! Cependant, dans les desseins du Très-Haut, la gloire de l’immaculée conception n’était pas pour elle seule. C'était pour que le Christ put être formé en elle, et par elle, en le genre humain régénéré. Par lle, il a plu à Dieu de aous donner un Rédempteur, et par conséquent, par elle, pouvonsnous attendre les grâces de la rédemption. Voilà pourquoi, les saints et les docteurs n’ont jamais cru pouvoir proclamer, d’une manière trop positive, la puissance de son intercession, Cette pensée ne peut servir qu'à ranimer notre courage, surtout en nous rappelant, qu'à ce pouvoir, se joint l’amour d’une mère. Dans tous nos efforts pour que le Christ soit formé en nous, ou, comme le désire si ardeminent le Saint-Perè, pour que nous soyons restaurés dans le Christ, nous pouvons compter sur son assistance gratuite.

Avant de nous mettre à l’œuvre, nous devons considérer à quel dégré, la grâce qui est en nous nous permettra d’aspirer, surtout en ce qui regarde limitation de Marie, car c’est en imitant ses vertus que nous pourrons l'intéresser à notre sort et obtenir son intercession. Nous ne pouvons, certes, aspirer à son Immaculée Conception, car c’est là un privilège qui lui est tout particulier. Nous ne pouvons, non plus, espérer de recouvrer notre innocence baptismale. Nous ne sommes, même, pas certain d’avoir recouvré la grâce de Dieu, surtout ceux d’entre nous qui l’ont déjà perdue, —“l’homme ne sait s’il est digne d'amour ou de haine.” (Ecc. IX. 1).

Que cette aunée jubilaire soit, pour nous, l'occasion de nous mettre sérieusement à l'œuvre, de former le Christ en nous au moyen du sacrement et des pratiques de pénitence. Le Souverain Pontife nous dit, dans son encyclique, que le but de son pontificat est d'attirer tous, par l'Eglise, au Christ et, par le Christ, à Dir. L'Eglise nous invite à nous préparer, pendant le carême qui va bientôt commencer, à c‘lébrer dignement le triomphe de Jésus- Christ dans sa résurrection, en faisant des œuvres de pénitence proportionnées à nos péchés, et en le recevant dignement dans le sacrement de son amour. C’est ainsi que nou, pourrons dire, que le Christ est formé en nous: “ Mais je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi.” (Gal. II, 20).

Pour en arriver là, nous devons “crucifier la chair avec ses vices et ses convoitises,” comme nous en exhorte l’Apôtre des Gentils. (Gal. V. 25) Et dans son épître dont l'Eglise se sert au commencement du carême, il nous dit “qu’il est déià l'heure de sortir de notre sommeil.” (Rom. XIIT. 2). De même, en ce saint temps, l'Eglise ne nous laisse pas libre de faire pénitence ou non. Mais, elle rend le règlement du carême tellement obligatoire, qu’elle y rapporte l’application particulière du commandement du Divin Maître : “Si vous ne faites pénitenc, vous périrez tous de la même manière” (Luc. XIII. 3). Et ce règlement est clair et précis et nous démontre clairement que la prière, le jeûne et l’aumône sont les œuvres de pénitence que nous devous accomplir afin de satisfaire pour nos péchés. Il Nous semble superflu d'ajouter à ces directions et commandements. En nous y conformant, nous sortons de notre sommeil, “nous dépouillons le vicil homme,” c’est à dire, l’homme de péché et de perdition, et nous nous ‘‘revêtons de l’homme nouveau.” (Ephés. IV. 24). L'homme nouveau, ce n'est autre que Jésus-Christ, et c'est lui que nous nous efforçons de former en nous: “Mes petits enfants, pour qui je sens de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’ à ce que le Christ soit formé en vous,” comme le dit l’Apôtre, aux fidèles de son temps. (Gal. IV. 19). Vous, chers collaborateurs, vous pouvez, avec moi, vous approprier ces paroles de l’Apôtre, en ce qui concerne les fidèles confiés à vos soins. Nous ne devons pas manquer, dans nos efforts,

d'appliquer toutes nos connaissances, notre expérience, notre zèle et notre piété, à cette fin, ‘“‘que le Christ soit formé en tous,” rappelant à notre mémoire l'exhortation de Pie X., ‘“‘que, pendant que les hommes sont guidés par la raison et la liberté, le meilleur moyen de ramener les âmes à l'empire de Dieu est l'instruction religieuse.” Où bien de vous dire avec Léon XIII: ‘“Songez que votre devoir principal est de graver dans le cœur de votre peuple la vraie connaissance, et nous pourrions dire, l'image de Jésus-Christ, faisant ressortir dans vos lettres, vos instructions, vos écoles , . , . dans vos assemblés publiques, enfiu quand l’occasion s’en présente, sa charité, ses bienfaits et ses enseignements.” (Ency. Tametsi ÿ;

Pendant le carême, les fidèles pourront être réunis, si possible, au moins le Mercredi et le Vendredi soir de chaque semaine, afin de prendre part à quelques exercices spirituels, tels que la récitation du chapelet, le chemin de la croix, et une lecture ou instruction sur la prière, les sacrements ou la pa.sion de Nuotre-Seigneur. A cette occasion ainsi que tous les Dimanches du carême, ou pourra donner la bénédiction du Très Saint-Sacrament.

Et vous, chères ouailles, laissez moi vous exhorter de renouveler vos efforts afin d'entrer dans l'esprit de l'Eglise, et de célébrer cette année jubilaire avec une grande ferveur. Car, dans les desseins prévoyant d’un Dieu miséricordieux, l’Immaculée Conception devait étre, pour vous, une source de bénédictions, comme elle est une source de bonheur pour Marie, et de gloire pour son divin Fils. Donc, soyez d’abord attentifs et soumis à vos pasteurs et conseillers, puisqu'ils devront rendi« compte le vos Ames, et qu’ils ont un seul objet en vue, qui est de former le Christ en vous. Détachez-vous du péché et de tout ce qui n'est pas de Dieu. Fuyez, avec soin, tout ce qui pourrait être pouflyour une occasion de péché. Sous l'aile protecteur de Marie Immaculée, efforcez-vous d’imiter son exemple de piété et de zèle, en préservant et augmentant la grâce que Dieu ne manquera pas de vous accorder, si vous obser”ez fidèlement le carême et accomplissez votre devoir pascal. C’est ainsi que vous participerez à J’accomplissement du dessein du Saint-Père, de “tout restaurer dans le Christ” comme nous l’indiquent les paroles mêmes du Pontife:

“L'action, voila ce que réclament les temps présents ; mais une action qui se porte sans réserve à l'observation intégrale et scrupuleuse des lois divines et des prescriptions de l':-glise, à la profession ouvirte et hardie de religion, à l'exercice de charité sous toutes ses formes, sans nul retou: sur soi ni sur ses avantages terrestres. D’éclatants exemples de ce genre, donnés par tous les soldats du Christ, auront plus tôt fait d'ébranler et d’entrainer les âmes, que la multiplicité des paroles et la subtilité des discussions.” (Pie X., Ency. E. Supr. Apostolatu, Cathedra).

Le règlem.nt du carême sera le même que l’an dernier.

Cette le re sera lue dans votre église, aux différentes messes, | premier Dimanche après réception.

Que ln grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous, Nos très cucrs frères.

FT; CASET, Ev. de Saint Jean.

A. W. MEAHAN,

Secrétaire.

Donné à SAINT JEAN, N. B., Le 11 Février, 1904.

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