Timothée, par la grâce de Dieu et du Siège apostolique, évêque de Saint Jean [microforme]
AU CLERGÉ SÉCULIER ET RÉGULIER, ET À TOUS LES FIDÈLES DE NOTRE DIOCÈSE, SALUT ET BÉNÉDICTION DANS LE SEIGNEUR.
Nos TRÈS CHK28 FRÈRES, —
Soucieux de la charge pastorale qui est la Nôtre sur cette portion du troupeau du Divin Maître, et chargé par l’Eglise à conduire les fidèles, encore une fois, dans la voie austère de la pénitence, Nous ne croyons faire mieux, que d'attirer leur attention, d’une manié-e toute spéciale, sur le devoir sacré de la prière. (Œuand nous nous rappelons les enseignements et les exemples de Notre Divin Sauveur, ainsi que la conduite des docteurs et des saints de l’Eglise de Jésus-Christ, nous ne pouvons ne pas conclure avec saint Charles Borromée, que “des moyens que nous a donnés Dieu pour faire notre salut, la prière vient au premier rang.” Mais, quelque importante qu’elle soit, son usage fréquent tend à nous rendre ce saint exercice tellement familier, que nous sommes portés à faire peu de cas d’un devoir aussi grave, et à l’accomplir sans l’attention et la dévotion voulues.
A l'entrée de ce saint temps du carême, l'Eglise nous invite à nous réveiller de notre assoupissement, à renoncer aux œuvres de ténèbres, et à nous revêtir des armes de lumière. Nous avons à accomplir une œuvre importante, œuvre qui n’est rien moins que de satisfaire à la majesté infinie de Dieu que nous avons outragée par le péché, de nous affermir davantage dans le droit sentier de ia justice et de la paix, et de nous assurer les miséricordes et les grâces divines. Ce travail ardu, faisant nécessairement violence à notre nature déchue,
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rencontrera, certes, une ferme opposition. Le démon ne manquera pas de se prévaloir de notre faiblesse innée, et de se liguer avec elle afin d’entraver nos efforts vers le bien. Le monde que le Saint-Esprit nous ordonne de ne point aimer, le monde, par ses railleries, s'efforcera de nous détourner de nos Lonnes résolutions. Et nous, en face de cette opposition, comment allons-nous accomplir cette tâche gigantesque? ‘“ Vous ne pouvez rien faire sans moi,” nous dit le Seigneur. Et saint Paul, d’une manière plus emphatique encore, proclame notre
impuissance var rapport aux choses surnaturelles, quand il nous
dit que ‘‘n sommes incapables par nous-mêmes de former aucune bonne pe comme de nous-mêmes.” S'il en est ainsi, combien plus faib..s ne sommes-nous pas pour désirer ou pour faire quelque bonne action. De là, l’absolue nécessité d’une force autre que la nôtre, et le besoin que nous avons de la prière. Le saint concile de Trente a donné à tous les chrétiens, pour leurs servir d'instruction, les célèbres paroles de saint ustin, paroles qui s'appliquent directement au sujet que Nous v.4.1on8. “Dieu ne commande rien d’impossible,” nous dit-il; ‘mais, en commandant, il vous exhorte à faire ce que vous pouvez faire, et à prier pour ce que vous ne pouvez faire, afin que vous en soyez capables.”
D’après ces paroles, il est évident que Dieu nous prescrit certains devoirs qui, par nos propres forces, nous sont impossibles, mais il nous indique la prière comme moyen infaillible d'obtenir ies grâces nécessaires à leur accomplissement. Il s'ensuit donr :* Tous serons incapables d'accomplir ces devoirs, à moins que nou - le moyen d’en obtenir la grâce. C’est afin de prouver cette à “érité, que saint Thomas, saint Chrysostome et saint Ambroise ronc usage des comparaisons suivantes : “ De même que l’humidité est nécessaire au monde végétal, ainsi la prière est nécessaire à la vie surnaturelle de l'âme. Ce que l’âme est à la vie du corps, la prière l’est à la vie de l'âme” Et saint Alphonce de Liguori dont l'Eglise a prononcé les œuvres exempts d'erreur, saint Alphonse nous dit que la prière est aussi nécessaire aux adultes, s'ils veulent être sauvés, que le baptème l'est aux enfants.
D'après ce que Nous venons de dire, la nécessité de la prière,
comme moyen de salut, est tout à fait évidente. Certes, Notre-Seigneur a dit: “I faut toujours prier.” La prière n'est pas moins nécessaire en raison du divin précepte: “Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, freppez et l’on vous ouvrira.” Ces mots ‘ demandez, cherchez” et “frappez” ne sont pas un simple conseil, mais plutôt un ordre impérieux de ce que nous devons faire pour obtenir les grâces divines. “Veillez et priez,” nous dit encore le Divin Maître. Et ailleurs: “ Veillez donc et priez en tout temps.” Donc, pour bien remplir le divin précepte, recevoir les grâces nécessaires au salut et
obtenir ainsi la vie éternelle, la prière nous est indispensab!e.
Il est un autre principe de la théologie catholique concernant l'aficacité de la prièrè, principe immuable, comme le sont tous les principes de la morale chrétienne parce qu’ils sont fondés sur la parole infaillible de Dieu. Ce principe que nous devrions souvent rappeler aux fidèles, est ainsi énoncé: “La prière, faite dans de bonnes dispositions, est d’une efficacité infaillible.” Comme la doctrine contenue dans ce principe est admirable et consolante! Comme elle est avantageuse aux fideles! Comme elle les encourage et les soutient dans leur combat spirituel, pourvu qu’ils en comprennent toute la portée! Possédant cette connaissance, leurs fautes en matière religieuse leurs deviennent si manifestement imputables, qu’on ne peut nullement les en excuser. Il en est de même de la chute de notre premier père. “Si Adam eût prié,” nous dit saint Augustin, “il ne serait point tombé ; donc il a péché, parce qu'il n’a point prié” Ce qu’on dit d'Adam s'applique à toute sa postérité. Les péchés des hommes ont leur origine dans l'oubli de la prière, et aucun adulte n’a été damné, qui n’eût pu se sauver, eût-il prié ; tandis que ceux qui sont parvenus à se sanctifier et à faire ainsi leur salut, en sont arrivés là, parce qu'ils ont fait un bon usage de la prière.
Il n’y a rien de plus consolant ni de plus encourageant pour les fidèles que cet enseignement salutaire; et afin de l'imprimer plus
profondément dans leur esprit et leur cœur, quelques uns des nombreux passages de l'Ancien et du Nouveau Testament, sur lesquels s’appuie cette doctrine, peuvent leurs être rappelés avec profit. Mais il ne faut jamais oublier que c'est Dieu qui parle, quand les paroles de la
sainte Ecriture sont citées. ‘“Crie vers moi,” dit le Seigneur à Jérémie, “et je t'exaucerai ” (XXXITI. 3). ‘‘Invoquez moi au jour de Vafliction,” ditil an Roi-Prophète, ‘et je vous délivrerai” (XLIX. 15). Ici, Dieu nous donne la certitude que, si seulement nous crions vers lui, nous serons délivrés du danger d’être condamner aux peines de l'enfer. Ailleurs, il nous met à défi de citer un seul exemple où une telle prière n'a pas été exancée. “Qui a invoqué le Seigneur, et a été délaissé?” dit l’Ecclésiastique (IT. 2). Et Isaïe : “ Eux parlant encore j'écouterai ” (LXV. 24) Ici, ‘il nous est certifié que, même pendant que nous prions, Dieu nous est tout oreille; de sorte que, tandis que nous profitons de la grâce de la prière, nous pouvons être certains que Dieu nous écoute. Viola pourquoi le Prophète royal nous invite à Jouer le Trés Haut, et nous promet les miséricordes divines aussi longtemps que nous ferons usage de la prière. ‘“ Béni soit Dieu,” nous dit-il, “qui n’a point rejeté ma prière, ni retire de moi sa miséricorde” (Ps. LXV. 20). Et dans le Nouveau Testament, il est une déclaration encore plus explicite touchant l'efficacité de la prière, une garantie que ce que nous demanderons nous sera accordé : “ Vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé,” nous dit l'apôtre saint Jean (XV. 7).
Inspirés par de telles promesses, Jes docteurs et les saints de l'Eglise n'hésitent pas à attribuer à la prière une efficacité quasi toutepuissante. Si, d’après l'expérience d’un chacun de vous, vous croyez
avoir droit de vous plaindre de ce que Dieu n’a pas exaucé vos prières,
un retour sur vous-mêmes vous convaincra, que Ce fait là n’o rien de contradictoire aux textes cités plus haut. Au contraire, vous verrez simplement que ces témoignages 8e rapportent toujours à la prière bien faite, et que si vos prières sont restées sans effet, c'est que quelques unes des conditions essentielles faisaient défaut. “Vous demanderez et vous ne recevrez point parce que vous demandez mal,” nous dit l’apôtre saint Jacques (LV. 3). Dieu pourrait plus justement se plaindre de ce que nous ne demandons pas comme nous le devrions. Car, dans sa bonté infinie, il désire très ardemment répandre ses grâces sur nous qu’il aime d'un amour tout divin. Mais, hélas! nous refusons que trop souvent d'accepter les conditions, d’après lesquelles
il s'engage à nous les accorder. ‘“Jusqu’ ici,” nous dit-il, ‘ vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite” (Jean XVI. 24).
Faire plus qu’ énumérer les fruits de la prière allongerait cette lettre outre-mesure ; d'autant ;'us qu’il se trouve à la disposition du clergé un grand nombre de livres de uévotion, traitant cette q: a à fond. Au nombre de ces fruits salutaires, nommons d'au ..d l'accroissement des vertus chrétiennes, particulièrement, des vertus théologales—la foi, l'espérance et la charité. De plus, cet entretien direct et intime avec Dieu ne peut manquer d’affermir notre foi, d'augmenter notre confiance en Dieu, et d’enflammer nos cœurs de l'amour divin. Nous honorons Dieu par la prière puisqu'elle est un exercice de piété et est comparée, dans la sainte Ecriture, à l’encens montant sans cesse vers le Ciel. Cependant, pour nous, le fruit principal de la prière, c’est qu’elle nous ouvre les portes du ciel. Car, nous dit saint Augu:'in: “La prière est la clef du ciel; la prière monte et la miséricorde de Dieu descend.” Ce saint exercice nous fortifie dans nos bonnes résolutions, nous rend capables d’une union plus intime avec Dieu, et nous rend aptes à recevoir les grâces divines qui, sans lui, nous seraient inaccessibles. Enfin, saint Jérôme nous dit, que la prière désarme la colère divine, au point qu’elle rend Dieu impuissant 4 nous frapper de sa vengeance.
Tous ces fruits de la prière, et bien d’autres encore, seront sans doute ignorés ou peu compris d’un grand nombre, à moin: qu’ils soient fréquemment portés à la connaissance des fidèles. 11 serait donc bon de leurs rappeler que, dans l’œuvre du salut, il : y a ni accident, ‘i hasard, ni destinée, ni même de décret divin dépendant de conduite. Si nous sommes sauvés, nous le serons parce que nous a fait un bon usage de la prière; si nous sommes perdus nous parce que “ous n'avons pas prié. Saint Alphonse est très ex] quand il avance cette vérité. Demandez aux saints du ciel, dit-il, comment ils sont parvenus au bonheur suprème, et, infuil ment, leur reponse sera celle-ci: ‘“ Nous sommes sauvés parce que n avons bien prié.” Demandez, nous dit-il encore, aux réprouvés por quoi ils ont encouru la damnation éternelle, et ils vous répondrons
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“ Nous sommes damnés, parce que nous n'avons pas cherché à obtenir par la prière les grâces nécessaires au salut de nos Ames.” Et alors, ce grand docteur nous aflirme que celui qui prie bien sera certainement sauvé, et celui qui prie mal, infailliblement perdu.
De vous, Nos très chers frères qui êtes les pasteurs, Nous attendons beaucoup de zèle dans l'exercice du ministère de la prédication, surtout, au sujet de la prière. Du haut de la chaire, au confessionnal, dans l’enseignement du catéchisme, en tout temps, insistez «ur la prière, le principal moyen de salut. Instruisez les parents et les tuteurs pour qu’ils enseignent aux enfants dont ils ont la charge, que, s'ils veulent être sauvés, ils doivent devenir des hommes de prière. Ils ne doivent pas non plus être laissés ignorants touchant les qualités qui rendent la prière agréable à Dieu ; c'est-à-dire, la foi, l'humilité, la confiance, l'attention et la persévérance.
Pendant le carême, les fidèles pourront être réunis, si possible, le Mercredi et le Vendredi soir de chaque semaine afin de prendre part à quelques exercices spirituels, tels que la récitation du chapelet, la chemin de la croix, et une lecture ou instruction sur la prière, les sacrements ou la passion de Notre-Seigneur. A cette occasion, ainsi que tvus les Dimanches du carême, on pourra donner la bénédiction du Très Saint-Sacrement.
Et vous, chères ouailles, quand vous aurez entendu ces choses, soyez bénis si vous les mettez en pratique. Ce ne sont pas des vérités où le doute prévaut, puisqu'elles sont appuyées sur la parole même de Dieu qui vous dit: “ Celui qui vous écoute m'écoute.” Conformez-vous donc toujours, et surtout pendant ce saint temps, aux conseils que vous donnent vos pasteurs. Efforcez-vous d'assister, chaque jour, au saint sacrifice de la messe, et de réciter, autant que possible, le chapelet en famille. Recevz dignement, en accomplissement de vos devoirs pascals, les sacrements de pénitence et d’eucharistie. Ainsi vous mériterez de célébrer, dans le Seigneur et avec lui, sa résurrection des morts et son triomphe sur l’enfer.
Cette année, le monde catholique se réjouit à l’occasion des noces d'argent de Notre Saint Père le Pape. Priez pour que Dieu le bénisse et prolonge ses jour dans l'intérêt de la religion et pour la gloire de l'Eglise.
Le règlement du carême est le même que l'an dernier.
L'offrande du Vendred saint devra servir nu soutien des moines de la Terre-Sainte. Il en sera de même jusqu’ à nouvel ordre.
Cette lettre sera lue dans votre église, aux différentes messes, le premier Dimanche après réception.
Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous, Nos très chers frères.
+ T, CASEY,
Ev. de Saint Jean.
F. J. McMurray,
Pro-Secrétaire.
Donné à SAINT JEAN, N.5., Le 16 Février, 1903.