B. — RECHERCHES SUR LES LICHENS A ORSEILLE
Sur les lichens à orseille (en collaboration avec M. P. Roncebay). — Bull.
Sc. Pharm., 13, p. 463-470, 1906.
Dans une thèse entreprise sous ma direction au laboratoire de Matière Médicale, M. Ronceray (i) a émis l’hypothèse suivante sur le mode de formation de l’orseille.
Les éthers chromogènes des lichens à orseille (érythrine, acide lécanorique) doivent au préalable être dédoublés par un ferment soluble existant dans le lichen et différent de l’émulsine. Ce dédoublement fait, l’ammoniaque peut alors donner de Porcine ammoniacale, puis finalement de l’orseille par oxydation à Pair.
Ces expériences expliquent l’insuccès de la méthode proposée par Sten- HousE pour la préparation de Porseille à partir des éthers chromogènes directement, sans le lichen, c’est-à-dire sans le ferment ; elles réduisent à néant l’hypothèse de Czapeck qui ramenait la formation de Porseille à l’action d’un ferment semblable au B. Subtüis apporté par l’urine lors de la fabrication de Porseille. Enfin on comprend pourquoi une macération de lichens bouillie et additionnée d’NH® ne donne pas d’orseille.
Ronceray avait également montré que les interprétations fausses que ses devanciers avaient pu faire étaient dues à de petites quantités d’orcine libre existant dans le lichen et se transformant en orseille en présence de l’ammoniaque.
Hesse avait nié la présence d’orcine dans les lichens. Nous avons alors repris le travail et avons donné une méthode pour isoler du Rocella Montagnei Bell. Porcine libre qui s’y trouve dans la proportion de 1 p.
Nous avons au cours de ces manipulations isolé Vérythrite libre du même lichen.
La préparation de Porseille à partir des lichens est donc bien le résultat d’une action fermentaire de dédoublement suivie d’une action purement chimique d’oxydation à l’air de Vorcine ammoniacale. La petite quantité d’orcine libre existant dans les lichens donnant de Porseille en dehors de toute action biologique vient fausser les résultat dans les expériences faites à partir des lichens directement.
1. P.-L. Roncebay : Contribution à l’étude des Lichens à orseille. Th. Docl. Pharm., Paris, 1904, 95 p., in-8“.
c. nutrition minérale du b. pyocyanique
Observations sur la culture du bacille pyocyanique sur milieux artificiels définis (en collaboration avec M. A. Liot). — G. R- Ac. Sc., 20 juin 1921.
Nouvelles observations sur la culture du Bacille pyocyanique sur milieux artificiels définis (en collaboration avec M. Liot). — C. R. Ac. Sc., 174, p. 576-578, 1922.
Importance des sels ammoniacaux organiques dans la production de la pyocyanine par le Bacille pyocyanique (en collaboration avec M. Liot). — C. R. Ac. Sc., 176, p. 191-193, 1923.
Le bacille pyocyanique cultivé sur les milieux artificiels habituels donne une substance se comportant comme un alcaloïde, la pyocyanine. Sur les milieux artificiels définis à base de succinate d ammoniaque, on obtient !e même produit.
La propriété que possède le succinate d’ammoniaque de fermer sa chaîne pour donner la succinimide, et par réduction de ce corps un
ICOONH*
COONH*
NH
NH
dérivé pyrrolidique, nous avait fait entrevoir la possibilité de démontrer le mode de formation d’un alcaloïde par une cellule végétale.
Nos essais nous ont toutefois prouvé que le B. pyocyanique pouvait se développer facilement en l’absence de sels minéraux et de matières sucrées. L’ensemencement sur gélose simple ou même sur l’eau distillée additionnée seulement de 0 gr. 05 de succinate pour 10 cm* permet d’obtenir, en deux, au maximum trois jours, des cultures peu abondantes mais’communiquant aux milieux une coloration bleue très franche. Les ensemencements faits comparativement sur gélose additionnée de phosphate disodique, de sulfate de magnésié, et de succinate (milieu Gessard) donnent au contraire en vingt-quatre heures des cultures assez abondantes avec production d’une matière colorante verte.
Si l’on remplace le succinate par les sels ammoniacaux neutres des acides bibasiques homologues ; malonique, glutarique, sébaeiqne, subérique, les résultats sont identiques à ceux observés avec l’acide succi-
""lIs sels ammoniacaux des acides bibasiques à fonction étbylénique se comportent un peu différemment.
Les sels neutres des acides, Tique), itaconique (méthylène t cyanine avec coloration bleue ( ou non du phosphate disodique Les sels des acides maléique jpement du bacille, r r le milieu gélose m
fumarique, mésaconique (méthylfumaiccinique), donnent naissance à la pyor verte suivant que le milieu renferme et du sulfate de magnésie.
'.t citraconique (méthylmaléique), malgré J donnent pas lien à la production de
CH —COOH ' ' CH — COOH
CH^ —C —COOH HC —COOH (MéthylSquep
CH —COOH CH — COOH
CH’ —C —COOH lOOH —C —H
CH’ —COOH CH* — COOH
Ac. succinique.
CH»z=C —COOH CH*—COOH
mères trans. H y a là une c
car les acides maléique et citraconique 3 fumarique et mésaconique des isoie aptitude du microbe pour le choix
Cette opinion s’appuie sur de milieux contenant seulement des by-
. pyocyam montré que c
microbe et à la formation ( nombreuses expériences.
Le bacille se cultive mal s drates de carbone; il ne pousse pias sur des milieux ne contenant que des sels ammoniacaux minéraux. Si l’on réunit les mêmes quantités de sel ammoniacal et d’hydrate de carbone, la culture est abondante et riche en pyocyanine avec le carbonate et aussi le nitrate d’ammoniaque. Le microbe a attaqué le sucre pour donner des acides organiques qui, avec le carbonate d’ammoniaque ou le nitrite d’ammoniaque (résultant ’ de la réduction du nitrate), produisent les sels ammoniacaux organiques indispensables à son développement. ■
Prépare-t-on un milieu avec du glucose et de l’ammoniaque libre en quantité calculée, la culture est maigre jusqu’à ce qu’il y ait une production d’acide organique suffisante pour neutraliser l’ammoniaque; alors, elle se développe abondamment avec production de pyocyanine.
L’urée, seule, est un mauvais aliment; additionnée d’hydrate de carbone, elle permet le développement et la production de pyocyanine. L’urée dans ces conditions est transformée par une uréase en carbonate d’ammoniaque, qui donne les sels ammoniacaux organiques nécessaires.
Enfin, les acides aminés , sont en général de mauvaii colle se comporte comme l’urée ; employé seul, il n( cyanine; additionné de glucose, lévulose, glycérine ment apparaît. Ceci nous conduit à admettre que c
aliments. Le glyco donne pas de pyo U mannite, le pig n’est pas la fonc
tion amine de l’acide aminé qui intervient, mais la fonction sel amn^-^'" niacal qui se produit au cours du développement du r”'—"’'" ^ -
Si, dans un acide aminé de fonction
R —CH' —COOH
on bloque la fonction amine par un acide minéral, ou la fonction COOH par un alcali, il ne se produit pas de pigment; dans le premier cas, la fonction amine est immobilisée ; dans le second, il ne peut se former de sel ammoniacal de formule.
r CH' —COOAzH*
AzH'
Mais dans l’expérience où la fonction amine est demeurée libre R ci-P — COONa AzH*
et la fonction acide transformée en sel sodique, la production de pyocyanine se produira si l’on ajoute un hydrate de carbone qui donnera, par action de la bactérie, un acide organique susceptible de former un sel ammoniacal avec l’AzH^ libéré par la désamination.
Ainsi donc nous pouvons dire que les acides aminés ne sont utilisés que lorsqu’ils sont transformés en sels ammoniacaux. Dans l’alanine
CLP — CH — COOH
AzH*
il y aura transport du groupe AzH^ et formation probable de propionate d’ammoniaque
CH' — CH’ — COOAzH'
ou de lactate d’ammoniaque
CH' — CHOH — COOAzHL
Il en serait de même de l’acide aspartique, qui donnerait l’aspartate d’ammoniaque, puis le succinate d’ammoniaque
AzH'COO — CH’ — CH’ — COOAzlD.
De ces faits nous pouvons conclure que les albumines sont de mauvais aliments pour les microbes, s’il n’y a pas à côté de ces susbtances un sel ammoniacal permettant un développement initial du microbe qui, alors, par ses ferments, attaquera et dégradera la molécule complexe pour en faire un aliment plus simple.
Ces faits, tant par la méthode suivie que par les résultats obtenus, ont une portée générale en physiologie : ils apportent un argument des plus importants à ceux qui voient dans l’ion ammoniacal la forme obligatoire sous laquelle l’azote est assimilé par les végétaux, surtout inférieurs. Cette preuve est souvent difficile à établir, car les végétaux ont la faculté d’assimiler d’autres formes de l’azote nitrique : aminé, amidé, peptique, etc., mais après des remaniements préalables qui les amènent précisément sous la forme d’ammoniaque. Ce terme de passage n’est pas toujours commode à mettre en évidence, tant à cause de la lenteur de la culture que de la complexité des milieux. D’autres fois, sa mise en évidence est trop tardive pour être démonstrative, par suite de la production constante d’ammoniaque dans les phénomènes d’autolyse des vieilles cultures.
Le bacille pyocyanique, par sa faculté de vivre sur des milieux extraordinairement simplifiés, par la sécrétion d’un pigment spécifique qui révèle un début de culture impossible à saisir par d’autres méthodes, permet une démonstration péremptoire. 11 constitue un de ces (c êtres réactifs » que leurs particularités de culture font toujours utiliser dans les recherches de physiologie générale.