D. — RECHERCHES SUR LA BIOCHIMIB DU B. TUBERCULEUX
Composition chimique des bacilles tuberculeux. — C. R. Ac. Sc., 175, p. 1525, 1920.
Composition chimique du bacille tuberculeux. — Ann. Inst. Pasteur, 34, p. 497-534, 1920.
Composition minérale du bacille tuberculeux (en collaboration avec M. A. Liot). — Ann. Inst. Pasteur, 34, p. 534-538, 1920.
Etude de l’acido-résistance du bacille tuberculeux (en collaboration avec M. A. Liot). — Ann. Inst. Pasteur, 34, p. 538-547, 1920.
Revue critique des travaux sur la composition chimique du bacille tuberculeux (en collaboration avec M. Stendal). — Bull. Inst. Pasteur, à l’impression.
C’est en opérant sur des quantités assez considérables de bacilles (1.500 grammes de bacilles secs) que nous avons pu isoler des corps
insoupçonnés de nos devanciers. Par des épuisements prolongés avec le chloroforme nous avons tout d’abord isolé ce que l’on est convenu d'appeler la « graisse » ou « cire » du bacille tuberculeux, qui s’y trouve dans la proportion énorme de 40 %. Ce premier traitement a permis d'étudier séparément la matière grasse et les corps bacillaires dégraissés, le bacille ainsi privé de son revêtement étant plus accessible aux traitements par l’eau ou les solutions salines.
Par l’emploi combiné de solvants neutres (éther, chloroforme, acétone), il est possible de scinder la « graisse )> ou ce cire » en un certain nombre de corps qui peuvent se classer dans quatre groupes très distincts : 1“ une substance jusqu’alors inconnue, soluble dans le chloroforme, insoluble dans l’éther et dénommée hyalinol; 2° deux substances de nature cireuse, solubles dans le chloroforme et l’éther, mais se différenciant par leur solubilité dans l’acétone ou l’alcool absolu : l’une est une cire pure, l’autre un mélange de cires ; 3° une matière grasse proprement dite ; 4“ un phosphatide (lécithine ?).
La première substance s’obtient à l’état pur en raison de son insolubilité dans l’éther; les autres produits ne sont pas toujours séparés d’une façon absolue ; ils renferment toujours de petites portions de corps appartenant aux fractions voisines. Malgré cela, cette séparation approchée permet d’aborder leur étude avec plus de facilité.
L’hyalinol est bien la substance la plus curieuse isolée du bacille tuberculeux. Elle est insoluble dans l’alcool, l’acétone, l’éther, les huiles, soluble seulement dans le xylol et le chloroforme en donnant un liquide de consistance visqueuse. Si on abandonne à l’air dans un cristallisoir une solution chloroformique diluée, on obtient par évaporation spontanée une mince pellicule translucide analogue aux pellicules de collodion ou mieux d’acétate de cellulose. La solution concentrée évaporée donne une substance cornée et blanche. Ce corps se décompose sous l’action de la soude caustique et donne : d’une part de l’acide crotonique mêlé d’un peu d’acide isocrotonnique, et d’autre part une substance à odeur rappelant celle de jasmin et que l’on perçoit très nettement dans les laboratoires où le bacille tuberculeux est cultivé en grande quantité.
Les substances cireuses sont constituées par un mélange de divers éthers d’un alcool particulier, précédemment découvert par Sakae TaiiURA, le mykol. Cet alcool, éthéréfié par l’acide laurique, constitue la partie plus soluble dans l’acétone et considérée par nous comme une cire pure. Le mélange cireux, moins soluble, est constitué par des éthers de cet alcool et des acides palmitique et stéarique.
De la matière grasse proprement dite nous avons pu isoler, après saponification, ies acides oléique, palmitique, stéarique et arachidique avec des traces d’acide caproïque et butyrique.
La présence de cholestérine, confirmée ou contestée par divers auteurs, semble définitivement tranchée par la négative.
Le bacille tuberculeux est donc un organisme riche en substances lipoïdes les plus diverses et les plus nombreuses. Parmi celles qui communiquent au bacille la propriété si particulière de l’acido-résistance, il faut signaler la part qui revient aux acides gras et surtout celle qui est due à la cire et à l’alcool de cette cire, le mybol. L’hyalinol, les lécithines, les graisses neutres n’interviennent pas dans ces propriétés.
Le bacille privé de son revêtement cireux et, de son côté, épuisé par l’eau, et la macération aqueuse, débarrassée des traces de mucine qu’elle contient, est précipitée par l’alcool. Le précipité recueilli est constitué par une nucléo-albumine, qui possède à un degré atténué les propriétés de la tuberculine.
Quant au liquide surnageant le précipité, il renferme une forte proportion d’acides aminés.
L’étude des cendres n’a fait que confirmer les analyses de Schweinitz et Dorset. Le bacille donne environ 2,50 % de cendres où dominent les phosphates, puis viennent les sulfates. Les bases, par ordre décroissant, sont ; le sodium, le potassium, le calcium et le magnésium, avec des traces de fer, de manganèse et de zinc.
Ces recherches ont eu comme résultat immédiat de faire connaître la composition chimique d’un de nos ennemis les plus redoutables.
Pour l’avenir, elles nous permettent d’entrevoir la possibilité d’obtenir une tuberculine de constance définie et d’action thérapeutique toujours identique. Elles nous montrent que les tentatives en vue de lutter contre la tuberculose au moyen de lipases capables de dissoudre les matières grasses et de rendre plus vulnérable le bacille sont vouées à un échec. Si nous connaissons, en effet, les lipases des graisses, nous n’avons encore aucune donnée sur les ferments capables de saponifier, les cires, et encore moins sur ceux susceptibles de s’attaquer à des corps comme le byalinol.
Depuis notre publication les laboratoires américains ont entrepris une étude méthodique de la composition chimique de toutes les bactéries et en particulier du pneumocoque et des bacilles de la tuberculose. Les résultats annoncés par Johnson, Anderson et leurs collaborateurs confirment la plupart de nos recherches sur les matières grasses et apportent de nouveaux faits curieux et intéressants.
Avec la collaboration de M. Stendal j’ai repris l’étude de la composition du bacille tuberculeux et contrôlé les faits nouveaux, puis confirmé une partie des découvertes américaines.
Nous avons préparé plusieurs centaines de grammes de matière grasse provenant de cultures sur milieu minéral qui est actuellement soumise à l’analyse. Nous envisageons d’autre part le moyen de nous procurer de grandes quantités de corps microbiens pour poursuivre cette étude de la constitution des lipides comme celle aussi des substances hydrocarbonées et albuminoïdiques.