‹ Titres et travaux scientifiques de Jacques MillotChapitre 1 sur 10 · EXPOSÉ GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EXPOSÉ GÉNÉRAL

ü* I.'exposé q\ii va suivre résume les résultats que j’ai obtenus au cours de neuf années de travail au Laboratoire d’Histologie de la Faculté de Médecine.'J’y. ai consacré mon activité à des recherches qui peuvent • sembler au premier abord assez disparates. Cependant, à la base de chacune d’elles on retrouvera la même préoccupation de ne pas consiï' dérer l’histologie comme une fin, jnais comme une méthode d’i'nvesti- C gation fécoiide, applicable h l’étude de la vie des tissus et des organes.

: Mes premières recherches ont porté sur les pigments. Fm abordant

' une question qui avait déjà retenu l’attention d un grand nombre de 1 morphologistes, mon intention fut bientôt rnoins de continuer leur œuvre que de dégager la signification physiologique du contenu des cellules chrornatophores. Je me suis d’abord limite au pigment piuique des. Vertébrés Inférieurs. Après avoir défini sa nature chimique, j’ai pu montrer, en m’aidant aussi largement que possible de l’expérimentation, que ce pigment guaninique est une véritable substance de déchet, accumulée par l’animal dans ses téguments, et maintenue en marge du métabolisme. J’ai pu préciser d’aùtrc part que le pigment purique ne, se développe point aux dépens des substances venues du dehors, d’origine alimentaire, mais qu’il faut le faire dériver de l’usure des tissus propres de l’animal, qu’on doit par conséquent le rattacher au métabolisme endogène. Dans des recherches complémentaires j’ai étendu mes' conclusions aux autres pigments cutanés ; j’ai ' pu leur attribuer aussi une signification excrémentitielle.

Le travail auquel je me suis consacré par la suite approfondit Vhistophyslùlogie d'un groupe d’Invertébrés, les Aranéides. Tout en précisant leur anatomie microscopique, mal connue, je n’ai point perdu ^ de vue que le principal intérêt de mon étude devait être d’apporter une

contribution à la cytologie et à la physiologie généralës. Dans un ordre de recherches où rexpérimentation physiologique est impossible et où les méthodes chimiques ne peuvent que malaisément être appliquées' par suite de la très faible quantité de tissu sur laquelle on est obligé d’opérer, l’histologie a pu permettre à elle seule de jeter une lumière suffisante sur les processus fonctionnels essentiels, souvent très particuliers, qu’on observe chez les Araigiiées. J’ai, par exemple, vu avec précision que la digestion proprement dite s’effectue non dans la lumièie intestinale, mais à l’intérieur même de la cellule absorbante, chargée de séparer les substances assimilables et d’expulser au dehors, en se décapitant, les matériaux de déchet. J’ai décrit au moment de la maturité sexuelle chez la femelle l’envahissement progressif de la masse intestinale par des bourgeons ovariens extrêmement végétants. Cet eiîvalhissement ne permet bientôt plus à la digestion de s’effectuer, et, après la ponte, l’animal meurt rapidement. On trouvera plus loin ie, détail de ces faits; de ceux qui concernent rexcrétion, la physiologie du sang, la formation de la soie, etc. Qu’il me suffise d'ajouter, à titre de dernier exemple, que l’étude histologique des Araignées ch période de mue permet de donner à ce phénoipène périodique le sens d’un bouleversement général de l’organisme, qui touche plus ou moins tous les organes et se traduit en particulier au niveau de chacun d’eux par une poussée très intense de mitoses qui conditionne une brusque croissance. Le sang voit sa formule profondément modifiée ; il y apparaît transitoirement des leucocytes vacuolaires d’un type absolument particulier.

Une étude entreprise ensuite sur le rein des- Mammifères m’a permis de mettre en évidence chez les Carnassiers une fonction nouvelle de l’organe ; il assure en effet dans ce groupe l’élimination d’uné quantité importante de coi'ps gras, graisses neutres et lipoïdes ; ceux-ci filtrent principalement au rtiveau de la paroi des tubes contournés : ils se détruisent très rapidement lorsqu’ils sont tombés dans la lumière. Il y a là des indications de nature à justifier des recherches corrélatives dans le- domaine de la physiologie proprement dite.

Mon travail m’ayant conduit à étudier des reins d’animaux se trouvant dans les conditions les plus diverses, j’ai été amené à contrôler les observations des auteufs qui avaient établi l’existerlce d’ImC altération élective du rein au cours de la gestation (rein gras gravidiqüe., J’ai pu affirmer qu’un tel rem n’éxistait pas et montrer sur quelles erreurs reposaient les descl’iptions qui en avaient été faites ; jè n’ai,pu pür

I , ailleurs déceler aucune allération histologique du rein au cours de la [ grossesse normale.

r Des recherches poursuivies de façon convergente avec le secours des

% techniques chimiques, physiologiques et histologiques, et concernant e

■ métabolisme des corps gras dans le foie des VeHébrés, m’ont conduit a

f d’intéressantes conclusions, celle en particulier, que le foie est un

organe bien différent suivant le groupe de Vertébrés dans lequel on le - considère. Ainsi; le foie des Poissons se distingue de tous les autres par un pouvoir d’accumulation si important des corps gras que son volume peut, du seul fait de la- surcharge graisseuse, atteindre plus de vingt fois, le volume initial. Mes dosages chimiques précisent que dans certaines conditions, la quantité d’acides gi'as contenue dans le foie peut . représenter en poids plus du 1/10“ du poids total du corps, alors que

■ dans dlautres conditions physiologiques, on peut n’en trouver plus que

des traces A ce mécanisme extrêmement important de charge et e

décharge graisseuse correspondent des images histologiques frappantes, dont i’ai süivi les divers aspects dans de nombreuses espèces. ^

Rien de semblable ne s’observe quant au foie des autres Vertebres. Dans l’organe hépatique des Mammifères, que j’ai particulièrement étudié le parenchyme apparaît seulement comme un heu de passage pouf iés réserves grasse?, soit que celles-ci, d’origine intestinale, se rendetrt dans les lieux d’accumulation (tissu sous-cutané, tissu perirénal, etc.), soit qu’au contraire, si l’alimentation est insuffisante, les réserve» quittent les dépôts pour être utilisées par l’organisme

Dans mon étude, j’ai essayé de tenir compte de tous les facteurs •»usccplibles de modifier le métabolisme des corps gras. J ai fait des •observations particulièrement fructueuses en ce qui concerne 1 m- • fluence de l’état génital chez la femelle, influence qui était encore très ; insuffisamment connue.

Outre ces travaux d’Histophysiologie normale, j’ai eu l’occasion de pailViper l'i des recherches de Pathologie expérimentale. J’ai suivi mr le foie de Chien, l’action de diverses substances, en particulier de la synthaline. J’ai étudié-aussi, sur le même organe, les lésions consécutVos à la pancréatectomie partielle ou totale. J’ai déduit de ces sériés' d’expériences la notion que les surcharges graisseuses, dont je signale la'o-énéralité comme conséquence de nombre de lésions hépatiques, se distumuent très nettement des surcharges physiologiques en ce que les premières sont centro-lobulaires, les secondes péri-portales. La sui’r

charge centro-lobulaire traduit la difficulté qu’éprouve le parenchyme à se laisser ti’averser par les matières grasses ; la surcharg epériportale indi(juc au contraire une augmentation des apports graisseux.

Dans un autre ordre d’idées, j.’ai pu montrer que le développement du sarcome du Rat pouvait être entravé par la formation à sa périphérie de tumeurs bénignes (gigantomes à terre d’infusoires).

Il me faut enfin ajouter à ces études d’ensemble un certain nombre d’observations isolées telles que l’occasion s’en présente spontanément à tout observateur. C’est ainsi que j’ai décrit chez le têtard au cours de la métamorphose une remarquable éosinophilie physiologique, que j’ai étudié l’action du parasitisme sur les tissus de certains Insectes, que j’ai découvert chez une Sangsue un Taenia non encore signalé, etc... Au cours de ces diverses recherches, j’ai été amené à mettre au point un certain nombre de procédés techniques. J’ai indiqué une méthode particulièrement simple permettant de réaliser une double inclusion à la oelloïdine-paraffine, spécialement adaptée aux tissus cassants et friables. J’ai publié deux méthodes de coloration inédites. J’ai .montré que les pièces conservées dans le formol devenaient assez rapidement inutilisables pour la recherche des corps gras. Ce fait, de nature à affaiblir singulièrement la portée de maints travaux publiés antérieurement,'invite à penser que l’adéhyde formique agit de façon très différente sur les ferments protéolytiques et sur les ferments lipolytiques.

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