MITOCHONDRIES DANS LA SÉRIE ANIMALE
Chez les oiseaux, nous les avons observées sur le pigeon et l’oie. Chez les hibernants, nous les avons notées chez la chauve-souris et la marmotte.
Chez les poïkilolhermes, nous les avons retrouvées soit sous l'orme de granulations, soit sous forme de filaments dans le foie de la grenouille, de la tortue et dans l’hépato-pancréas de la carpe, du brochet, de la truite, de l’anguille, de la torpille, de la murène, du homard.
2° Ces granulations ne sont point une formation passagère représentant une matière,de réserve, comme le glycogène, par exemple, mais bien un élément fondamental, toujours présent dans la cellule Hibernants et poïkilothermes. — Chez les hibernants comme la marmotte, c’est même aumomenLoù la graisse est à son minimum un mois environ après le réveil, que nous avons trouvé les granu lations les plus abondantes eL les plus volumineuses.
Oiseaux et mammifères : Jeûne absolu. — Les granulations^ subsistent; même elles sont nombreuses et plus volumineuses qu à l’état normal au cours de l’inanition sans eau.
a) Alimentation forcée : gavage. — Nous avons montré, que chez les oiseaux jeunes, l’alimentation forcée a pour effet la mise en réserve au bout d’un certain temps et après surcharge de l’organisme entier, de graisses dans le foie. Le phénomène est particulièrement net sur l’oie.
Le cytoplasma réduit à une mince bande, confirme a être rempli de granulations fuchsinophiles bien différenciées.
Suralimentation. — Repas riches soit en graisse soit en hydrates de carbone; les mitochondries persistent sans modification.
Régimes variés. — a) Ingestion dégraissés neutres (trioléine, tributyrine, huiles de lin, de ricin, de colza à la dose de 20 centimètres cubes). — Les cellules sont bourrées de gouttelettes de graisse ou de vacuoles; les mitochondries apparaissent normales.
b) Ingestion forcée de lécithine. ■— Les mitochondries ne varient pas.
c) Surcharge du foie en glycogène. — Aspect normal des mitochondries. .
Diminution ou disparition du glycogène (Jeûne, injection d’adré-
LE FOIE
naline, injection de strychnine, injection de chlorhydrate de pilocarpine dans les veines mésentériques). — Aspect normal des granulations.
B. — Composition des mitochondries.
Propriétés physiques. - a. Solubilité. - Les granulations sont très solubles dans les alcools éthylique, mélhylique, moins dans les alcools supérieurs (caprylique, heptylique, octylique). h es sont solubles dans l’éther ordinaire et l’éther acétique, dans e chloroforme, le tétrachlorure de carbone ; solubles dans la pyndine à l’état frais elles sont peu solubles dans le sulfate de carbone et la benzine, insolubles dans l’éther de pétrole, les aldéhydes (formique, éthylique, propylique, valérique); insolubles dans es. cétones (acétone, méthyléthyl, méthylbutyl, méthylpropyl, methylnonylcétones, éthylbutyl, éthylpropyl, dipropylcétones).
b) Précipitabilité. - Après l’action des sels de métaux lourds, notamment des sels de mercure, les granulations deviennent partiellement insolubles dans l’alcool, l’éther, le chloroforme Mais l’insolubilité est beaucoup moins nette qu’après 1 action du formo ou de l’acétone. Dans ce dernier cas, les granulations sont très peu solubles dans l’alcool et se gonflent seulement par passage, dans le
chloroforme. , .
Le seul examen de ces propriétés physiques montre qu elles se rapprochent, et beaucoup, de celles de cerLains lipoïdes (particulièrement les phosphatides).
Mais l’idée que les mitochondries de la cellule hépatique sont constituées, au moins pour une part, par des composés d’acides gras non saturés se trouve singulièrement renforcé par l’étude de leur réaction aux agents oxydants, à l’iode et au brome.
Propriétés chimiques. — a) Action des agents oxgdants. — L’action est variable suivant les agents adoptés, suivant leur concentration, suivant la durée de leur action; d’une façon générale, les agents oxydants rendent les mitochondries insolubles dans l’alcool. Une suroxydation a pour effet de rendre les granulations solubles dans l’alcool.
COMPOSITION DES MITOCHONDRIES
b) Action de l'iode (liquide de Gram , liquide de Hiibl) et du brome. — Les mitochrondries sont capables de fixer l’iode et le brome.
Les lipoïdes du foie contiennent des acides gras à liaison éthylénique; les réactifs oxydants provoqueront la formation des oxyacides; or, les oxyacides peu solubles sur l’alcool à froid prennent directement les colorations dites mitochondriales (Fauré-Fremiel).
Réaction aux mélanges chromo-osmiques. — Lorsqu’on fait agir sur le tissu hépatique un fixateur chromo-osmique, il se produit d’abord deux phénomènes : 1° une hydrolyse partielle des lipoïdes du tissu, avec mise en liberté d’acides gras non saturés; 2° une oxydation très intense d’une partie des acides gras à liaison éthylénique qui s'y trouvent contenus. Il en résulte une troisième action : insolubilisation d’une partie des lipoïdes.
Tout se passe donc comme si ces mitochondries représentaient au moins pour une part, les phosphatides à acides gras non saturés de la cellule hépatique.
Coloration des granulations. — A l'état frais, les granulations se colorent à peine par le scarlach, le neutrarloth, la pyronine, le Brillantcresylblau; elles se colorent par le violet de gentiane; elles se colorent plus fortement que le protoplasma par le Krystallviolet; elles prennent bien les couleurs picriquées (fuschine); elles se colorent, mais faiblement, par l’orange G. et le violet de d.ahlia.
Après action des métaux oxydants, elles prennent les colorants particuliers des mitochondries; elles prennent, de plus, un grand nombre de matières colorantes, à condition de les employer en solution alcoolique à chaud.
La colorabilité des mitochondries après action des agents oxydants ou des mélanges chromo-osmiques s’explique, si l’on admet qu'elles contiennent des acides gras non saturés.
Nous pouvons conclure que les mitochondries de la cellule hépatique sont la traduction morphologique de constituants permanents de cette cellule qui ne seraient autres que des lipoïdes phosphorés.
LE FOIE
G. — Constitution du tissu hépatique et quantité de mitochondries mises en évidence par les méthodes histologiques.
Par la fixation, l'insolubilisation parles fixateurs chromo-osmiques n’est que partielle ; de plus, elle est variable. L’analyse histologique par les méthodes actuelles ne pourra donc nous renseigner d’une manière rigoureuse sur les quantités et les variations de quantités des constituants cellulaires que représentent les mitochondries. Cependant les renseignements donnés concordent assez bien avec les résultats de l’analyse chimique; mais ils sont entachés d’une assez grande imprécision.
D. — Morphologie de la cellule hépatique à l’état frais et après l’action de différents fixateurs.
Les liquides fixateurs permettent de mettre en évidence, dans la cellule hépatique, les granulations dont nous avons étudié plus haut la composition, et dont nous avons montré la nature lipoïde. Nous indiquent-ils d’une façon assez précise la forme que ces granulations affectent dans la cellule?
1° Les mitochondries existent-elles àl 'état frais , c’est-à-dire sans fixation, ni coloration?
Nous avons utilisé d’une part des coupes de foie de lapin faites par congélation, d’autre part des pièces préparées par dissociation, décalque, frottis ou écrasement. Nous avons pratiqué soit l’examen sur fond noir (ultra-microscope), soit l’examen à un très fort grossissement avec un fort éclairage et en diaphragmant beaucoup .
Il semble bien qu’examinées à l’état frais, les cellules hépatiques laissenl voir des granulations qu’on pourrait identifier avec celles que montrent les fixateurs. Mais il faut remarquer que l’on se trouve avec les méthodes d’examen que nous venons d’employer précisément dans les conditions de milieu propres à amener la précipitation des complexes de protéiques et de lipoïdes : refroidissement brusque, acidification spontanée du foie suivant instan-
ACTION DES FIXATEURS
lanément la mort. Du fait qu’on voit donc des granulations à l’état frais, on ne saurait en toute rigueur conclure qu’elles existaient à létat vivant. Peut-on tirer des conclusions plus sûres de l’élude des pièces fixées?
2° Aspect des granulations dans les cellules fixées, a) La température du fixateur : les pièces fixées par le liquide de Laguesse à 0» montrent des granulations plus grosses que celles fixées dans le même liquide à 40 degrés.
h) Nous avons fait pénétrer le liquide fixateur dans le foie resté en place sur l’animal vivant (veine porte), en ayant soin de prélever auparavant un fragment de foie comme témoin.
De plus, nous faisons passer les pièces par des fixateurs différents • les uns dissolvent les lipoïdes (alcool, chloroforme, liquide dé Van Gehuchten), les autres ne dissolvent pas les lipoïdes (acide picnque) ou même le§ précipitent faiblement (formol, liquide de Bouin); les troisièmes précipitent fortement certains lipoïdes (célones), les quatrièmes les précipitent et les modifient profondément (acide osmique, perchromique; liquide J. de Laguesse).
Les figures obtenues diffèrent totalement suivant le liquide employé.
a) Sans oxydant : la colorabilité par la fuchsine est faible ou nulle.
b) L'aspect du protoplasma diffère suivant le liquide employé : le fond cellulaire est très-finement granuleux ou même annar*™.
1t —mie masse nomoger la fuchsine.
îne, uniformément teintée par
LE FOIE
Ainsi la substance qui, après chromisation, se colore par la fuchsine, disparaît dans les dissolvants des corps gras. Et lorsqu’on emploie les fixateurs qui la conservent ou la précipitent, on voit que cette substance, ou bien : 1° peut apparaître sous forme de granulations (fixateur chromo-osmique), ou bien 2 J imprégner les granulations (acide picrique) ou les filaments protoplasmiques (formol) ou bien même 3° imprégner Lout le fond protoplasmique (cétones et acide perchromique).
De ces trois cas, lequel correspond à « l’état normal »? La substance colorable par la fuchsine est-elle réellement, à l’état vivant, ramassée en gouttelettes, ou imprègne-t-elle tout le protoplasma? Nos expériences montrent que le doute est permis.
En tous cas, ces expériences montrent qu’il y a un chondriome hépatique, mais que la forme des milochondries dépend étroitement des fixateurs employés. On ne saurait donc tirer de l’examen morphologique des pièces fixées et des variations de forme des granulations que des inductions qu’on ne devra accepter qu’avec une grande prudence.