TRAITEMENT DES FRACTURES PAR LE MASSAGE & LA MOBILISATION
Ce traitement nouveau des fractures constitue un ensemble de découvertes thérapeutiques où je n’ai pas eu de prédécesseur. Lorsque j’ai inauguré cette pratique en 1884 et lorsque j’ai fait une première publication de nombreuses observations en juin 1886, je n’avais été précédé par personne dans
Tilanus, après Metzger, avait traité par le massage la fracture de la rotule. Bourguet, d’Aix, dans un mémoire peu connu sur la fracture du radius, avait émis cette pensée qu’il serait possible de pratiquer du massage, de malaxer de la main malgré le placement d'un appareil. Norstrom, dans son livre classique, a émis cette pensée en plusieurs passages, qu’il ne serait pas impossible de masser un peu certaines fractures. Telles sont les faibles traces qu’en explorant la science après coup on peut trouver des projets non réalisés de cette thérapeutique.
Je suis arrivé au massage progressivement, en commençant par supprimer les appareils, par mobiliser les muscles et les jointures. Ma première observation sur une fracture du radius non immobilisée par hasard remonte à 1867. De 1875 à 1880, en plusieurs discussions de la Société de chirurgie, j’ai soutenu les dangers de l'immobilisation et les avantages d’une mobilisation rapide. En 1884, j’ai soumis plusieurs fractures du radius et du péroné non seulement à la suppression des appareils dont j’avais l’expérience, mais à un véritable massage régulier et continu. Les essais que j’avais tentés jusqu’à cette année n’avaient porté que sur des cas isolés et peu suivis. Cette
année-là je traitai ainsi systématiquement toutes les fractures de ces deux os que j'ai observées et ma pratique était assez bien régularisée à ce moment pour que nombre de personnes qui vinrent me voir à l’hôpital Tenon aient dès cette époque imité ma pratique.
Dès l’année 1886 non seulement j’avais bien formulé le traitement de la fracture du radius et de la fracture du péroné, mais j’avais traité assez d’autres fractures pour pouvoir établir que le massage est le traitement de choix des fractures, qu’on peut sous certaines réserves et à l’aide de certains artifices le pratiquer dans toutes les régions pour toutes les fractures, et qu’il est particulièrement utile aux fractures dites articulaires, c’est-à-dire celles qui intéressent une articulation ou qui siègent tout à fait à son voisinage.
Aujourd’hui il n’y a guère de fracture que je n’aie fait masser. Je crois qu’il faut professer que toutes les fractures sont justiciables du massage, la contre-indication étant donnée par la tendance à un grand déplacement fragmentaire exposant à une déformation importante.
J’ai pu démontrer qu’une certaine quantité de mouvements favorise plutôt qu’elle n'empêche la formation du cal et que les phénomènes très complexes provoqués par le massage ont pour résultat une augmentation considérable de la vitalité du membre, une réparation infiniment plus rapide et vous mènent après le traitement d’une fracture à la restitution, non d'un membre impotent à reconstituer comme après les traitements ordinaires, mais d’un membre apte à fonctionner immédiatement et en pleine puissance.
Ce traitement me paraît appelé à déterminer une véritable révolution, échanger du tout au tout le traitement des fractures, car je suis convaincu que dans une expérience suivie chacun pourra obtenir les résultats que j’ai obtenus moi-même ou qui ont été depuis obtenus par d’autres chirurgiens qui m’ont
J’ai fait connaître ces faits :
r Dans des leçons faites à l’hôpital Tenon, en 1884 et i885 ; 2° Par une première communication à la Sociétéde chirurgie; 3“ Dans une seconde communication faite peu après {Journal de médecine et de chirurgie pratiques).
4” Dans des leçons faites à l’hôpital Saint-Louis, 1887 {Journal de médecine et de chirurgie pratiques) ;
5° Dans une brochure de 5o pages.
3Z0. — Discussion sur l’immobilisation et ta mobilisation des articulations malades.
SocUli de. chirurgie, 12 novembre 1879.
Cette longue communication est une des plus complètes sur les incon-
j’ai soigné à Lariboisière en 1877 et dont j’ai mobilisé le coude avec succès pour une fracture compliquée de plaies de l’extrémité inférieure de l’humérus.
gers, arthrites supputées, arthrotomie, et je pose en principe la mobilisation pour toutes les fractures articulaires .