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Causes de la surdité-mutité

(Communication à la Société française d’Olclogie, 3 mai 1900.)

Conclusions. — Nous croyons devoir appeler l’attention sur quelques points plus importants.

La surdi-mutité est congénitale au moins aussi souvent qu’elle est acquise.

Comme cause des cas congénitaux, on peut invoquer surtout :

a. La consanguinité des parents (8,49 p. 100) agissant seule ou s’aidant d’autres conditions étiologiques ;

b. La tuberculose, la syphilis, l’alcoolisme, le saturnisme chez les générateurs;

c. Les accidents divers au cours de la grossesse.

Des parents sourds-muets n’engendrent que rarement des enfants atteints de la même infirmité.

Dans les causes des cas acquis figurent principalement les méningites, convulsions, fièvres cérébrales, affections similaires qui frappent les centres nerveux.

Les autopsies, comme la clinique, établissent l’importance dominante des lésions labyrinthiques, cérébrales et bulbaires, sur les altérations de l’oreille moyenne.

En somme, la surdi-mutité apparaît comme le résultat d’altérations évolutives ou pathologiques de l’appareil auditif récepteur.

Pour venir en aide à ces enfants, il ne faut pas voir en eux seulement le sourd et le muet, mais en considérant qu’ils sont souvent issus de parents malades, mal formés du squelette, atteints aux yeux et aux dents, guettés par la tuberculose; on se rendra compte que la thérapeutique réparatrice leur revient de droit, j’entends par là la gymnastique, l’hydrothérapie, les bains de mer, peut-être même le traitement thyroïdien ; dont j’ai parlé plus haut, etc. Elle facilitera sensiblement la tâche de leurs professeurs.

L’exameu acoustique s’impose pour évaluer leur reste auditif, notiou importante au point de vue de leur instruction spéciale.

Comme ils sont souvent envoyés dans les institutions à l’état transitoire d’arriérés, une haute culture morale et physique s’impose pour eux,' ce en quoi on leur sera plus utile qu’en leur coupant le filet de la langue, comme on le pratique encore dans quelques campagnes.

11 est à souhaiter que la France ne reste pas en arrière des nations qui, comme la Norvège, ont décidé l’instruction obligatoire des enfants sourds-muets.

65. — 1899. Examen de vingt-neuf élèves nouveaux (1) à l'Institution nationale des sourds-muets de Paris.

(Bulletin de laryngologie, ototogie et rhinologie, 1899, page 244.)

L’analyse de ces quelques cas montre d’abord que les altérations de l’oreille moyenne ont relativement peu d’influeuce sur le développement de la surdi-mutité. Sur vingt-neuf cas, upus ne constatons que six fois des lésions tympaniques ; cinq fois seulement les enfants présentaient des végétations adénoïdes, et encore de faible développement. 11 semble que les altérations morbides frappent plus voloutiers les centres auditifs cérébraux et bulbaires. Ser/.e fois c’étaient des sourds de naissauce; encore n’est-il pas bien sûr que tel enfaut devenu sourd, au dire des parents, vers l’âge de six ou huit mois, ait jamais réellement entendu, car les parents ne sont

pas qualifiés pour bien examiner l’ouïe. Se mettant en face de l’enfant, ils prennent sonvent un sourire pour un indice certain d’audition. La surdité est peut-être plus souvent congénitale qu’on ne l’a écrit. Cinq fois seulement la surdité était complète et coïncidait avec des lésions otiques de faible importance ou unilatérales.

Cette constatation légitime l’espoir fondé sur les exercices acoustiques. D’une manière générale, ceux de ces enfants qui présentaient une lésion de la caisse étaient moins sourds que les autres. Un seul était issu de parents sourds-muets. Quatre fois nous avons noté la consanguinité des parents. Dans un cas, ils étaient cousins germains, et, sur treize enfants, trois étaient atteints de l’infirmité. Cette statistique, quoique ne portant que sur un petit nombre de cas, vient appuyer l’opinion donnée autrefois par P. Ménière, au sujet de l’importance de la consanguinité comme cause de surdimutité. A cette époque, déjà ancienne, le chirurgien en chef des sourds-muets était arrivé à des conclusions qui ont peu varié.

Les aff'ections des méninges et des centres nerveux sont les causes les plus fréquentes et dans une proportion considérable.

Le pays d’origine est souvent une région marécageuse. Plusieurs n’étaient pas muets et conservaient une voix assez bonne. Les convulsions, les méningites de la base et les afl'ections des centres nerveux, voilà bien encore les causes les plus fréquentes de la surdimutité acquise.

Heureusement, nous n’avons constaté qu’à titre exceptionnel chez ces enfants les malformations crâniennes souvent signalées (crânes petits, ronds, pointus, à bosses occipitales trop développées), les strabismes, les dentures vicieuses, indice d’hérédosypliilis, l’instabilité de la pensée, etc.

Nombre de ces nouveaux venus à l’Institution nationale ont le visage ouvert, et l’ensemble nous a laissé l’impression d’une « rentrée » au-dessus de la moyenne, qui doit heureusement répondre au zèle ingénieux de ses dévoués professeurs.

66. — 1900. Examen médical et pédagogique de quarante-deux sourdemuets à l’Institution nationale des sourds-muets de Paris.

(Bullelin de laryngologie, olologic el rhimlogie, 1901, page 42.)

Déductions. — Combien de remarques variées pourraient être faites d’après ces observations. Signalons les plus importantes.

Pour ce qui est des causes, nous voyons une fois de plus la consanguinité des générateurs exercer son action funeste. Elle se montre 4 fois sur 36 cas. Dans l’observation XVllI, ce sont les grandsparents qui étaient cousins germains, et dans l’observation II tous les enfants vivants sont sourds-muets.

Parfois, du reste, une émotion de la mère au cours de la grossesse vieut altérer pour sa part l’organisme en formation (V et XI). Que de fois la méningite est notée avant l’apparition de la surdimutité.

Les lésions de l’oreille même ou de ses annexes se montrent de peu d’importance : c’est de l’otite moyenne catarrhale, avec enfoncement de la membrane tympanique, un simple semis de végétations adénoïdes.

Nos recherches ont visé en particulier la craniométrie. En relevant avec le compas d’épaisseur de Collin les diamètres antéro-postérieur et transversal et les deux diamètres obliques iutermédiaires à ces deux premiers, nous avons vu que le crâne est souvent oblique ovalaire. La différence entre les deux diamètres obliques allait jusqu’à 17 millimètres daus l’observation XXVIII. La suture fronlopariétale est quelquefois saillante, la voûte palatine ogivale, les fosses nasales étroites; les dents crénelées ou cariées, tous stigmates d’un développement défectueux. Nous regrettons de n’avoir pas noté la taille de ces enfants. C’est une lacune que nous comblerons dans nos examens ultérieurs. Les diverses épreuves avec le diapason /a’ ne sont presque jamais perçues. Au point de vue pédagogique, nous remarquons que ces enfants arrivent avec une voix gutturale faible ou de fausset, que leurs muscles expirateurs sont

faibles ; un seul arrivait à éteindre une bougie à 60 centimètres devant lui.

S’ils perçoivent quelques voyelles : a, i, o, ils sont insensibles aux différences de rythme et de hauteur. Arrivés pour la plupart sans instruction, irritables de caractère et inattentifs, ils se perfectionnent beaucoup, par l’instruction et l’éducation spéciales qu’ils reçoivent.

67. — 1901. Examen médical de 27 nouveaux sourds-muets à l’Institution nationale des sourds-muets de Paris, tfinlletin de laryngologie, otologie et rUnologie, 1901, page 408.)

En résumé, de cette nouvelle enquête résultent les constatations suivantes :

La surdité congénitale se montre fréquente de plus en plus par rapport à la surdité acquise. 11 est en outre plus facile d’établir la réalité de la première. Si les jeunes sourds-muets répondent mal aux investigations du diapason, il semble qu’ils sont plus sensibles à la voie aérienne.

Le rôle étiologique des infections est patent, celui des méningites surtout. L’alcoolisme des ascendants, la syphilis peuvent être incriminés parfois, mais avec moins de certitude que la consanguinité.

L’influence des traumatismes crâniens se révèle aussi deux fois sur ces 27 observations.

En dehors de ces causes, nous n’en voyons pas qu’il faille invoquer. Pourquoi, en effet, ferions-nous jouer un rôle à des conditions héréditaires ou personnelles qui nous paraîtraient banales chez des enfants normaux? En tout cas, notre enquête ne porte que sur des enfants en bas âge, dénués jusqu’ici de toute instruction. L’intérêt sera de les revoir dans quelques années quand ils auront bénéficié de l’enseignement et des soins médicaux.

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