APERÇU GÉNÉRAL
J’ai débuté dans la carrière universitaire comme préparateur de la chaire de Matière Médicale, occupée d’abord par le Planohon puis par M. le P*' Perhot; aussi mes premières recherches furent-elles naturellement orientées vers l’anatomie microscopique appliquée à l’étude des matières premières d’origine végétale.
Les travaux sur la structure de la racine de Scorodosma fœtidum, Bunge et des racines d’Aconits, les études sur la constitution des pailles à chapeaux de Madagascar, sur les Anacardiacées, sur la Fleur de Thé sont purement des recherches d’Histologie végétale.
D’autre part je fus chargé en 1909 des fonctions de Chef des Travaux pratiques de Micrographie, je les ai abandonnées ensuite pour celles de sous-directeur du laboratoire des fraudes où j’ai pu appliquer à l’analyse de très nombreux produits d’origine végétale les méthodes niicrographiques qui m’étaient familières.
Mon activité scientifique devait de bonne heure se diriger dans une autre voie. Le P” Planchon, puis le P' Perrot, convaincus de l’importance de la chimie des drogues, m’avaient engagé dès mes débuts à poursuivre des études théoriques de chimie en vue de leur application à l’étude des végétaux. Ainsi s’explique l’orientation de l’ensemble de mes travaux dans deux directions d’apparences très différentes, mais en réalité convergentes, parce que envisagées l’une et l’autre d’un même point de vue fondamental.
Aux confins de l’anatomie et de la chimie végétale, le chercheur rencontre le problème de la localisation des principes immédiats chez les végétaux. La question, à l’époque où je m’y arrêtai, venait d’être abordée
depuis peu par Errera et ses élèves. Séduit par ces méthodes nouvelles, j’obtins d’aller travailler quelque temps auprès de ce maître réputé, dont les études, ont porté plus particulièrement sur la localisation des alcaloïdes.
Je me proposai dès lors de faire des recherches du même ordre sur les glucosides. La question était entièrement nouvelle et n’était pas sans présenter de réelles difficultés : en effet, tandis qu’à tous les alcaloïdes convient une même méthode microchimique de localisation, aucune technique générale de précipitation ou de coloration n’était connue pour les divers glucosides. Les résultats de ces recherches furent exposés dans ma thèse de doctorat ès sciences, où j’étudiai la localisation de divers tanins et glucosides (esculine, fraxine, salicine) dont j’avais pu suivre l’évolution au cours de la végétation dans les diverses parties de la plante. Plus tard, j’eus l’occasion de localiser les principes de la Rhubarbe et ceux du Polygonnm cuspidatum Sieb. et Zucc. J’y montrai la présence simultanée du tanin et des principes anthraquinoniques dans les mêmes cellules.
Dans diverses thèses du laboratoire de Matière Médicale, ces recherches ont fait l’objet de nouvelles applications (Chemineau, Ronceray).
Dès lors, très familiarisé avec la question de localisation des alcaloïdes et des glucosides j’ai rassemblé tous les documents la concernant et montré le rôle de ces substances chez les végétaux dans ma Thèse d’Agrégation et dans une 2® édition de ce travail préfacée par M. Guignard.
L’intérêt, théorique et pratique, biologique et pharmaceutique de ce problème, ne saurait être mis en doute. Localiser, extraire, définir un glucoside ou un alcaloïde, c’est déjà enrichir la science de faits originaux, mais ceux-ci ne prennent toute leur valeur que par l’essai de synthèse qu’on peut faire des notions acquises. On ne saurait, à l’heure actuelle, qu’entrevoir la réponse à cette question : queUe est la signification des alcaloïdes et des glucosides chez les végétaux ? Cela suppose en effet, outre la connaissance de leur localisation, celle de leurs variations quantitatives, de leurs migrations, journalières ou saisonnières, et même celle de leur structure moléculaire.
Dans cet ouvrage, je me suis efforcé de grouper l’ensemble des connaissances, touchant ces différents points de vue, travail important de bibliographie et de mise au point éminemment utile à ceux qui tenteront de nouvelles recherches. J’ai fait suivre cet exposé des faits, d’une discussion des hypothèses auxquelles ils ont donné naissance et j’ai proposé une conception personnelle de leur interprétation.
Ce que l’on sait actuellement des glucosides m’a conduit à les considérer comme une forme de mobilisation des déchets de l’activité cellulaire. La partie hydrocarbonée de la molécule aurait pour rôle de solubiliser, de convoyer les résidus nocifs, ou pour le moins inutilisables par la plante. Le phénomène serait alors comparable à celui que l’on observe dans l’organisme animal, où les substances toxiques, telles que les phé-
nols', alcools, etc.,, sont éliminées sous forme de glucosides particuliers, elle?: lesquels la molécule hydrocarbonée est représentée par l’acide gly- Guronique. Ici, comme pour la production d’urée, la cellule végétale ne se comporte par autrement que la cellule animale. Ceci est conforme à 1 idée que nous pouvons nous faire de l’unité des phénomènes biologiques dans tous les groupes d’êtres vivants.
Il est plus difficile de concevoir la signification biologique des alcaloïdes ; aucune des hypothèses qui s’y rapportent ne suffit à expliquer la majorité des faits. Mais il semble que tous les auteurs se rallient maintenant è la conception de l’alcaloïde-déchet, opinion que j’ai toujours envisagée comme la plus rationnelle.
Je fus nécessairement amené, à la suite des résultats obtenus en localisant certains principes immédiats et en recherchant les rapports qu’ils présentent entre eux, à tenter l’extraction et l’étude dés principes constituants des végétaux. Ces travaux m’ont permis, soit de préciser des faits antérieurement connus, soit de caractériser chez des végétaux des principes à peine soupçonnés, soit enfin de découvrir des principes entièrement nouveaux.
Chimie végétale. — Enfin, convaincu qu’aucun progrès sérieux n’est possible en physiologie végétale, si l’on se borne à l’extraction et à la caractérisation des principes immédiats, j’ai tenté, avec plus ou moins de succès, d’établir la constitution des principes que j’avais découverts.
Je tiens à résumer ici, rapidement, ces travaux de chimie végétale.
Dans certains, j’ai pu préciser ou corriger les résultats obtenus antérieurement par d’autres auteurs : il en est ainsi de mes recherches sur les alcaloïdes de la Valériane, sur la nuphrarine, sur les cholestérines des Champignons, etc.
Dans d’autres, j’ai caractérisé chez certaines plantes divers principes signalés chez d’autres végétaux ou, fait plus intéressant, chez les animaux. Le plus important des résultats obtenus dans cet ordre de recherches fut la découverte de l’urée chez les Champignons.
L’urée y avait été signalée, occasionnellement, pourrait-on dire, par Bambergeh. La rencontre de l’urée chez les Champignons me surprit tout d’abord ; je vérifiai soigneusement le cas plusieurs années de suite avant de le publier. C’était, sans contredit, un fait des plus intéressants que la formation de ce composé chez un végétal, car il était jusqu’alors considéré uniquement comme un principe d’excrétion animale. Aussi, ai-je fait de nombreux essais pour trouver de l’urée chez diverses espèces de Champignons et dans les plantules des Phanérogames (Lupin). Rigoureusement d'étnontrée pour deux espèces de Champignons, la présence de l’urée n’avait' pu être, à cette époque, aussi formellement caractérisée chez les autres espèces expérimentées. Les techniques alors à ma disposition n’étaient pas suffisamment sensibles pour me permettre la mise en évidence dans tous les cas. Depuis, on sait comment Fosse, grâce à un pro-
cédé très sensible de recherche et de dosage de l’urée, a pu généraliser cette importante observation.
Reprenant alors cette étude j’ai trouvé et dosé l’urée chez un certain nombre de champignons supérieurs et j’en ai étudié la répartition suivant la nature des espèces, l’âge ou la nature des tissus.
D’autre part, j’ai isolé des végétaux plusieurs composés entièrement nouveaux.
Ce fut d’abord la kolatine-caféine, puis la kolatine et la kolatéine, ces deux derniers composés appartenant au groupe des catéchines. L’étude de ces corps, comme celle des tannoïdes en général, est extrêmement difficile ; j’ai pu cependant donner leurs principaux caractères, montrer leurs relations avec la caféine et l’importance de ces faits au point de vue pharmacodynamique. Ces recherches sur la kola ont été le point de départ d’importantes applications à la pharmacie dont je parlerai tout à l’heure : la stabilisation des végétaux.
De la racine de Tormentille, j’ai retiré le tormentol, corps à la fois éther et alcool, dont il m’a été jusqu’ici impossible d’établir complètement la constitution.
Dans l’étude biochimique du Primula officinalis L., j’ai obtenu des résultats .absolument complets. J’ai montré d’abord qu’il existait dans la racine du P. officinalis des principes glucosidiques non dédoublables par l’émulsine, mais dédoublables par un ferment spécifique, la primevérosidase, dont j’ai établi la répartition et la localisation chez les Primulacées; ensuite j’ai extrait les principes glucidiques, primevérine et primulavérine, et déterminé la constitution chimique complète de l’une et de l’autre. La première donne par dédoublement l’éther méthylique de l’acide méthoxyrésorcylique et le primevérose, la seconde l’éther méthylique de l’acide métaméthoxysalicylique et le primevérose.
L’essence de Primevère est un mélange des deux éthers précédents avec une petite quantité de substances insaponifiables.
La constitution du primevérose lui-même a été établie : c’est un biose formé de l’union d’une molécule de glucose et d’une molécule de xylose. La découverte de ce sucre,' de structure si spéciale, constitue un fait nouveau d’autant plus important que ce biose fait partie d’un grand nombre de glucosides découverts depuis. Ainsi, les deux glucosides que j’ai isolés de la Primevère appartiennent au groupe des glucosides très peu nombreux dont on connaît parfaitement la structure chimique de la partie hydrocarhonée comme de la portion aglycone de la molécule
Des fruits verts ou stabilisés de Vanille j’ai pu isoler plusieurs glucosides dont la glucovanilline qui n’avait été obtenue jusqu’alors que par des méthodes synthétiques. J’ai montré que le parfum de la Vamlle, si fin et si différent de celui de la Vanilline, était dû à un autre glucos.de se dédoublant en un produit jaune huileux à odeur très agréable. La
constitution de ce glucoside et de ses produits de dédoublement est actuellement en cours d’étude.
Chimie biologique. . — Il me paraît impossible de réaliser, en physiologie végétale, d’importants progrès si l’on se borne à l’extraction et à la caractérisation physique d’un glucoside s’ajoutant à la liste déjà longue des glucosides connus. Seule, la connaissance de la constitution chimique de ces principes — comme celles des alcaloïdes -— permettra, dans un avenir plus ou moins prochain, de connaître leur rôle et leur signification biologique. D’autre part, la Pharmacodynamie est appelée à hénéficier de ces recherches sur la constitution des corps. La notion toute nouvelle du groupement physiologique, qui tend à établir la relation entre la constitution chimique et l’action physiologique, y trouvera des arguments importants et ouvrira de nombreux horizons à la synthèse chimique, en vue de doter la thérapeutique de corps nouveaux.
Au point de vue biochimique j’ai consacré de longues, patientes et pénibles recherches, à l’étude de la composition chimique du bacille tuberculeux. J’y ai surtout étudié les substances lipoïdiques, parmi lesquelles un principe entièrement nouveau, le Hyalinol, dont je décris plus loin les curieuses propriétés. J’ai repris aussi l’étude de la composition minérale du bacille et celle de la question si controversée de son acido-résistance ; celle-ci doit être rapportée, selon moi, aux acides gras libres, à la cire et surtout au mykol, alcool constitutif de cette cire.
J’ai pu en outre extraire du bacile dégraissé une nucléo-albumine qui possède les propriétés atténuées de la tuberculine. Je poursuis l’étude de ce corps, car il n’est pas douteux que l’obtention d’un produit chimiquement défini, agissant comme la tuberculine, constituerait un réel progrès pharmacologique. Les tuberculines employées actuellement sont le plus souvent obtenues par précipitation, avec l’alcool, d’un milieu de culture du bacille tuberculeux. La proportion de tuberculine fixée sur ce précipité de matières albuminoïdes est très variable, et par suite, l’activité du produit n’est pas constante. Un principe défini, pondérable, ne présenterait pas les mêmes inconvénients, et la médecine ne pourrait que gagner à utiliser comme agent thérapeutique ou réactif biologique un produit d’action toujours comparable.
Le mode d’action de l’Uréase a particulièrement retenu mon attention et j’ai déterminé l’activité de ce ferment en présence de différents facteurs tels que les acides, les bases, les sels et la chaleur.
Il en est de même de la nutrition azotée du bacille pyocyanique cultivé sur un milieu artificiel défini. Après avoir contrôlé que les sels ammoniacaux des acides organiques mono ou bibasiques étaient de bons aliments, j’ai montré que c’était le contraire pour les acides aminés employés seuls. Par contre additionnés d’un hydrate de carbone ils sont susceptibles de donner de la pyocyanine. La fonction amine n’intervient dans la nutri-
lion que lorsqu’elle a été transformée en fonction sel ammoniacal par un processus tout à fait particulier.
Les études pharmaceutiques obligent le naturaliste à quelques connaissances de la chimie et ne permettent pas au chimiste d’ignorer complètement la botanique. Obligé par mes études mêmes de pharmacie à pratiquer successivement ces deux sciences fondamentales, rompu aux disciplines de l’une comme de l’autre, j’ai envisagé, par un juste retour, l’application de mes recherches à la pharmacie proprement dite. Ce sont ces applications pharmaceutiques que je vais maintenant exposer. Les plus importantes sont : A. La culture des plantes médicinales. B. La stabilisation des végétaux. C. h’étude des diverses préparations pharmaceutiques : Aconit, Belladone, Ergot, Quinquina, Opium. D. L’essai de divers médicaments galéniques : Fougère Mâle, Noix Vomique, Belladone, etc. E. L’aciion phylactique des alcaloïdes. F. La préparation des Catguts, etc.
Culture des plantes. — J’ai fait de grands efforts pour encourager la culture des plantes médicinales. Mes observations sont consignées dans un petit volume écrit en collaboration avec M. Demelly.
La récolte des simples, considérée comme la première des opérations pharmaceutiques, à la fois par ordre chronologique et par son importance, était autrefois l’objet des plus grands soins de la part des pharmaciens ; peu à peu elle fut délaissée et abandonnée à des gens inexpérimentés.
Nous sommes convaincus que l’industriel doit, dans la mesure du possible, cultiver lui-même les plantes nécessaires à son industrie. C’est par là seulement qu’il se mettra à l’abri des erreurs dues à la négligence ou à l’ignorance des récolteurs, des inconvénients d’une dessiccation trop rapide et mal surveillée ; c’est de cette façon aussi qu’il pourra se procurer d’une année à l’autre des plantes de composition chimique semblable, donc d’activité thérapeutique comparable. C’est là toute une évolution, conséquence inévitable de la centralisation de l’industrie pharmaceutique. D’ailleurs on est entré plus ou moins officiellement dans cette voie par la création du Comité interministériel des plantes médicinales et de son organe d’exécution : l’Office national des matières premières végétales, chargé de coordonner tous les efforts dans cette voie.
Stabilisation des vb&étaux. — Mes recherches de microchimie et plus spécialement celles sur le Quinquina et la Kola m’avaient montré que tanins, glucosides et alcaloïdes existent souvent dans les mêmes ceUules et qu’ils forment ensemble des combinaisons dont les propriétés ne sont presque jamais celles de leurs constituants. Pendant la dessiccation, au cour de l’agonie du végétal, aussitôt que se produit le phénomène de-déséquilibre qu’est la mort, ces combinaisons sont détruites sous l’influence
des diaetases. Dès lors il devait être utile, indispensable même, de les fixer afin de pouvoir les extraire ensuite sous la forme même où elles se présentent chez les êtres vivants.
Bourqüelot, pour caractériser ou pour extraire les glucosides, traitait les plantes recueillies par l’alcool bouillant; mais on ne peut ainsi obtenir que des extraits alcooliques.
Nous avons pensé avec M. le Perrot que le même but serait atteint en soumettant les organes des végétaux dans l’autoclave, à l’action des vapeurs d alcool, ou meme lorsque la consistance de la drogue est plus compacte, à celle de la vapeur d’eau. Au sortir de l’appareil, on obtient par une simple dessiccation une matière première stable, qni pourra par la suite être soumise à tous les traitements chimiques ou pharmaceutiques. La composition chimique de la plante stabilisée ainsi obtenue ne présente guère de différence avec celle de la plante fraîche. La Kola dont j’ai pu extraire après stabilisation le composé Kolatine-caféine, qui n’existe plus dans la noix sèche, en est un exemple démonstratif.
Des principes immédiats, moins importants au point de vue thérapeutique, sont fixés au cours de cette manipulation ; il en est ainsi de la chlorophylle qn’il faudra éliminer des préparations destinées à la thérapeutique. L’épuisement convenable dn produit stabilisé, suivi de la concentration des liqueurs dans le vide à basse température, donnera un premier extrait auquel on peut faire subir un traitement destiné à enlever la chlorophylle par un lavage à l’éther, sans que disparaissent les principes actifs fixés en leurs formes naturelles.
L’application de ces principes conduit à obtenir ce que nous avons appelé (( extraits physiologiques végétaux ». Cette méthode a trouvé son emploi dans l’industrie pharmaceutique.
Est-ce h dire que l’on doive, dans l’avenir, avoir toujours recours à la stabilisation des plantes médicinales, de préférence à tout autre traitement pharmaceutique ? Ce n’est pas là notre pensée. Pour chacune des plantes médicinales, il sera bon de comparer chimiquement, physiologiquement et cliniquement la préparation stabilisée aux préparations faites dans les conditions ordinaires. On pourra donc obtenir, à côté de l’extrait classique, l’extrait préparé avec la plante fixée. On retiendra toutefois qu’il est avantageux pour beaucoup d’entre elles d’avoir recours à la stabilisation.
Etude des préparations pharmaceutiques. ■— Au point de vue pharmacologique j’ai étudié tout particulièrement les préparations d’Aconit et j’ai tout d’abord constaté la variation très grande de la teneur en alcaloïdes de racines de diverses provenances. L’essai physiologique nous a donné des divergences d’un ordre tout différent. Il ne s’agit plus de différence quantitative mais qualitative des produits. Certaines racines où le
dosage chimique décèle une richesse alcaloïdique élevée sont presque inactives au point de vue physiologique. L’aconitine, alcaloïde très toxique, est accompagné de ses produits de dédoublement : la benzoilaconine et l’aconine toutes deux d’activité nulle, alors que l’essai chimique les évalue au même titre que l’aconitine. L’essai d’une préparation d’Aconit devra comprendre un essai de toxicité parallèlement au dosage des alcaloïdes totaux.
C’est à cet essai d’autant plus indispensable que l’aconitine s’altère à la longue, à froid et surtout sous l’action de la chaleur, en solution aqueuse ou alcoolique, en donnant la benzoilaconine et l’aconine ; de sorte que les préparations telles que la Teinture et l’Extrait d’Aconit devront être annuellement renouvelées ou soumises à un contrôle fréquent.
L’A. Anthora L. renferme par contre un alcaloïde peu toxique qui joue un rôle préventif vis-à-vis de l’aconitine, ce qui expliquerait jusqu’à un certain point son nom ; le Tbora ayant désigné autrefois VA. Napellus L.
Belladone : J’ai contrôlé des faits du même ordre dans les préparations de belladone. L’Hyoscyamine, alcaloïde qui se trouve uniquement dans les feuilles de Belladone se transforme peu à peu par racémisation en atropine d’activité moins grande. Sous l’action de la chaleur en présence de l’eau il s’hydrolyse en donnant le tropanol d’action très différente. L’essai des préparation de Belladone devrait comporter non seulement le dosage quantitatif des alcaloïdes mais encore un examen polarimétrique montrant le degré de transformation de l’Hyoscyamine.
Ergot. L’étude de l’Ergot et de l’extrait nous a montré que l’épuisement de la drogue par l’eau pure ou même additionnée d’acide tartrique était insuffisant pour enlever les alcaloïdes. L’extrait aqueux d’Ergot ne renferme que des traces d’Ergotinine, d’Ergotoxine, d’Ergotamine, etc., et doit surtout son activité aux bases aminées.
Quinquina ; De même le traitement du Quinquina par l’eau laisse la plus grande partie des alcaloïdes (75 pour 100) dans le résidu de l’opéra-
tiôn. , T J
Opium : L’étude de la préparation de l’Extrait d’Opium et du Laudanum nous a fait voir que la plus grande partie de la narcotine restait insoluble dans les marcs. Cet alcaloïde est une base faible qui ne peut se dissoudre que dans une solution aqueuse d’un pn inférieur à pu = 4.
Essvi DES MÉDICAMENTS. - J’ai mis au point un grand nombre de méthodes de dosage permettant d’étudier la valeur des préparations pharmaceutiques J 'ai^été ainsi amené à préciser les conditions de dosage des préparations de Fougère Mâle, de Noix Vomique, d’Opium, de Belladone ainsi que le titrage de l’Iode dans les sirops iodotannique et de Raifort iodé et de faire ime étude comparative des diverses méthodes d’essai indiquées par les pharmacopées anciennes et étrangères.
Ces études analytiques ont un intérêt général évident.
La précision, la commodité des méthodes adoptées ne sont pas seules
à considérer. Unifier, entre les diverses pharmacopées, le titre en principe actif des médicaments n’est pas suffisant si les méthodes d’analyse deméurent différentes. Le point de vue thérapeutique n’est pas le seul à considérer : le point de vue économique intervient également, car nos industries pharmaceutiques, grosses exportatrices, se trouvent sur les marchés lointains en concurrence avec les industries étrangères. ,
Nos méthodes d’essai ne doivent donc être établies qu’après une étude de pharmacologie comparée de toutes les pharmacopées.
Rôle phylactique des alcaloïdes. — Au cours des essais chimiques et physiologiques des préparations médicamenteuses, j’ai constaté une propriété curieuse des alcaloïdes qui mérite d’être étudiée plus longuement. L’Anthorine injecté à un cohaye quelques heures ayant l’injection d’une dose mortelle d’Acotinine protège l’animal qui ne manifeste alors aucun symptôme d’empoisonnement. Nous avons déterminé la limite et la durée de cette action protectrice et la dose minimum d’Anthorine susceptible de produire cet effet.
J’ai conclu à une action phylactique que j’ai retrouvée, toutefois avec une intensité moindre dans l’action de la Brucine vis-à-vis de la Strych-
Gatgut. — Chargé, pendant la guerre, par le Service de Santé de l’Armée, du contrôle puis de la fabrication des ligatures chirurgicales, j’ai très vite constaté que, dans ce domaine aussi, la recherche scientifique n’avait pas toujours suffisamment guidé la pratique industrielle.
L’étude anatomique de l’intestin du mouton m’a permis de relever une erreur, devenue classique, sur l’origine de la corde à boyau.
J’ai montré la nécessité de supprimer la macération initiale des boyaux, cause de toutes les difficultés rencontrées au cours de la stérilisation. Je suis parvenu à faire préparer de la corde chirurgicale par d’autres méthodes que celles employées pour les cordes destinées à des usages non médicaux En suivant mes indications, il est maintenant possible de préparer des cordes faciles à stériliser ou des cordes imprégnées de substances chimiques, dites (( cordes à résorption retardée ».
J’ai montré dans quelles conditions on pouvait préparer avec une sécurité parfaite le catgut chirurgical et j’ai.indiqué une méthode de contrôle vérifiée par plus de 20.000 ensemencements.
Enfin, avec M. Rolland, j’ai abordé l’étude de la résorption, laissant à mon interne, chef de laboratoire dans un grand service de chirurgie, le soin de continuer ces recherches d’un ordre tout chirurgical.
Ces travaux ont trouvé auprès des chirurgiens le meilleur accueil et la publication faite sur ce sujet dans les Annales'de l’Institut Pasteur a été récompensée par le prix Barbier (Académie des Sciences, 1919).
Sous la diversité des reclierches que j’ai entreprises depuis vingt-cinq ans, on peut retrouver facilement l’unité profonde de la tendance qui m’a guidé. C’est essentiellement au point de vue pharmacologique que je me suis placé, et la pharmacologie ne se prête pas h une spécialisation étroite. Dominée par un hut de « finalité thérapeutique », cette sciencé" d’application exige de ses adeptes qu’ils soient rompus à des méthodes, à des disciplines diverses. La multiplicité des points de vue auxquels doit se placer successivement le pharmacologue fait, de la science qu’il sert, une des plus vivantes et des plus complexes qui soient ; elle exige chez lui une culture scientifique étendue également aux trois sciences fondamentales de la Pharmacologie : Botanique, Chimie, Physiologie.
A la Botanique, il appartient de déterminer l’origine des drogues végétales. Leur étude morphologique (morphologie externe et anatomie microscopique) s’impose avant tout pour les définir exactement et pour permettre de reconnaître les fraudes ou les substitutions. L’étude des conditions de récolte et de culture des plantes médicinales revient encore au botaniste
Le rôle de la Chimie pharmaceutique n’a cessé de grandir depuis qu’ont été isolés les principes immédiats retirés des êtres vivants. Après les premières découvertes de cet ordre, l’isolement des principes significatifs des drogues, comme écrivait Dumas, a constitué, pour la Pharmacologie, et à juste titre, le problème fondamental. Il a été résolu pour de nombreux végétaux dont certains principes actifs — des glucosides et des alcaloïdes surtout — ont été, non seulement isolés, mais souvent aussi analysés avec suffisamment de précision pour qu’on ait pu établir leur constitution chimique. A côté de l’étude des principes chimiques définis, il faut retenir celle des principes diastasiques qui interviennent dans la conservation des plantes médicinales et dans la préparation des formes galéniques. La connaissance chimique des drogues a conduit à leur dosage et à celui de leurs formes pharmaceutiques, progrès considérable, car ce titrage permet de mettre à la disposition des thérapeutes des produits qui, pour n’être pas constitués par un mélange en proportions exactes d’éléments définis, jiossèdent cependant une activité de grandeur connue.
L’intervention de la Physiologie est plus récente. Sans doute, depuis toujours, c’est à leur action physiologique, établie plus ou moins empiriquement, que les drogues naturelles, d’origine végétale ou animale, doivent d’être employées. Mais aussi, les méthodes de la physiologie apportent au pharmacologue un secours précieux; elles permettent l’étude, parfois ia mesure, de l’action pharmacodynamique des substances dont la composition chimique n’est pas encore suffisamment connue ; cela est vrai surtout des médicaments opothérapiques ou sérothérapiques. L essai physiologique permet encore, avant d’entreprendre l’étude chimique
d’un principe ou d’une drogue, de s’assurer que leur action pharmacodynamique est réelle. Poursuivis comparativement aux essais chimiques, les essais physiologiques permettent de discerner la part que prennent, à l’action totale d’un médicament complexe, les divers principes chimiques isolés. Ce rôle de la Physiologie n’est pas de remplacer, de suppléer la Chimie, mais d’aider celle-ci. Elle rend possible l’utilisation de drogues précieuses avant que leur étude chimique ait pu être achevée.
Eclairé par la Botanique, par la Chimie, par la Physiologie, le pharmacologiste peut alors réaliser la formé pharmaceutique la mieux adaptée à l’usage thérapeutique et, au cours de cette préparation des formes galéniques, la Physique et la Chimie seront encore les guides nécessaires.
La complexité, la richesse des connaissances scientifiques exigées du pharmacologue ressortent évidemment de cet exposé. Pour ma part, j’ad successivement abordé les diverses techniques, désireux d’éclairer aussi complètement que possible les problèmes qui m’étaient posés.
Je me suis préoccupé de la culture et de la récolte des plantes médicieinales (Précis de culture des plantes médicinales, rôle de la stabilisation, influence des radiations solaires sur la Belladone), de l’identification anatomique et de la détermination botanique des drogues (Aconits, Scorodosma, etc.), de la localisation des principes actifs chez les végétaux, et de leur rôle (tanins, glucosides, alcaloïdes).
J’ai tenté d’isoler, de nombreux végétaux, les principes immédiats qu’ils renferment; parmi ceux que j’ai pu extraire ou étudier se trouvent; des principes tanniques catéchiques (kolatine, kolatéine) ; des glucosides et des sucres (primevérose, primulavéroside et primevéroside, glucosides de la Vanille et du Monotropa) ; des alcaloïdes (Valériane, Aconitum An- Ihora) ; des ferments (uréase, primevérosidase).
J’ai pu réussir dans quelques cas à établir définitivement leur constitution chimique (glucosides et sucre du Primula officinalis) et, incomplètement, (tormentol).
Dans Je domaine de la biologie j’ai effectué une série de recherches sur la composition chimique du B. tuberculeux, sur la nutrition des espèces microbiennes (B. pyocyanique) sur milieu chimiquement défini et sur le mode d’action du ferment uréase.
Mais c’est la pharmacologie qui depuis vingt-cinq ans n’a pas cessé d’être l’objet de prédilection de mon activité. J’ai contribué à l’étude des opérations pharmaceutiques et de la préparation des formes galéniques (lixiviation, stabilisation) ainsi qu’à l’essoi chimique de ces formes (Fougère Mâle, Aconit, Belladone, Ergot de Seigle, Noix Vomique, Opium), plus rarement de leur essai physiologique (Kola, Aconit, Noix Vomique). J’ai montré aussi le rôle phylactiqiie de certains alcaloïdes vis à vis d’autres alcaloïdes voisins.
L’étude approfondie de ces préparations galéniques basée sur les essais chimiques et physiologiques m’a permis de démontrer que les for-
mules adoptées ne répondaient pas toujours aux conceptions jusqu’alors
admises.
Parmi les formes pharmaceutiques, j’ai étudié plus particulièrement les fils à ligature : Crins de Florence et Catguts, et j’ai indiqué les règles à suivre pour obtenir des cordes à catguts d’une stérilisation complète et
Au cours de mon enseignement, je me suis attaché à faire des leçons solides plutôt que brillantes. Je me suis efforcé d’intéresser l’esprit des élèves en leur montrant, d’une part; la solidarité des faits ou des notions purement scientifiques et des applications pharmaceutiques et, d’autre part, comment celles-ci sont conditionnées par ceux-lè, surtout en matière de droguerie et de pharmacie. J’ai eu la satisfaction de voir le cours suivi assidûment et régulièrement sans que diminue le nombre des audi-
teurs. , J. .
C’est seulement ainsi, me semble-t-il, que l’on peut faire, des étudiants, des praticiens éclairés et consciencieux; c’est aussi de cette manière que l’on peut espérer éveiller chez quelques-uns d’entre eux la vocation scientifique, ou, au moins, le goût des recherches de laboratoire.
J’ai eu à diriger, précisément, quelques jeunes gens qui, sans vouloir consacrer leur vie à la science, désiraient accorder quelque temps à la recherche scientifique. A ces jeunes gens, je me suis efforcé de donner toute l’aide qui m’était possible. Et, d’abord, j’ai toujours pris grand soin de ne pas les rebuter en leur imposant une direction donnée, mais de respecter leurs tendances personnelles. Dans le vaste domaine des sciences pharmacologiques, tous ne s’intéressent pas également au même chapitre. Au lieu d’imposer toujours le même type d’étude, j’ai laisse à chaque élève le soin de choisir un sujet conforme à ses goûts. Je me suis, au besoin, parfois écarté de mon propre chemin pour suivre celui qu il avait élu me réservant de le guider dans l’établissement de la méthode générale et dans l'application des techniques à appliquer au sujet choisi.
Dans ces conditions, le travail de laboratoire, la thèse, n’est plus un pensum dont on s’acquitte sans enthousiasme pour acquérir le titre ^ .r lo travail ar.hftvé.
.r 1 lo travail aP.hftvé.
respeuLc i -»
■ il continuera à s’intéresser au progrès scienti-
ger l’important service ue la —
en assurant la reconstruction et la réorganisation de ce un champ élargi d'applications pratiques de la pharmacie.
théoriques sont venues s’ajouter des préoccupations d’ordre industriel complétant les recherches de laboratoire. Appelé à suivre de près la préparation de quantités importantes de médicaments dont la composition nous est bien connue, il nous est facile de juger les modifications qui se produisent au cours des manipulations et par cela même d’en apprécier les imperfections.
Ainsi une étude approfondie basée sur les données scientifiques et la comparaison méthodique de toutes les techniques proposées par les pharmacologues et les pharmacopées étrangères nous permet d’envisager et de proposer des améliorations nécessaires en vue de fabrication plus rationnelle.
Cette association du scientifique et de praticien chargé d’appliquer des méthodes industrielles ne peut être que profitable au progrès et à l’évolution de la thérapeutique.