TRAVAUX DE CHIMIE BIOLOGIQUE
L’action hémolytique des venins de serpent a,été attribuée par 1 école d'Ehrlich à un complexe formé par l’association du venin et de la lécithine. La question, très controversée, a été reprise d’une façon systématique parM. Delezenne,qui,en collahoration avec M"'= Ledebt, et en faisant agir le venin, non sur la lécithine isolée, mais sur le vitellus de l’œuf de poule, a montré
que le venin, agissant directement sur la lécithine, l’hvdrolysait partiellement, lui enlevait l’acide oléique et formait à ses dépens une substance nouvelle, soluble dans l’eau, douée de propriétés hémolytiques extrêmement accentuées. C’est l’étude chimique de cette substance que j’ai entreprise, en collaboration avec M. Delezenne.
Nous avons été assez heureux pour l’obtenir parfaitement cristallisée ; nous l’avons nommée lysocithine, et nous en avons établi la constitution exacte. La lysocithine cristallisée est l'éther palmito-glycéro-phosphorique de la choline. Elle fournit avec la cholestérine un complexe dépourvu de toute-action hémolytique.
A la suite de cette étude j’ai été amené (avec M. Harold l’age) à préparer les éthers que forme la choline avec quelques acides gras, de façon à en comparer l’action hémolytique à celle de la lysocithine (qui est elle-même un éther de la choline). A partir de l’éther de l’acide laurique, l’action commence à apparaître, puis elle croît avec rapidité, en même temps que le poids moléculaire des éthers, à tel point que les éthers palmitiques et stéariques ont sur les globules rouges une action dissolvante presque aussi accentuée que celte qu’exerce la lysocithine. Pour montrer la puissance d’action de ces produits, je mentionnerai seulement que S milligrammes de lysocithine suffisent pour obtenir l’hémolyse presque instantanée d’un litre de globules de cheval (1).
C’est là un fait vraiment intéressant, quand on pense que des substances telles que la lécithine et la choline, qui existent en si grande quantité dans un aliment aussi répandu que l’œuf, peuvent être transformées en poisons redoutables.
Pour ne pas quitter le domaine de la lécithine^ je mentionnerai, qu’avec M. Piettre, nous avons étudié l'alcoolyse de cette substance, ce qui constitue un moyen très commode pour le dosage quantitatif des composants des phosphatides. Dans ce travail, ayant constaté que le glycérophosphate de chaux que nous avons isolé n’était pas homogène, nous avons fait prévoir que la lécithine devait être un mélange des éthers des deux
(1) Ces renseignements m'ont été fournis par M. Delezenne qui a bien voulu se charger de l’étude physiologique des éthers de la choline.
acides giycérophosphoriques possibles, ce qui a été confirmé depuis par Bailly.
■ Deux autres séries de recherches qui, par certains côtés, se rapprochent des précédentes sont :
i“ Celle que j’ai faite avec M. Vulquin sur les membranes lipoïdes-,
2“ Celle que, en collahoration avec M. Delezenne, nous avons commencées sur le métabolisme de calcium, en les faisant porter tout d’ahordsur le développement du poussin pendant l’incubation.
Membranes lipoïdes. —On sait, d’après les travaux d’Overton et de Meyer que le passage des hypnotiques dans les cellules, est déterminé par leur coefficient de partage entre les graisses et l’eau. Nous avons réalisé de petites cellules artiücielles en incorporant dans du collodion des graisses (huile de ricin), dé la lécithine et de la cholestérine. Nous avons d’abord constaté, que pour une teneur en huile variant entre 2 1/2 et 3 les sels ne’ dialysaient plus à travers la membrane; l’addition de lécithine à ce collodion riciné à 3 “/o (et ne laissant pas par conséquent diffuser les sels) le rend de nouveau perméable.
Après avoir déterminé les proportions d’huile à ajouter au collodion pour que les sels ne diffusent plus, nous avons mis en expérience certains médicaments, en particulier des hypnotiques, et nous avons constaté que parmi les substances essayées seuls les hypnotiques passaient. Si maintenant nous faisons porter nos essais sur les alcaloïdes, nous observons qu’à l’état de sels avec des acides minéraux, aucun d’eux ne diffuse, mais que sous la forme de carbonates seuls les anesthésiques locaux et la morphine traversent la membrane.
Sans pouvoiy tirer de ces expériences une conclusion queléonque en ce qui a trait à l’action des hypnotiques sur l’organisme, il est impossible de ne pas être frappé par la concordance de nos résultats avec ceux d’Overton et Meyer sur le partage des hypnotiques fentre l’eau et les graisses. ,
Sur la part que prend la chaux de la coquille de l’œuf de poule à la formation du squelette du poussin pendant l’inculpation (En collaboration avec Delezenne). — Les grandes différences observées par M. Delezenne dans l’action du venin
de cobra sur la lécithine, snivant qu’on opère dans , le milieu œuf ou dans le milieu sérum, l’ayanl conduit à soupçonner le rôle essentiel de la chaux, nous avons été amenés à doser cette base dans le contenu de l’œuf. Nous avons vu qu’elle s’y trouvait en proportions minimes (0,033), ce qui, du lœste, était connu. Il nous a paru très surprenant que le poussin, déjà si développé et si vigoureux quand il sort de sa coquille, puisse former son squelette avec une quantité aussi minime de chaux. En second lieu, si le poussin contient en réalité plus de chaux que n’en renferme l’intérieur de l’œuf avant le développement, l’origine de cette chaux supplémentaire ne peqt être douteuse, et la coquille concourt à la formation^ du squelette.
11 était vraiment important de résoudre cette question, car c’est tout le problème de la mobilisation du calcium chez le poussin, et de l’utilisation des réserves calciques chez les vertébrés qui se posait devant nous.
En parcourant la littérature relative au dosage du calcium dans l’œuf, nous avons constaté, non sans un certain étonnement, que les savants qui se sont occupés de la question avant nous différaient notablement d’avis. Pour les uns (Prout, Vaughan, Tangl), le poussin contient plus de chaux que l’œuf frais ; pour d’autres (Preyer, Voit, Gobley), il n’en contient pas davantage.
Ces divergences de vue, encore accentuées par la notoriété de Gobley, Voit, Preyer, nous ont engagé à reprendre à notre tour l’étude de la question en nous plaçant dans des conditions telles qu’il ne puisse exister de doute sup les résultats obtenus.
Nos expériences, qui ont porté sur plus de 65 œufs, nous permettent d’affirmer que le poussin emprunte à la coquille la plus grande partie de la chaux nécessaire à son développement et à la formation du squelette : la .chaux augmente^ en effet, de oOO “/o pendant l'incubation. La coquille d’œuf représente donc pour l’embryon une véritable réserve calcique que celui-ci utilise en mettant en jeu des mécanismes qu’il nous reste à déterminer. Sans rien préjuger sur la nature de la substance (acide, sucre, allantoine, etc.) qui est élaborée pendant l’incubation et dissout en quantité strictement définie la chaux de la coquille, on peut penser que la réponse à la question sera donnée par l’analyse immédiate dq liquide aipniotique qui, au uionaenj; ofi la dissolu-
tion de la chaux prend le plus d’ampleur, vient presque seul en contact de la coquille à travers la membrane coquillère.