Titres et travaux scientifiques
Sans attacher une grande importance à la désignation d une chaire, je substituerais volontiers au titre actuel de Philosophie sociale celui de Sciences sociales ou celui de Sociologie, car la philosophie sociale n’a été trop souvent qu’un plaidoyer en faveur de croyances a priori, tout au plus une tentative ingénieuse d’harmoniser des croyances métaphysiques ou religieuses avec quelques idées scientifiques. Et je pense qu’il y a là deux domaines qu’il est préférable de laisser nettement séparés, car leur but comme leur méthode se nuisent et se déforment en se confondant. Je n’entends certes pas par là qu on doive négliger l’étude de ces croyances qui jouent un si grand rôle dans le comportement des groupes sociaux et des individus, mais j’estime qu’ils représentent des faits qui, pour une partie au moins, me concèdera-t-on, ont des causes et des conséquences naturelles qu’il est nécessaire de dégager suivant une méthode objective, absolument indépendante des sentiments personnels.
La Sociologie, comme toute science d’ailleurs, doit être explicative et elle ne peut le devenir que par la recherche des causes et des effets observés et suivis conformément à des méthodes communes à toutes les sciences naturelles. Mais les fait sociaux, par leur nature propre, imposent à ces méthodes quelques particularités sur lesquelles je dois insister pour bien faire comprendre l’esprit qui présiderait à mes cours.
La recherche des causes en Sociologie est presque toujours complexe et délicate; encore ne faut-il pas l’obscurcir par une technique qui la complique inutilement. Un fait social donné, institution, croyance, habitude, etc., ne semble pouvoir s’expliquer que par la recherche minutieuse dans le passé des modifications qu’il a subies et, comme cette descendance, supposée analogue à celle des êtres vivants, est presque toujours impossible à suivre, on recherche des faits analogues chez les peuples les plus différents et on établit ainsi une série artificielle, une évolution fictive, dont on affirme, malgré tout, la réalité historique. Les méthodes transformistes, légitimes quand elles visent des êtres vivants ou même des objets matériels, conduisent presque toujours à des sophismes en Sociologie.
J’irai plus loin; même quand on peut suivre sûrement les étapes d’un fait social pendant une période assez longue, cette série réelle ne nous apporte qu’une bien faible lumière sur les causes de ses transformations et sur celles, encore plus utiles à connaître, de sa persistance à l’heure actuelle; car nous n’avons pas, comme en Biologie, les lois héréditaires pour l’expliquer. Ces causes réelles résident dans les besoins et les réactions des groupes sociaux et des individus, et c’est pour des raisons de cet ordre qu’une loi, par exemple, même abrogée, persiste des siècles à l’état d’habitude, alors qu’une autre, promulguée avec solennité et appuyée par la force publique, n’est point appliquée et tombe en désuétude.
Un fait social donné s’explique donc surtout par des causes actuelles. Des biologistes éminents ont insisté dans ces derniers temps sur la prééminence que doit avoir cette recherche des causes actuelles dans les processus organiques de la vie; combien est-ce plus vrai encore quand il s’agit de phénomènes sociaux si profondément pénétrés par le psychisme et comme lui si ondoyants, si influençables par les circonstances.
Ces causes actuelles sont si multiples, que je ne tenterai pas d’en faire une énumération; je me contenterai d’examiner la nature et l’importance de quelques-unes. Le milieu physique joue un rôle qui n’est pas niable, mais on l’a souvent exagéré. Un même pays, comme l’Amérique, peut voir se succéder brusquement deux civilisations très différentes. C’est que le milieu social a une importance autrement grande et la Sociologie y trouve, selon la remarque profonde d’Auguste Comte, « un objet permanent d’étude positive... dans les (( actions et réactions mutuelles qu’exercent continuellement (( les unes sur les autres toutes les diverses parties quelconques (( du système social ». Mais ma pensée se sépare du célèbre créateur de la Sociologie sur un point capital. Pour lui, chaque science a un domaine étroitement délimité, où doivent se confiner ses recherches. J’estime au contraire que les faits sociaux trouvent leurs causes principales et leur explication dernière dans la Bio-psychologie des individus et des groupements qu’ils forment entre eux. N’est-il pas évident qu’un fait social ne peut se manifester qu’après avoir traversé, puis-je dire, les cerveaux des individus; n’en est-il pas comme une extériorisation plus ou moins matérialisée? L’économie politique qui étudie précisément les valeurs les plus matérielles et les plus facilement soumises au calcul et à la mesure, se voit obligée de plus en plus, pour comprendre la nature des valeurs, leurs échanges et leurs crises, de faire intervenir la Psychologie. Comment pourrait-on comprendre, à plus forte raison, les mouvement"
politiques, les institutions familiales, les organisations des sociétés, les manifestations religieuses, artistiques et morales, si on les regarde comme des abstractions dénuées de vie, si on ne les rattache pas à leur souche naturelle, à leurs causes vivantes et agissantes, c’est-à-dire à la constitution des individus, à leurs instincts, à leurs besoins, à leurs caractères héréditaires, raciaux ou acquis, à toutes leurs variétés normales ou pathologiques et à tous les résultats de leur éducation spontanée ou réfléchie. Toutes les causes biologiques viennent s’épanouir en cette activité supérieure qu’on appelle la vie sociale, véritable floraison de l’humanité; mais comment s expliquerait-on la vie d’une fleur si on ignorait la tige qui la supporte et les racines qui la nourrissent?
Outre les avantages précédents que nous offre 1 étude des causes actuelles, il en est un dernier que je ne puis omettre, puisqu’il impliqu toute Vutilité pratique de la sociologie, et c’est là un point de vue qu’on n’a pas le droit de négliger, au milieu des souffrances, des déchéances et des crimes qui nous entourent et nous angoissent. Les causes actuelles sont les seules sur lesquelles nous puissions agir pour les dominer et les modifier dans l’intérêt de l’humanité. Comment ne porterait-on pas tous ses efforts pour les dégager et en suivre les conséquences heureuses ou néfastes sur l’activité et la valeur des individus et des groupes sociaux? Et cela me conduit à donner mon opinion sur le second côté de la méthode sociologique que j ai indiqué au début: après la découverte des causes, il faut suivre avec soin les conséquences immédiates ou éloignées.
La tâche, d’ailleurs, n’en est pas plus facile que la précédente; et elle est au moins aussi importante, car c’est elle qui nous permet de porter un jugement de valeur sur un fait social donné et nous permet d’échapper à la confusion et même au scepticisme que nous apporte trop souvent l’Ethnographie et l’Ethnologie comparées. Presque toujours, elles nous pré-
sentent des faits arrachés de leur contingence et du milieu vivant où ils se manifestaient, rapprochés artificiellement des faits analogues et décrits avec une égale complaisance. Comment le cri de Pascal u vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà »,• n’échapperait-il pas au lecteur peu averti, quand l’auteur luimême y incline ordinairement? Comment ne conclurait-il pas que toutes les croyances, toutes les habitudes ou toutes les formes sociales se valent; puisqu’elles coexistent dans l’humanité? Pourtant chacune d’elle a une valeur directrice, organisatrice ou stimulante, positive ou négative, qui accroît ou diminue la vitalité du milieu social où elle existe. Est-il possible de s’en désintéresser et de ne pas rechercher, devant un auditoire si souvent jeune et impressionnable, les conséquences et, par suite, la valeur sociale de ces manifestations. Une science n’est pas un amas de connaissances disparates; son enseignement doit tendre à former un tout organique qui soit à la fois une image aussi fidèle que possible de la vérité et une directive pour les esprits.
Je craindrais d’abuser de l’attention en m’étendant plus longuement sur ces questions de méthodologie. 11 m’a suffit, me semble-t-il, d’en donner les principes pour faire comprendre l'esprit qui dominerait mon enseignement. 11 me semble également que cet exposé, malgré sa brièveté, est suffisant pour prouver qu’une matière aussi riche qu’est la Sociologie et, en même temps, si nécessaire à l’éducation sociale, doit avoir sa chaire dans un établissement qui a toujours su cultiver toute science nouvelle avec un éclat inégalé.
Cours professés a l’Ecole d'Anthropologie
Pour compléter les indications précédentes, je donne la liste de mes cours avec quelques brèves explications. La chaire de mon prédécesseur, Letourneau, avait pour titre; Histoire
des Cwilisations. On Va transformée alors en chaire de Sociologie. Bien que mon enseignement ait du s y adapter, dans une certaine mesure, aux méthodes anthropologiques, il donnera une idée exacte de mes préoccupations dominantes par les matières que j’ai choisies. La liste de mes travaux originaux complétera ces renseignements.
Dans les deux années de 1905 à 1907, j’ai fait une étude aussi complète que possible des divers types d association depuis les peuples sauvages jusqu’aux civilisés (associations spontanées, volontaireséconomiques, politiques, religieuses, mystiques, secrètes, etc.). J’en ai étudié la formation, les résultats sociaux et j’en ai établi une classification rationnelle.
1907-1909. — Ayant rencontré dans le cours précédent des associations féminines, j ai été conduit a etudier le rôle social de la femme. Dans une première année, j ai étudié les aptitudes de la femme d’après sa physiologie et sa psychologiè et j’en ai déduit sa fonction normale dans la vie sociale. L année suivante, j’ai étudié la situation qui est donnée à la femme dans les civilisations les plus diverses. J’en ai montré les conséquences familiales et sociales, corroborant les conclusions précédentes.
1909-1914. ■— Par analogie avec la psychologie dont les plus grands progrès sont dus à la psychiatrie, j ai consacre cinq années à l’étude des maladies sociales. J entendais par la tout ce qui peut porter atteinte à la valeur psychique et pratique des groupes sociaux. J ai d abord fait une etude approfondie de la criminalité et de la délinquence, chez les adultes et chez les enfants. J’ai fait ensuite une étude analogue sur les prostituées et la prostitution, en résumant la littérature énorme sur cette question. Enfin, j’ai traité des poisons sociaux et de la déchéance individuelle et sociale qu ils peuvent causer (alcool, opium, etc.). J’ai ensuite poussé plus loin le problème et j’ai exposé dans les années suivantes une science nouvelle.
VEugénique, et résumé les recherches anglaises, américaines et allemandes et les immenses statistiques relevées dans ces pays, travaux encore inconnus en France à cette époque.
1914-1916. — La guerre mondiale posait des problèmes sociaux dont je ne pouvais me désintéresser, mais j’ai toujours visé les principes essentiels, en évitant toute polémique. Dans ces deux années, j’ai étudié Vindividualisme allemand. J’ai fait une analyse approfondie de la philosophie de Kant, ses théories sur l’individu et l’Etat, ses rapports avec la mystique médiévale et la (( Théologie germanique ». Puis, j’ai suivi le développement de ces idées chez les disciples de Kant, jusquà Nietzsche et Stirner. Enfin, j’ai montré l’influence de ces idées sur les théoriciens de l’Etat, sur l’éducation et sur la mentalité générale du peuple allemand.
1916- 1917. — J’ai étudié le principe des nationalités, origine, valeur et application. J’ai recherché la formation du sentiment national dans le milieu physique, dans la race, dans l’instinct grégaire de l’homme, dans la langue dont j’ai fait une analyse approfondie, enfin dans les idées religieuses. Puis j’ai exposé les facteurs qui constituaient la valeur d’une nation. Enfin, j’en ai étudié les conséquences dans les antagonismes nationaux.
1917- 1918. — Ayant payé ce tribut aux préoccupations du moment, j’ai commencé l’analyse des principaux facteurs de la vie sociale, que j’ai poursuivie jusqu’à l’heure actuelle. Sous le titre de valeurs et sophismes sociaux, j’ai étudié la croyance, assentiment sans certitude logique; puis, abordant les croyances magiques, j’ai fait la critique des théories actuelles, mana, etc., ainsi que de ses relations avec la religion et la science. J’ai montré enfin ses rapports avec le grégarisme dont elle ne serait qu’une manifestation sophistique. Puis j’ai fait une étude approfondie et purement scientifique de l’émotion religieuse, de sa contagion, de sa force suggestive, de son symbo-
lisme, ensemble que j’ai appelé Hypergrégarisme, comme extériorisation supérieure de nos sentiments sociaux idéalisés.
1918- 1919. — J’ai étudié les crises sociales (économiques, éthiques et politiques). J’ai fait une analyse de ces crises, de leurs principaux facteurs. Je les ai rattachées a toutes les crises qu’implique la vie et à tous les antagonismes qui en découlent.
1919- 1920. — Dans ce cours. Intitulé Individualisme et individuation, j’ai essayé de clarifier ces concepts qui ont abouti à la formation de l’idée de personnalité morale et politique dont le rôle est si important en sociologie. J’ai montré son élaboration dans les philosophies grecques, latines et patristiques, pour aboutir au contraste moderne entre les conceptions anglaises et françaises sur ce sujet. J’ai ensuite analyse la formation de l’idée du moi et son rôle social. Enfin, j ai analyse l’individuation des groupes sociaux, et ses conséquences principales, antagonismes avec l’individu, antagonismes entre groupes.
1920- 1921. — Ayant étudié les antagonismes l’année précédente, j’ai examiné ce qui harmonise, et fait la psychosociologie de l’art et les suggestions variées qu’il exerce sur l’éducation des groupes sociaux. J’en ai fait d abord la psychophysiologie, perception des couleurs, de la forme et du r 5 ^hme, ses rapports avec le jeu, la magie et la religion, 1 entrainement qu’il exerce avec la sympathie. Puis j’ai analysé les grandes époques de l’art; époques classiques où il suggère et développe les hautes idées morales, époques romantiques où il stimule les émotions, époques de décadence où son charme repose sur la sensualité, l’hédonisme. Conséquences qui permettent d’apprécier leurs valeurs si différentes.
1921- 1922. — L’art nous apportait une action extérieure qui entraînait nos états internes, il me restait à analyser ces processus internes; c’est ce que j’ai fait sous le titre : les
motifs, les mobiles, les prétextes comme cause d’action psychosociale. Le titre seul laisse deviner que l’examen portait sur les processus de l’acte moral. Je posais, dans les premières conférences, les conditions de la conscience psychique, puis morale. J’analysais ensuite les résultats de l’Ethologie comparée, et j’en montrais les dangers par les conclusions auxquelles elle aboutit, le scepticisme que j’ai signalé plus haut. J’ai étudié alors les antagonismes entre l’individu et les groupes auxquels il appartient et leurs solutions possibles, puis les antagonismes entre les impulsions instinctives et ce qu’on a appelé le légalisme moral, la prévision des conséquences plus ou moins lointaines d’un acte, ainsi que leur solution par une hiérarchie interne et rationnellement établie. L’étude des prétextes et sophismes révélait la nature et la fréquence des erreurs commises, ainsi que leurs conséquences sur les groupes sociaux.
1922- 1923. — J’avais laissé de côté, l’année précédente, le côté dynamique du problème; je l’ai envisagé dans les cours intitulés: stimuli psycho-sociaux. Suivant ma méthode habituelle, j’ai analysé d’abord les stimuli psycho-physiologiques, l’euphorie légitime mais souvent trompeuse qui en résulte, puis j’ai étudié les processus de la suggestion, de la contagion mentale et leurs conséquences. J’ai abordé alors l’action des stimuli internes, physiologiques puis psychiques, en consacrant plusieurs séances à l’influence du rythme et de l’alternance si importante dans les phénomènes sociaux. Enfin, j’ai pu tracer un tableau d’ensemble de l’acte moral dans sa genèse complexe, sa valeur et ses conséquences sociales.
1923- 1924. — J’ai fait l’application des méthodes et idées précédentes à l’examen des théories psychanalytiques. Bien que reconnaissant à la technique une valeur investigatrice, j’ai longuement insisté sur les erreurs des théories et des applications sociales qu’on en avait tirées à Vienne et à Zurich et qui constituent déjà une très ample littérature en allemand
et en anglais. J’ai non seulement réfuté le pansexualisme qui oublie de nombreux instincts tout aussi fondamentaux, mais j’ai atteint le fond de la doctrine dans le Imtprincipe, qui explique tous nos actes par la seule recherche du plaisir, et j ai montré les erreurs de ce panhédonisme, comme je l’ai appelé, qui conduirait, s’il était appliqué intégralement, à la négation de tout effort psychique et moral, de cette tension fonctionnelle que j’ai signalée sous le nom d’Ergasie, rappelant la tension psychique du Professeur Janet.
1924-1925. — J’ai continué, sous le titre de Mysticisme social, l’examen de théories et de croyances qui ont joué et jouent encore un rôle social extrêmement important. J ai d’abord montré les rapports étroits du mysticisme social avec le mysticisme religieux. J’ai montré que les divers mysticismes sociaux étaient surtout l’hypervalorisation d’une tendance profonde du Moi, extériorisée en une théorie sociale dont la pratique entraînait des conséquences qu’il était possible de dégager. J’ai surtout insisté sur le mysticisme esthétique, très voisin du panhédonisme précédemment étudié, sur le mysticisme rationnel des Latins, puis sur le mysticisme naturaliste, qui n est qu’une divinisation de nos instincts organiques.
1925-1929. — Pendant ces quatre années, j’ai poursuivi l’étude en profondeur des causes qui déterminent les phénomènes sociaux. Cette recherche me conduisait forcément aux causes proprement biologiques, point de départ de toutes les variétés de nos comportements et de notre conduite sociale et morale. La première année, j’ai étudié les modes d’hérédité psychologiques et leurs conséquences sociales. On comprend, sans que j’aie besoin d’insister, le rôle social que pourrait exercer une hérédité rigide de nos aptitudes psychiques impliquant l’inutilité de l’éducation, ou au contraire la prédominance de cette dernière. J’ai particulièrement utilisé les travaux de
l’Ecole anglaise (Pearson et ses élèves) et ceux de l’Institut Carnegie des Etats-Unis.
La seconde année, j’ai analysé les caractères mentaux, leurs signes physiques, leur expression, leurs conséquences sociales. En utilisant la transmission héréditaire précédemment étudiée, et les travaux modernes de psychiâtrié, j’ai pu établir des types fondamentaux de caractères. Puis j’ai prouvé que ces types se trouvaient en des proportions très différentes dans les diverses catégories sociales.
La troisième année, j’ai étudié les caractères sexuels, aussi bien physiologiques que psychiques; ]’ai insisté sur les différences profondes que révélaient les observations les plus récentes, et j’ai pu démontrer par des exemples très nombreux, que des aptitudes différentes entraînaient des occupations différentes dans le corps social, tout en tenant compte des nécessités de l’heure présente, soigneusement examinées.
Enfin, la quatrième année (1928-1929), j’ai pu aborder, dans une revue d’ensemble, la distinction et le classement des caractères individuels suivant les races, les sexes, et les constitutions organiques, utilisant mes propres observations poursuivies depuis quelques années à l’Hôpital de la Pitié.
La recherche en profondeur des phénomènes sociaux avait atteint sa base biologique la plus solide, je pouvais désormais aborder des phénomènes sociaux plus subtiles dont le mécanisme aurait pu m’échapper sa'ns cette longue préparation. C’est pourquoi j’ai annoncé pour mon cours de l’hiver prochain: Etude psycho-sociologique de l’opinion publique. Comment elle se crée et se modifie.
Ce résumé de mes cours est forcément bien incomplet, il n’a d’autre prétention que d’illustrer les principes de mon enseignement que j’ai .exposés au début. Tel quel, il suffira, j’ose l’espérer, à en montrer l’esprit général et les méthodes directrices.
Titres, fonctions et récompenses
PAPILLAULT, Georges, Ferdinand, né à Châtellerault, le 15 juillet 1863.
Une année de Droit en 1885 avec examen de fin d’année.
Externe des Hôpitaux de Paris en 1888. Interne provisoire en 1890 (démissionnaire pour cause de santé).
Docteur en médecine en 1896.
Membre du Comité directeur de la Société d Anthropologie depuis 1894 et chargé de ses publications pendant plusieurs années.
Préparateur au Laboratoire d’Anthropologie de l’Ecole des Hautes Etudes en 1897; Directeur adjoint en 1903, directeur titulaire depuis 1927.
Directeur d’un Laboratoire de morphologie à 1 Hôpital de la Pitié, service du D’^ Laignel-Lavastine.
Chargé de conférences à l’Ecole d’Anthropologie en 1898, chargé de cours en 1900, professeur adjoint en 1902, professeur titulaire depuis 1905 dans la chaire de Sociologie.
Secrétaire général adjoint du Congrès de Monaco en 1905 et rapporteur pour l’unification internationale des mesures anthropologiques.
Membre de la Commission d’Hygiène et de Physiologie
en 1900.
Secrétaire général de la Société pour 1 éducation sociale
Rapporteur en 1902 devant une commission désignée par le Conseil d’Administration du Conservatoire des Arts-et- Métiers en vue de la création d’un Laboratoire d Anthropotechnie. Il devait adapter le milieu industriel et la machine aux besoins de l’ouvrier, de la femme et de l’enfant et donner des indications sur le choix d’un métier (première tentative d’orientation professionnelle.
Rapporteur auprès de la Commission de Criminologie au Ministère de la Justice en 1911, présidée effectivement par le D" Dron, Sénateur, et le professeur Landouzy, ayant pour but la création d’un office de criminologie au Ministère de la Justice. Conclusions votées par la Chambre des Députés en
Président de la Société d’études féminines de 1905 à
Secrétaire général de la Société d’autopsie depuis 1903.
Président d’Honneur du VP Congrès de Criminologie en 1908.
Secrétaire général scientifique de l’Institut international d’Anthropologie depuis 1920.
Membre titulaire des Sociétés de Sociologie, d’Economie Politique, de la Société de Psychiatrie, Membre d Honneur de la Société de Morphologie.
Membre à titre étranger de l’Académie des Sciences de Pologne, de la Havane, des Sociétés d’Anthropologie de Rome, Bruxelles, Washington, Vienne, Athènes. Directeur honoraire de l’Institut d’Anthropologie de Constantinople.
Deux prix décernés par l’Académie des Sciences morales et politiques pour des travaux indiqués ci-dessous.
Liste des Travaux
Sociologie et psychologie
— Etude sur V. Hugo, Revue de Psychiatrie, 1898.
— Les fonctions sociales des deux sexes démontrées par la Biologie (Bul. de la Société d’Etudes féminines, 1898).
— Etude psycho-physiologique, médico-légale, etc., sur l’assassin Vacher, en collaboration avec Laborde, Manouvrier et Gellé. Schleicher éd., 1900.
— Les facteurs et les résultats biologiques de la sociabilité. Rapport présenté au nom de la Commission d’organisa-
tion au Congrès international d’éducation sociale de 1900. P. Lemaire éd., 1901.
— Quelques conditions anatomiques de la sociabilité chez les Primates et chez l’homme. Rev. Anthrop., 1902.
— Sur les idées religieuses de Tchouktches. Bul. soc. anthr. 1904.
— Méthodes générales de Sociologie. Application à l’étude des Australiens. Rev. anthr., 1905.
— Association de jeunes gens chez les lurcomans. Rev. anthr., 1906.
— Contribution à l’étude biologique et sociale des Malgaches. Compte rendu du Congrès colonial, 1906.
— Conclusions générales sur les associations humaines.
Rev. Anthr., 1907.
— Rapport sur la chaire de Sociologie et son enseignement. ’Vol. du Trentenaire de l’Ecole d’Anthr. Alcan éd.,
— Le Darwinisme. Rapport présenté au nom de l’Ecole d’Anthropologie à l’Université de Cambridge. Rev. anthr.,
— L’Anthropologie est-elle une science unique? (rapport entre la Somatologie, l’Ethologie, la Sociologie et l’Economie politique). Rev. anthr., 1908. Trad. in rivista italiana di Sociologia.
— Plan de la Bibliothèque d’Anthropologie publié sous ma direction chez Doin, édit., où je fixe les conditions pour l’étude des groupes sociaux, économiques, raciaux.
^ Le VP Congrès d’Anthropologie criminelle. L’état actuel de cette science et les conditions de ses futurs progrès. Rev. Anthr., 1909.
— Le cerveau de l’assassin Gagny. Rev. Anthr., 1909.
— Sur quelques erreurs de méthode en Criminologie. Rev. Arthr., 1910, traduit en entier par l’Archivio di Anthr. Criminale, Torino.
— La Pudeur chez les Peuples nus. Rev. Anthr., 1909. — Galton et la Biosociologie. Rev. Anthr., 1911.
— Dépopulation et dégénérescence. Rev. Anthr., 1911. — La Bio-Sociologie, son but, ses méthodes, son domaine, ses applications à la Criminologie, à l’Eugénique, etc.
Rev. Anthr., 1912.
— Conditions d’une enquête scientifique sur les Criminels. Rev. Anthr., 1913.
— Les conditions biologiques du progrès social. Rapport présenté au Congrès international de Sociologie, publié dans les comptes rendus, 1913.
— Les origines subjectives des deux grandes théories évolutionnistes: éducationnisme et sélectionnisme. Rev. Anthr.,
— Sciçnce française, scholastique allemande; plusieurs articles in Rev. Anthr., 1915-1916. Un volume, Alcan éd., couronné par l’Académie des sciences morales et politiques.
— Le principe des nationalités — critique des théories émises, facteurs essentiels d’une nation, etc. Rev. Anthr.,
— Individualisme expérimental. Rev. Anthr., 1920, couronné par l’Académie des Sciences morales et politiques.
— Cinq rapports présentés à la session de Liège de l’Institut international d’Anthropologie de 1921, parus résumés in comptes rendus, Nourry éd.
1 ° Les méthodes, de la Sociologie anthropologique opposées aux tendances extra-scientifiques de l’Anthropo-sociologie;
2° Enquêtes méthodiques pour préciser l’étude des groupes sociaux;
3" Méthodes statistiques dans l’étude des groupes sociaux;
4° Enquêtes méthodiques sur les crises sociales, leur importance, leurs rapports avec la constitution des groupes sociaux;
5“ Enquêtes sur les causes anthropologiques qui font varier les valeurs productives des groupes humains et troublent les lois économiques connues in abstracto.
Conséquences psycho-sociales de la derniere guerre.
Au point de vue eugénique. Conf. aux Hautes Etudes sociales. Bull. soc. Eugénique, 1922.
^ Enquête sur les origines en Psycho-sociologie. Rev.
Anthr., 1923.
— La métapsychique et-le tact social. Rev. Anthr.,
— La Bio-psychanalyse. Rapport à la session de l’Institut international d’Anthr. 1924. Comptes rendus, E. Nourry éditeur.
— Les jumeaux. Hérédités et variations mesologiques. En collaboration avec le Apert, le Cornil, etc. Rev. Anthr., 1925.
— Rapports entre les nations et certaines minorités ethniques qui vivent sur leur territoire. Conférence faite à la section américaine des Amis de la Lusace, 1926. Boissel Roulet éd.
Analyse de la race et de l’inconscient. Conférence
publiée dans le volume « L’Examen médical en vue du mariage », Flammarion éd., 1926.
— L’organisation de l’étude comparative de la Psychologie des races. Rapport de la IIP session de 1 Institut International d’Anthr., tenue à Amsterdam, 1927. E. Nourry éd.
— Délire de gynécopathie interne chez un débile mental interprétateur; en collaboration avec le D’’ Laignel-Lavastine et Bonard. Société de psychiatrie in Encéphale, 1928.
— La morphologie et le caractère. Conférences faites avec le Laignel-Lavastine à la Pitié. Un vol. en publication chez Chahine éd.
— Sur la mimique et son symbolisme instinctif. Caractère ergastique et caractère hédoniste. Communication à la session d’Amsterdam, Nourry, éd.
— L’origine de Descartes, de son orientation médicale et de ses tendances philosophiques. Bull. Histoire de la Médecine, 1927.
— Des Instincts à la personnalité morale. Essai de Psycho-sociologie. Un vol. en préparation chez Chahine, éd.
Questionnaires
J’attire tout particulièrement l’attention sur cés questionnaires qui montrent avec quel soin j’ai toujours recherché les faits positifs, bien observés, en Psycho-sociologie, subordonnant les théories aux enquêtes organisées par mes soins.
— Croisement entre races humaines. Questionnaire sur les métis. Enquête organisée par la Société d’Anthropologie de Paris. II pose les questions les plus précises sur les aptitudes physiques, intellectuelles et morales des métis.
— Questionnaire sur la valeur des races humaines (valeur taxionomique, organique, bio-sociale et sélective). Bull, de l’Institut général psychologique, 1911.
— Fiche individuelle et parentale criminologique, adoptée et publiée par les soins de la commission de criminologie au Ministère de la Justice, en 1912 (270 observations à relever).
— Questionnaire pour la Société d’Autopsie dont les cerveaux sont à mon laboratoire.
— Questionnaire sur le choix d’une profession féminine compatible avec une famille prospère, publié et répandu par
la Soc. d’Etudes féminines, aux soins des institutrices de la Seine.
— Cinq questionnaires comprenant 200 à 350 cases à remplir et utilisés depuis deux ans par moi à l’Hôpital de la Pitié, et par mes élèves en des milieux variés, en France et à l’étranger.
1 ° Morphogramme, portant sur les caractères morphologiques mesurables et non mesurables;
2° Physiogramme, en collaboration avec le Laignel- Lavastine, portant sur les fonctions réflexes, sécrétions, glandes endocrines, etc. ;
3° Psychogramme en collaboration avec le D' Laignel- Lavastine, poussant surtout l’analyse sur les instincts et leurs variations d’après le tempérament et le caractère;
4° Sociogrammê. Ce questionnaire fait une analyse minutieuse de tous les milieux sociaux qui ont pu exercer une influence sur les caractères du sujet observé: milieu familial avec toutes ses variétés de situation et de composition, milieux scolaires, militaires, professionnels, religieux, politiques, etc.;
5 ° Un Biogramme résumant les caractères et types dominants du sujet et analysan tles corrélations probables de ces caractères et types dominants: a) avec les influences héréditaires; b) avec les influences mésologiques.
Traoaux morphologiques
— Les crânes de Vellèche (Vienne), Bull. Soc. Anthr.,
— Anomalie héréditaire dans la dentition. Bull. Soc. Anthr., 1896.
— Crânes du dolmen de Madracen. Bull. Soc. Anthr.,
— La suture métopique et ses rapports avec la morphologie crânieime. Thèse de doctorat, 1896 ((récompense à l’Exposition Universelle de Bruxelles, 1896).
— Le transformisme et son interprétation en Crâniologie. Conférence annuelle transformiste. Bull. Soc. Anthr., 1897.
— Sur les populations de l’Aurès (d’après les observations du D' Chellier). Bull. Soc. Anthr., 1897.
— Os longs de Kourganes sibériens. Bull. Soc. Anthr.,
— Variations numériques des vertèbres lombaires chez l’homme, leurs causes et leurs relations avec une anomalie musculaire exceptionnelle. Bull. Soc. Anthr., 1898.
— Etude morphologique de la base du crâne (nombreux angles relevés sur des primates, des hominiens de races différentes, des enfants, des foetus, des dégénérés). Bull. Soc. Anthr., 1898.
— Le squelette d’Eugène Véron. Bull. Soc. Anthr.,
— Quelques lois touchant la croissance et la beauté du visage humain (conférence annuelle Broca). Bull. Soc. Anthr.,
— Mode de croissance chez un géant. Bull. Soc. Anthr.,
— Ontogénèse et Phylogénèse des crânes humains. Rev. Anthr., 1899.
— Sur un crâne trigonocéphale. Bull. Soc. Anthr.,
— Sur les angles de la base du crâne. Compte rendu du Xir Congrès d’Anthropologie, 1900. Masson éditeur.
— Sur l’oblitération prématurée des sutures crâniennes. Bull. Soc. Anthr., 1900.
— Essai sur les modifications fonctionnelles du squelette. Rev. Anthr,, 1901.
— Genèse et connexions de quelques muscles de la mimique (avec vues sur la physiologie de la mimique).
— Sur la persistance des races. Bull. Soc. Anthr., 1901. — L’homme moyen à Paris; variation suivant le sexe et suivant la taille (180 mesures sur 200 cadavres adultes, 30 cadavres nouveau-nés, 38 malgaches et 19 nègres africains). Mémoires Soc. Anthr., 1902.
— Observations sur le cerveau du Prof. Laborde, ancien Directeur du Laboratoire d’Anthropologie. Rev. Anthr.,
— Les sillons du lobe frontal et leurs homologies. Rev. Anthr., 1903.
— Le Pithécanthrope. Supplément du journal Le Temps,
— Crânes préhistoriques d’Abydos. Bull. Soc. Anthr.,
— Contributions à l’étude des crânes négroïdes. Bull. Soc. Anthr., 1905.
— Identification de' l’amiral américain J. Paul Jones. Rapport publié par la Commission du Vieux Paris. Traduit et publié par le Government printing office des E. U., 1905 et 1907..
— La forme du thorax chez les Ho vas, les nègres malgaches et les nègres africains. Rev. Anthr., 1906.
— Entente internationale pour l’unification des mesures crâniométriques et céphalométriques. Rapport au nom de la commission, approuvé par le Congrès de Monaco, 1906. Masson édit.
— La toise horizontale, sa supériorité sur les toises verticales en anthropométrie. Masson édit.
— La mandibule de Heidelberg et le prognathisme de la face. Rev. préhistorique, 1909.
— Anthropométrie comparée de nègres africains et de Français des deux sexes. Rev. Anthr., 1911.
— Enquête anthropologique. Rapport préalable en vue de la création de l’Institut international d’Anthr., 1919.
— L’animisme dans les théories régnantes sur le Neurone. Archives de Anat. et Anthropol., 1923, Lisboa.
— Méthode pour apprécier le degré de pigmentation (session de Strasbourg de l’Institut International). Rev. Anthr.,
— La forme du pied et ses deux types principaux. Rev.
Anthr., 1925.
— Trousse anthropométrique Papillault-Lapicque. Rev. Anthr., 1926.
— La recherche des causes actuelles en Anthropologie. Rapport sur le cinquantenaire de l’Ecole d’Anthropologie. Rev. Anthr., 1927.
— Nouvelle contribution à l’histoire du gigantisme, observations et mensurations. Bull. Soc. Anthr., 1927.
— Mensurations et observations physiologiques et psychologiques des jumeaux Monovitellins. Progrès Médical,
— Autres observations analogues. Bull. Soc. Anthr.,
— Les ossements du poète Jules Slovacki (avec induction psycho-physiologique), traduction en polonais. Rev.
Anthr., 1928.
— Sur les causes de la suture métopique. Rev. Anthr.,
Articles de vulgarisation
Dans les chroniques scientifiques du journal « La République Française n :
— L’ancienne et la nouvelle phrénologie. La bosse de
la musique et des mathématiques, d’après Schwalbe et Moebius.
— Les origines du génie et les théories qui prétendent l’expliquer.
— Les Mongols de France et d’Asie.
— Depuis quelle époque la France est-elle habitée?*
— Les lois mendéliennes de l’hérédité.
— Sur l’origine de quelques croyances philosophiques, d’après l’Ethnographie comparée.
— Le tempérament de l’homme.
— La nature de l’homme est-elle bonne ou mauvaise?
— Un peu de sociologie comparée. Le communisme en Chine, du au XlL siècle.
— Sur les sélections esthétiques et sociales.
— Sur l’inégalité des races humaines.
— Sur le perfectionnement des groupes aristocratiques (d’après le recensement de l’Inde de 1901).
— La Science et l’art du chant.
— Les mœurs des peuples Soudanais et quelques théories récentes sur le mariage.
Nombreux comptes rendus et critiques d’ouvrages dans la Revue de l’Ecole d’Anthropologie, le Centralblatt für Anthropologie, etc.