INTRODUCTION
Attaché en 1903, dès le début de mon internat, au laboratoire d'hygiène, je fus choisi par Wurtz comme préparateur à l'Institut de Médecine coloniale qui venait d’être créé un an avant par MM. Doumer, Brouardel, Blanchard et Wurtz. Je restai le collaborateur de ce dernier, jusqu’à sa mort, survenue en 1919, et je pris sa succession dans une partie de son enseignement. C'est ainsi que j’ai été amené h m’intéresser plus spécialement à ces questions.
Étant interne de M. le professeur P. Teissier, à l’hôpital Claude- Bernard, en 1906, année où sévit une forte épidémie de variole, j’eus l’occasion d’en observer un grand nombre de cas. En même
l’Académie de Médecine, je pus, en reliant les deux services, entreprendre, avec MM. Kelsch, directeur de cet Institut, Camus et P. Teissier, les expériences de variole-vaccine qui devaient jusqu'à nouvel ordre confirmer les travaux antérieurs de l'École française.
Nommé professeur agrégé en 1913, dans la section de pathologie interne, je fis choix, un an après, de la chaire d’hygiène qui n’était pas spécialisée à cette époque. Cette situation me fit désigner pendant la guerre comme médecin-chef de laboratoire d’armée, puis comme médecin consultant. J’ai pu continuer à m’occuper des questions d’hygiène et de prophylaxie. Les résultats en ont été consignés dans de nombreux rapports adressés au Sous-
Secrétariat d’État du Service de Santé de l’armée, et n’ont pas été publiés. Je n’en ai extrait que quelques observations, qui m’onl paru intéressantes, comme celles qui concernent les intoxications par les gaz d’échappement des automobiles, le rôle des porteurs de germes de fièvre typhoïde. Par ailleurs j’étais chargé, avant la création des services médico-légaux aux armées, des expertises et des autopsies de tous les cas de mort suspecte, par maladie, dans le secteur de l’armée, ainsi que de l’inspection des eaux, des camps et cantonnements, des conditions d’hygiène dans les lignes et les postes avancés. Les résultats de mes observations sur la désinfection des eaux par le chlore ont été reproduits dans la thèse de Ghaussier (Paris 1920).
Après la guerre, en remplacement du professeur Chantemesse, je fis le cours d’hygiène à la Faculté, semestre d’hiver, tout en continuant l’enseignement à l’Institut colonial.
En même temps, je m’attachais plus spécialement à faire revivre la Société de médecine et d’hygiène tropicales, fondée en 1903 avec l’appui de Brouardel, Blanchard, Wurtz, par les élèves des premières années. Cette Société devait servir de lien scientifique entre tous les élèves qui venaient chercher le diplôme de médecin colonial de l’Université de Paris et la Faculté. En tant que Secrétaire général, et avec l’aide de mes collaborateurs du laboratoire de médecine coloniale, Dyé, Neveu, Cambessédès, j’ai pu la développer, ainsi que la Heoue de Médecine et d'Hygiène tropicales qui avait cessé de paraître en 1914, et qui servait l’influence de la Faculté dans les pays éloignés. Actuellement le nombre des membres étrangers de la Société est égal à celui des membres français, soit au total un peu plus de 300. Il continue à augmenter par suite de l’adhésion de nouveaux élèves chaque année.
En 1920, étant chargé de cours de clinique des maladies coloniales et de conférences à la clinique des maladies infectieuses, sous la direction de M. le professeur Pierre Teissier, je pus assurer le service de la peste h l’hôpital Claude-Bernard, où les malades
étaient isolés. Les fonctions de médecin du bastion que j’avais assurées avant la guerre (légionnaires et soldats coloniaux convalescents) m’avaient permis d’étudier de nombreuses maladies des pays chauds. En même temps la Préfecture de Police me pria d’organiser, avec les D r " Bordas et Dubief, un laboratoire d’analyse des rats, pour les recherches des rats pesteux; je pus ainsi examiner, microscopiquement (recherche du bacille de Yersin dans la rate), 10 à 12.000 rats. Ces recherches ont été exposées dans deux publications qui sont analysées plus loin. Actuellement, le laboratoire continue à fonctionner.
Nommé en 1922 médecin-inspecteur des épidémies, je fus chargé d’enquêtes épidémiologiques, puis, deux ans après, désigné pour succéder au D r Dubief, comme médecin en chef des services d’hygiène à la Préfecture de Police.
Cette situation comporte la fonction de médecin de bureau d’hygiène de Paris et du département de la Seine, et permet de surveiller et d’organiser la prophylaxie. Les observations que j’ai pu faire sont consignées régulièrement dans un rapport sur la santé publique du département, qui est présenté chaque mois au Conseil d’hygiène et de salubrité de la Seine. En outre, le médecin en chef des services d’hygiène est chargé de faire au Préfet de Police le rapport annuel sur les services de la protection de l’enfance et le rapport sur les vaccinations antivarioliques qui est adressé à l’Académie de Médecine.
Ces différentes fonctions m’ont permis de continuer, en dehors de la Faculté, à m’occuper surtout de l’hygiène.
J’exposerai les différents Iravaux que j’ai publiés, sous quatre chapitres :
1° Hygiène et épidémiologie ;
2° Maladies infectieuses;
3° Hygiène et pathologie coloniales ;
4“ Publications et travaux divers.
Missions : J’ai placé dans l’hygiène et la pathologie coloniales les rapports sur les missions que j’ai faites au Cameroun, en Syrie, au Maroc, ainsi que les observations que j’ai pu recueillir.
La mission au Cameroun (1928) avait plus spécialement pour objet l’étude de la prophylaxie de la maladie du sommeil par le Bayer 208 qui, à cette époque, semblait devoir permettre de guérir rapidement et sûrement la maladie. La mission en Syrie a été remplie alors que je faisais partie du jury des examens de la Faculté de médecine française de Beyrouth (1925). La mission au Maroc (1927) a été faite à l’occasion du Congrès d I I
des colonies et des pays de protectorat de Rabat, où j’étais rapporteur de la section d’hygiène, de même que j’avais été rapporteur général de la même section à Constantine en 1911, et à Oran en 1923. Dans ces trois occasions, je traitais de la lutte contre la variole, question qui intéresse l’Afrique du Nord et nos colonies, au plus haut point. A Rabat, il était nécessaire en plus de rechercher les causes pour lesquelles la variole continuait à sévir, malgré l’activité des services de vaccination. One enquête faite auprès des médecins de colonisation ou des médecins des bureaux d’hygiène m’a permis de reconnaître qu’elle provenait de l'infiltration des éléments venus du Sud, et surtout de la zone espagnole, où on ne
En 1923, j’eus 1 occasion, sur 1 invitation qui nous avait été faite au professeur Brumpt, au D’Joyeux et & moi, par le Gouver-
travail des indigènes des possessions portugaises et anglaises voisines. Ce voyage et les réflexions qu’il m’avait suggérées ont été consignés dans deux articles parus dans le Bulletin de l'Institut colonial français , sous le titre : l’Essor des colonies portugaises : Angola (premier article) et Lourenço-Marquez (deuxième article).
HYGIÈNE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
Dans cette première partie, on trouve exposés d’abord les travaux qui se rapportent à la question des porteurs de germes,
épidémiologiques, que ce milieu S3 trouve dans des conditions favorables à la reviviscence du microbe.
Ce sont ces considérations qui sont exposées dans le travail suivant, qui fera d'abord concevoir ce qu’on doit entendre par « milieu intermédiaire » ; elles seront expliquées par un exemple qui a la valeur d’une démonslration expérimentale.
La notion du milieu intermédiaire dans la contagion par les porteurs de germes. (La Médecine, n° 10, 1923.)
Le rôle d’un porteur sain dans une épidémie circonscrite de fièvre paratyphoïde B, observée dans un hôpital d’évacuation.
(Revue d'Hygiène el de Police sanitaire, août 1919.)
La première étude a fait l’objet de la thèse de Campaux (Paris, 1923). J’y ai démontré que la notion de la transmission des maladies
on ne la complétait pas par celle du milieu intermédiaire. Le
seule occasion, la cause d’une épidémie de paratyphoïde B. Ce porteur était employé comme aide cuisinier à l’hôpital et préparait les plats qui étaient portés au réfectoire. Il devait donc souiller fréquemment les aliments. Pourtant, il ne fut l’occasion d’aucune contagion, jusqu’au moment où il fut chargé de découper et de
Toujours très cohtagieùse, elle sévit d’une manière sporadique, où elle prend d’emblée en divers points d’un territoire un caractère de gravité* qui en fait le type des pandémies.
Mais d’ott vient que l’on n’observe pas tou les les années le même développement? 11 me semble que l’on peut eu trouver la réponse dans eette considération que tout dépend du foyer dans lequel elle apparaît et du milieu dans lequel elle éclate. Quand elle débute en Europe* dans les villes où existe une hygiène assez grande, la grippe* même grave* peut être plus restreinte dans sdh extension* Quand, au ebniraite* elle éclate dans dés milieux pauvres* sujets à la misère et aux privations, elle détermine des complications qui donneiil a l’épidémie son caractère de gravité. L’air chargé de particules infecianles, lés conditions saisonnières étant favorisantes, la grippe se manifeste toujours de la même façon avec le même type spécial de complications prédominantes
milieux Civilisés sont fréquentes et actives, la maladie se transmettra* et 06 seront surtout les formes graves qui së répandront, formes compliquées dans lesquelles les microbes de sortie sur lesquels insistait Besançon joueront le principal rôle.
MÉLITOCOCCTE
Deux cas de fièvre de Malte observés aüx environs dé Paris. En
collaboration avec MM. DanUoS et WdkTï. (Société médicale dés Hôpitaux , 4 décembre 191)8, Société de Médecine et d'Hÿf/ièhe tropicales et RèVüé de Médecine et tfHyÿièni tropicales, p. 248.)
Ces caS sont les deux premiers qui aient élé eitéS en France. Il est probable et même certain que ce né sont pas lés premiers qui
La courbe de la température et l’allure clinique de l’affection invoquaient d’ailleurs l’idée de fièvre de Malte.
Nous examinâmes également le sang de toutes les chèvres de la chèvrerie. Cinq d’entre elles avaient un sérum agglutinant; leur
les chèvres algériennes avaient urt sang agglutinant dans la propi
tiôn de i p, 100j et Niedllé a fait Une constatation analogue pour les chèvres tunisiennes [Archives de l’Institut Pasteur de Tunis , 1909). Or si, dans ces deux pays, oit rencontré des chèvres maltaises qui ont introduit la maladie, il h’en èst pas de même eu France. Dans notre cas, la maladie était venue avec des chèvres de Murcie, L’afîectiOn ëvolue d’ailleurs d’une façon absolument silencieuse chez la chèvre. £afnrhit, Horrocks et Kennedy, Vallée, Leclainche et tous les vétérinaires reconnaissent que la maladie passe totalement inaperçue et que de nombreuses chèvres peuvent être malades sans que rien fasse prévoir le danger qu’elles font cdurir
Nous avons opéré sur trois chèvres paraissant bien portantes, deux pyrénéennes et une alpine, choisies dans un troupeau venu
sieurs examens, le micrococcus melitmsis, dont le contrôle biologique avait élé fait par la constatation et l’agglutination b des taux élevés chez des lapins injectés pendant plusieurs jours.
Avant toute injection, nous avons recherché quel était le pouvoir agglutinant de ces animaux vis-h-vis d’autres microbes choisis au hasard, comme le streptocoque, le bacille typhoïdique, le bacterium coli , le bacille cholérique, le bacille de la morve. Nous avons trouvé une chèvre qui agglutinait le bacille typhoïdique et le bâcle rium coli ; une autre qui agglutinait le bacille cholérique et le bacterium coli, au taux de 1/30 en une demi-heure. La troisième n’agglutinait aucune des espèces essayées.
six, qui ne jouent pas toutes le même rôle dans la contagion. Ce sont : 1° la prise à domicile; 2° le transport; 3° le triage ; 4° l’essangeage, ou lavage à l’eau froide; 5°le coulage, qui est à proprement parler un lessivage ; 6° le séchage.
Le repassage, qui vient ensuite, n’est qu’un complément desliné à faciliter le pliage et à donner un meilleur aspect au linge. Toutes ces opérations se suivent régulièrement.
Afin de savoir à partir de quel moment le linge infecté n’était plus dangereux, nous avons préparé des sacs en soie, imbibés, après stérilisation, de cultures de microbes divers : staphylocoque, streptocoque, bacille du charbon, bacille typhoïdique, bacille du choléra, coli-bacille.
Ces sacs ainsi imbibés étaient ensuite soumis au coulage, c’est-àdire chauffés de 18° à 90° dans l’eau carbonatée caiistifiée> selon l’expression employée par les blanchisseuis, à raison de 1 kilogramme de lessive par 100 kilogrammes de linge, pendant trentecinq minutes, temps de beaucoup inférieur à celui que l’on observe dans les blanchisseries. Nous avons obtenu les résultats suivants : les bouillons ensemencés restèrent tous stériles, sauf le bouillon, où l’on avait placé le sac qui contenait les cultures de bacille charbonneux.
Le lessivage détruit donc la majeure partie des microbes lorsqu’ils sont déposés sur le linge. Mais il est rare que ceux-ci soient seulement déposés ; ils sont ordinairement contenus dans les crachats, le pus, le sang. Dans ces cas, ils sont protégés par des matières albumineuses qui doivent leur permettre de résister. A titre de complément, il était nécessaire d’opérer en se plaçant dans des conditions d’infection sensiblement analogues.
Nous avons dans ce but préparé des bandelettes de linge que nous avons imbibées de cultures, puis trempées dans de l’albumine et séchées. Dans ces conditions, le bacille du charbon, le streptocoque et le staphylocoque ont résisté.
11 semblerait donc que le coulage ne suffise pas pour stériliser. Remarquons cependant que nous avons opéré à une température
envoyés vers le centre de la voilure par l'effet du courant d’air. C’est par ce phénomène, à notre avis, que doivent s’expliquer la plupart des cas d'intoxication par les gaz de moteur, dans les voitures automobiles. Les recherches récentes qui ont été faites par Agàsse-Lafont, Feil, Nicloux, etc., ont confirmé ces faits.