THÉRAPEUTIQUE NERVEUSE
Les Idées actuelles sur la Psychothérapie. Conférence faite à la Société de l'Internat des Hôpitaux de Paris, 26 janvier 1905.
La psychothérapie n’est pas une. Il faut être éclectique en matière de procédés psychothérapiques, en se rappelant que tant vaut l’homme, tant vaut la méthode. Un seul procédé a survécu au naufrage de tous les autres : c’est Visolement. Mais s’il agit par lui-même, il permet surtout d’appliquer le traitement convenable des névroses et des psycho-névroses. Il faut donc y adjoindre la cure de repos, la cure dengraissement et la rééducation. Enfin, et avec la plus grande circonspection, on y joint le traitement moral, qu’il ne faut pas confondre avec la psychothérapie et qui a une valeur considérable s’il est bien appliqué.
Les Agents psychiques, in Formulaire de Thérapeutique de Gilbert et Yvon.
Exposé des procédés pratiques d’ordre psychologique et moral à utiliser dans le traitement des névroses et des psycho-névroses.
Résultats de l’Opothérapie ovarienne et hypophysaire dans certains États mentaux (en collaboration avec M. Chartier). Congrès des Neurologistes et Aliénistes français, Dijon, 1908, Encéphale, p. 419, 1908.
Dans 8 cas sur 9 d’accidents mentaux de nature diverse associés à des phénomènes généraux devant être rapportés à des troubles fonctionnels des glandes à sécrétion interne, on a obtenu des résultats positifs.
Maladie de Basedow rapidement améliorée par la Galvanisation. Progrès Médical, 11 août 1894.
Du Rôle des Mouvements dans la Thérapeutique des Névroses. Congrès français de Médecine, Lille, 1899, p. 931, Qi Journal de Neurologie de Bruxelles, 1899, p. 281.
Il s’agit d’exercices gymnastiques spéciaux, consistant surtout dans des mouvements passifs maxima et quelquefois même forcés, puis avec résistance active du sujet dès qu’il en est capable. Cette gymnastique, qui diffère par plusieurs points de la gymnastique suédoise, a surtout pour but et pour effet de réveiller la sensibilité profonde chez les hystériques anesthésiques. Elle agit à la fois d’une façon directe par excitation des nerfs périphériques et des muscles, et indirectement par la mise en jeu de l’attention et de l’effort volontaires.
Systématiquement appliquée dans le traitement de l’hystérie, elle provoque non seulement des réactions sensitives et motrices, mais, à un moment donné, tous les phénomènes psychologiques que j’ai signalés dans le réveil des vigilambules hystériques et qui consistent dans une régression de la personnalité jusqu’au moment du début des accidents.
Je l’ai utilisée depuis lors dans le traitement de la neurasthénie et particulièrement chez les obsédés, douteurs, phobiques, etc., qui sont toujours, soit dans un état d’asthénie neuro-musculaire, soit dans un état d’éréthisme et de contraction. Elle m’y a donné également de bons résultats au point de vue du retour de la force dynamométrique, de l’assouplissement des mouve-
thérapeutique nerveuse
ments, de l’aisance des attitudes, et d’une détente morale accompagnant la détente physique.
Note préliminaire sur le Traitement de l’Hystérie basé sur sa Nature. Intermédiaire des Neurologistes et Aliénistes, 1899, p. 66, 82.
Les procédés de traitement de l’hystérie sont de trois sortes : physiques, physiologiques et psycho-physiologiques.
Les procédés physiques sont : l’hydrothérapie, l’électrothérapie, le repos au lit. Les procédés physiologiques consistent essentiellement dans une gymnastique spéciale, variée pour chaque organe, et ayant pour but et pour effet de réveiller la sensibilité du sujet, et de ramener ainsi le fonctionnement de ses organes y compris le cerveau. Les procédés psycho-physiologiques comprennent l’isolement, le réveil cérébral, et le traitement moral sans suggestion d’aucune sorte.
L’Hydrothérapie chez les Neurasthéniques. Rapp. au Congrès internat, de Physiothérapie, Paris, 1910.
Ce rapport conclut à ceci : L’hydrothérapie est souvent utile chez les neurasthéniques ; elle n’est jamais nécessaire, et elle peut être quelquefois nuisible.
La Neurasthénie et son Traitement. En russe, 1 vol. in-8°, Saint-Pétersbourg, 1910.
Exposé de la pathogénie de la neurasthénie et des méthodes de traitement qui en découlent.
APPAREILS
Electrode à Surface et à Pression constante pour la Mesure comparative de la Résistance électrique du Corps (en collaboration avec M. Chartier). Bull, de la Soc. d'Electrothérapie^ février 1910.
Malgré les nombreuses recherches faites sur la résistance du corps humain, les données fournies par les differents auteurs paraissent encore très incertaines. Les différences qui existent entre les résultats qu’ils ont obtenus semblent tenir, pour la plus grande part, à la technique employée. S’il est, en effet, un certain nombre de conditions de ces techniques qui sont faciles à établir, telles que : la force électro-motrice du courant employé, son intensité et la durée de son application, ainsi que la désignation des régions examinées, il en est d’autres, au contraire, qui sont très difficiles à préciser et qui ne permettent surtout aucune comparaison entre les expériences faites soit chez des individus différents, soit chez le même individu à des époques différentes : telles sont la surface d’application des électrodes, leur pression sur les tissus et leur degré d’humidité.
C’est en vue d’obtenir des résultats comparables dans la mesure de la résistance du corps que nous avons imaginé une électrode qui présente pour caractères particuliers : 1® une surface d’application précise et constante ; 2® une pression constante pouvant varier à volonté; 3® une humidité constante ou nulle. Ces trois conditions suppriment donc les inconvénients signalés plus haut et qui rendent incertaines les évaluations de la résistance du corps.
api'Aueils
Elles sont remplies au moyen d’une électrode formée d’un tube de verre coudé à angle droit et prolongé inférieurement par une tubulure plus étroite et oblique par laquelle on évacue le liquide introduit dans l’appareil pendant l’expérience. Une gaine de métal protège le tube et forme autour de l’embouchure de la portion coudée à angle droit un large rebord plat, ayant à la périphérie des crampons où peuvent s’accrocher des lacs pour
fixer l’appareil sur la région explorée. Le liquide qui sert de contact est de l’eau ou mieux du mercure.
Modification au Sphygmographe digital de Laulanié et au Marteau de d’Arsonval. Bull, de l'Institut de Psychologie, 1902, p. 60.
La première permet de se servirdu cylindre enregistreur dans la position horizontale au lieu de verticale comme l’exige l’appareil primitif de Laulanié. La fourche qui soutient la poulie verticale à laquelle est fixé le style présente un ajutage (fig. 4) qui permet de placer cette poulie tantôt verticalement.
tantôt horizontalement au moyen de quatre vis qui viennent à volonté soutenir son axe, soit dans un sens, soit dans l’autre. Pour l’inscription horizontale on fait passer le fil de cette poulie sur deux petites poulies de renvoi fixées (fig. 2) dans l’intérieur
Fig. i. Fig. 2.
de la fourche et qu’on peut élever ou abaisser à volonté pour les faire correspondre à la gorge de la poulie.
La seconde concernant le marteau de d’Arsonval consiste en ceci : la base du ressort, au lieu d’être fixe, est mobile autour d’un axe à frottement plus ou moins dur, grâce à une vis de serrage. Dès le moindre contact le ressort s’écarte de la pointe
Fig- 3. Fig. 4.
qui ferme le courant et reste dans la position ainsi prise. Il suffît alors de le rabaisser et de le remettre en contact avec la pointe pour être prêt à s’en servir de nouveau. Si l’on veut conserver le dispositif ordinaire de d’Arsonval il suffit d’immobiliser le ressort en serrant sa vis de serrage (fig. 3).
APPAREILS
Comme complément de ce nouveau marteau il y a lieu de se servir d’une presselle avec laquelle, au lieu de serrer au moment où il perçoit le contact, le sujet en expérience doit au contraire lâcher la main. L’aiguille du chronoscope ne risque pas ainsi d’être de nouveau remise en mouvement comme il arrive quand le sujet cesse de serrer avant qu’on ait lu sur le cadran (fig. 4)-
SOLLIER
VARIA
L’Intermédiaire des Neurologistes et des Aliénistes.
Essai d’un journal mensuel, rédigé en trois langues : français, anglais, allemand — destiné à permettre aux neurologistes et aux aliénistes de tous pays d’entrer en rapport, d’échanger leurs vues, et de se renseigner sur certains points obscurs, sur certains travaux dont on ne peut retrouver l’indication, sur certaines expériences dont on ignore l’origine ou l’auteur.
La Médecine sociale. Reme de Sociologie. 1893, p. 507.
A côté de l’hygiène sociale il y a lieu de constituer une médecine sociale ayant pour but de rechercher l’influence de la société sur le développement de certaines maladies et réciproquement celle de ces maladies sur le fonctionnement et le développement de la société. Pour y atteindre il y a deux moyens : indiquer toutes les mesures préventives de la dégénérescence comme on le fait en hygiène pour prévenir les épidémies, et enrayer ensuite la dégénérescence quand elle apparaît sous quelque forme que ce soit. Tandis que l’hygiène a surtout pour rôle de prévenir les maladies contagieuses et évitables, la médecine sociale doit envisager surtout les affections dégénératives et transmissibles héréditairement.
Quelques réflexions critiques sur l’Instruction moderne. Nouvelle Revue Internationale, 30 septembre 1895.
VARIA
Ce qu’il faut par dessus tout apprendre aux enfants c’est à juger et à raisonner. L’érudition la plus complète avec un sens critique mauvais, un jugement faux, est non seulement inutile, mais nuisible. C’est malheureusement un côté qu’on néglige trop pour ne s’occuper que d’entasser dans le cerveau le plus de connaissances possibles, forcément mal digérées, apprises hâtivement, et ne laissant par conséquent dans l’esprit qu’une empreinte fugitive. Plutôt que de chercher à tout apprendre aux jeunes gens, il vaudrait peut-être mieux s’efforcer de former leur intelligence en général, leur réflexion, leur jugement, et leur donner une méthode de penser. Étant donné l’état actuel des sciences et les exigences de la vie sociale et publique, à laquelle tous les citoyens se trouvent de plus en plus mêlés, il faut développer le plus possible l’éducation intellectuelle de préférence à l’instruction proprement dite.
Cours d’Hygiène à l’usage des Écoles d’infirmières delà Ville de Paris, 7® édition; 1 vol. in-16, 494 p.
Les Séances publiques d’Hypnotisme. Progrès médical, 1®' juin 4889.
Article destiné à protester contre ces séances qui faisaient fureur alors, à en montrer le danger au point de vue de la contagion nerveuse, et à en demander l’interdiction.
La Méthode de Koch à, l’Hôpital Laënnec. Progrès médical, 6 déc., 24 déc., 27 déc. 4890.
Exposé des expériences faites avec la tuberculine de Koch, dans le service du professeur Gornil, dont nous étions l’interne, et résumé de ses leçons mettant en garde contre l’enthousiasme qui régnait alors, et montrant que les résultats
constatés exigeaient les plus grandes réserves sur la valeur thérapeutique de cette nouvelle méthode.
Le premier Congrès français de Médecine interne.
Progrès médical, 3 nov. 1894.
Les Miracles selon la Science. Reme Encyclopédique,
Le Goût de la Vie. Renaissance latine, 15 juillet 1903.
A cette question : « La vie vaut-elle la peine d’être vécue? » Mallock avait répondu : « Tout dépend de celui qui la vit ». Et William James répliquait : « Ce n’est pas suffisant. Croyez que la vie est digne d’être vécue, et par votre foi elle en deviendra digne en effet. » A quoi le candidat au suicide par tædium vitæ objecte : « Donnez-moi donc d’abord la foi. » Or c’est précisément le moyen de croire que la vie vaut la peine d’être vécue que W. James oubliait de nous indiquer.
Pour notre part, nous basant sur de nombreux exemples et même sur des expériences, nous disions : « Augmentez votre vitalité, sentez-vous vivre, et vous aimerez la vie. Ce n’est pas la vie qui est ennuyeuse et qui vous est à charge, c’est votre vie quand elle n’a pas l’intensité qu’elle devrait avoir. Vous êtes logique en la détestant telle que vous la vivez, mais où vous ne l’êtes plus, c’est en négligeant les moyens que vous avez à votre disposition d’en sortir, non pas dans la mort, mais dans la vie vraie, c’est-à-dire dans la possession pleine et entière de votre activité, de vos fonctions, de vos facultés physiques, intellectuelles et morales. Ne craignez pas de ne savoir quoi faire de cette activité. En dehors du plaisir qu’on a à la sentir en soi, n’oubliez pas que les forces de la nature trouvent toujours leur emploi. Ne vous demandez pas à quoi vous pouvez être utile. Soyez fort, soyez vivace, et vous verrez que le monde
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ai
est assez vaste pour fournir un aliment à votre besoin d’activité. L’activité mise en œuvre est elle-même source d’activité.
Après la jouissance de vous développer vous-même, vous aurez celle de vous répandre au dehors. Plus vous agirez, plus vous aurez le désir d’agir et plus vous aurez de satisfaction en agissant.
Celui qui nie la vie ne fait que nier sa vie, avouer qu’elle n’est pas complète j celui qui nie la joie ne fait que reconnaître son impuissance à jouir; celui qui nie l’utilité de l’effort vers le mieux et le plus n’affirme que sa propre incapacité d’accomplir cet effort, de surmonter les obstacles qui sont un stimulant.
Sentez-vous donc vivre pour aimer la vie, et pour la sentir vivez-la avec le plus d’intensité possible.
La Langue française considérée dans ses Rapports avec le Travail scientifique et la Production scientifique. Rapport au Congrès international pour Vextension et la culture de la langue française, Liège, 1905.
La conclusion de ce rapport fut le point de départ, avec celui de M. Fürstenhoff, de la nomination d’une commission chargée d’examiner la question suivante : « Faut-il solliciter des peuples étrangers la reconnaissance, comm*e langue auxiliaire internationale, de la langue française? » Cette commission fut ellemême l’embryon du bureau international créé pour poursuivre la réalisation de ce vœu.
Si nous voulons favoriser l’extension de la langue française, il ne suffit pas d’en montrer les avantages comme langue scientifique, mais il faut attirer chez nous les étudiants étrangers qui viendront y apprendre non seulement notre langue, mais nos idées, nos manières de penser. Un autre moyen encore, c’est de faire de bons livres et de bons travaux; et ce serait aussi d organiser sur une large échelle la traduction rapide en fran-
çais (le tous les ouvrages scientifiques étrangers ayant de la valeur, de façon que tous les savants et étudiants étrangers fussent assurés, en sachant le français, de se tenir au courant grâce aux seuls ouvrages français — originaux et traduits — de tout le mouvement scientifique.
Le rapport se terminait en signalant le danger que les langues auxiliaires artificielles et en particulier Tesperanto pouvaient faire courir à la langue française à ce point de vue.
Le Français comine Langue auxiliaire internationale,
Conférence au Congrès internat, de Médecine, Lisbonne, 1906.
Exposé de la question des langues auxiliaires artificielles, concluant à leur insuffisance, et à la nécessité d’adopter comme langue auxiliaire une langue vivante, d’origine latine, soit l’espagnol à cause de sa simplicité orthographique et grammaticale, et de la correspondance de sa prononciation avec son écriture, soit le français, en raison de sa position intermédiaire entre les autres langues latines et les langues anglo-saxonnes, et aussi de la richesse de sa production littéraire et scientifique.
Morale et moralité. Essai sur l’Intuition morale. — 1 vol. in-16, 204 p. de la Bibliothèque de Philosophie Contemporaine (Paris, F. Alcan, 1912). Leçons faites à VUniversité nouvelle de Bruxelles, 1911.
Les conclusions qui résument l’ouvrage sont les suivantes : En présence du désarroi qui règne actuellement en morale tant au point de vue de ses principes fondamentaux que des méthodes propres à son étude, il est permis d’en rechercher les raisons.
Le problème moral semble mal posé, car toutes ses données sont sujettes à variations, contradictions, divergences de tout
ordre, sans qu’on puisse leur trouver de mesure flxe comparable à elle-même, ni d’évolution naturelle ou logique.
La confusion vient d’abord de ce que le domaine même auquel il s’applique, le champ de la morale, n’est bien déterminé ni dans ses limites, ni dans son contenu. Elle provient ensuite de ce qu’on a voulu étudier l’homme exclusivement sous un seul de ses aspects, ou qu’on a recherché à tout ramener à l’unité de fin ou de fondement; elle a été encore augmentée par le conflit des points de vue absolus auxquels on s’est placé pour en chercher la solution métaphysique, religieuse, naturaliste, sociologique, etc.
Il faut se résoudre à constater l’insolubilité du problème moral dont les constantes ne nous sont pas toutes connues et dont les variables ont sans cesse des valeurs différentes que nous ne pouvons mesurer.
Si le problème moral est insoluble, c’est que son objet, la morale, c’est-à-dire les meilleures règles de conduite de l’homme vis-à-vis de l’homme d’abord, — et par extension vis-à-vis des animaux, êtres inférieurs à lui, et vis-à-vis des dieux, êtres surnaturels, qu’il admet supérieurs à lui, — est variable, changeant, transitoire, sans évolution déterminée, essentiellement approximatif et relatif.
La recherche d’un fondement de la morale est une œuvre vaine, parce que la morale se fait et se défait sans cesse, son rôle étant de s’adapter le mieux possible aux conditions d’existence d’une société donnée, en se modelant sur ses formes infiniment variées, et la suivant dans l’instabilité et le mouvement incessant de sa vie.
La morale est fonction de l’état social, comme la législation, et toutes les morales sont bonnes du moment qu’elles sont conformes à l’état social, et suffisantes à l’entretenir et à le développer.
Le seul vrai critérium moral c’est le sentiment de l’obligation
interne. L’obligation nous apparaît comme le sentiment d’une impulsion motrice qui cherche à se réaliser, à s’extérioriser, à se transformer en acte.
Elle est le fait tantôt d’un automatisme acquis, tantôt d’une tendance spontanée.
Dans ce dernier cas elle est le critérium de la valeur morale, de la moralité de l’homme.
La moralité est fonction de la constitution de l’homme, et même de certains animaux, de même que la morale est fonction de l’état social.
C’est une modalité de l’affectivité, c’est-à-dire d’une fonction psycho-physiologique et biologique, qu’on retrouve chez certains animaux vivant en société ou commensaux de l’homme, et même chez d’autres où elle paraît en rapport avec l’évolution relativement grande du cerveau par rapport au reste du système nerveux.
La morale est l’ensemble des règles d’action qui paraissent à la majorité d’une société donnée les plus conformes aux sentiments et aux idées que cette société a des rapports de ses membres entre eux.
La moralité consiste essentiellement à percevoir, non pas les rapports conventionnels établis ou admis par cette société, mais les rapports réels, exacts, connus ou méconnus, des membres ou des groupes qui la composent.
On peut la définir ; La tendance à percevoir intuitivement ou à rechercher par réflexion les rapports des hommes entre eux, et, une fois ceux-ci perçus, reconnus, déterminés, à sentir le besoin d’y conformer le mieux possible ses actes.
Ou plus simplement : La moralité est la façon dont l’homme perçoit les rapports qu’il a avec les autres hommes et réagit à cette perception.
La moralité ainsi comprise met en jeu l’affectivité, l’intelligence et la motricité, c’est-à-dire qu’elle traduit, en somme, la
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personnalité tout entière. Primitivement elle peut se réduire et se réduit, en effet, à un pur état affectif avec tendance à l’action envers autrui.
La moralité est le substratum naturel de la morale. Elle est à la fois d’ordre organique et psychologique. Elle préexiste à la rationalité; elle est l’expression de la conscience individuelle. Elle ne formule ni règles, ni lois ; mais c’est elle qui les suggère, les approuve, les modifie ou les condamne. Elle n’ordonne pas, elle agit.
Elle n’est ni une qualité de l’esprit, ni encore moins une faculté de la nature humaine. C’est simplement un mode de l’affectivité s’appliquant à une , certaine catégorie de faits humains et constituant une sorte de fonction spéciale.
C’est intuitivement que la moralité découvre les rapports des hommes entre eux, et qu’elle sent le besoin d’agir conformément à eux. Mais si cela suffit dans les cas simples, elle doit s’aider dans les cas complexes des connaissances que lui fournissent l’expérimentation et la raison.
Même quand elle s’adjoint ainsi l’expérience et la raison, elle est encore intuitive et affective, car cette recherche résulte de la tendance à connaître par tous les moyens possibles les rapports humains, exacts et à s’y conformer.
D’autre part l’obligation interne qui pousse à l’action est, elle aussi, le fait d’une intuition affective ou d’une intuition intellectuelle dont l’obligation à l’acte est aussi impérative.
Tout l’essentiel de la moralité, tout son fondement, est donc intuitif et affectif.
Mais l’affectivité est essentiellement motrice. Aussi la voyonsnous se compléter ici, comme partout, par une réaction motrice, qui est, dans l’espèce, l’action morale.
Ea moralité plonge ses racines dans l’organisme de l’homme, dans ses fonctions les plus profondes, les plus essentielles, les plus personnelles : dans la sensibilité affective. Mais on peut en
retrouver les rudiments, et môme un développement assez marqué, chez les espèces animales elles-mômes.
L’étude des réactions morales chez les animaux permet de reconnaître chez l’homme lui-même deux ordres de sentiments moraux : les sentiments prémoraux et les sentiments moraux proprement dits. Les premiers sont peut-être les seuls qu’on rencontre chez les animaux. Mais ils existent aussi chez l’homme où ils jouent sans doute un rôle beaucoup plus considérable qu’on ne l’imagine. Les sentiments moraux qu’on peut constater chez certains commensaux de l’homme sont surtout l’apanage de ce dernier chez qui ils atteignent à leur maximum.
Ce qui distingue les sentiments prémoraux des moraux, c’est que dans les derniers le sujet a conscience du but vers lequel il se sent l’obligation d’aller, en agissant vis-à-vis d’autrui, tandis que dans les premiers il y marche sans en comprendre la portée générale, la valeur abstraite.
La moralité étant d’origine naturelle, physiologique, biologique, est susceptible de s’affiner, de se perfectionner, soit par l’éducation individuelle ou collective, soit par différenciation de plus en plus délicate à travers les âges, comme on l’observe également pour la sensibilité physique, très variable chez les différents peuples et aux différentes époques.
Elle est donc susceptible d’évolution, contrairement à la morale.
C’est grâce aux inventeurs en morale, analogues à ceux qu’on voit dans les autres branches de l’activité humaine et particulièrement dans les arts, que se font les progrès moraux de l’humanité. Ces progrès sont dus à la conscience individuelle, et nullement à la conscience collective.
L’évolution de la moralité n’est pas seulement progressive. Elle peut être aussi régressive, soit chez l’individu, soit dans la société. Les lois de cette régression individuelle, sous 1 influence des maladies ou de l’âge ne sont guère connues, et
toute la pathologie morale est à reprendre au point de vue de l’enseignement qu’elle peut fournir sur la moralité normale, tant au point de vue de sa nature que de son développement.
L’action morale complète l’intuition morale qui a révélé à l’homme les rapports exacts auquels il doit conformer sa conduite. Elle est l’aboutissant de l’impulsion qui résulte de l’intuition affective et qui nous donne le sentiment de l’obligation d’agir.
Le devoir c’est l’acte qui nous paraît obligatoire, sans même que la question de sa légitimité se pose. Mais il n’y a que l’obligation interne, l’obligation que nous ressentons en nous-mêmes, dans notre conscience individuelle, qui ait une valeur morale.
Les devoirs moraux se résument dans les devoirs envers autrui, que cet autrui soit un autre homme, une divinité, ou la personnalité sociale qui est une partie de notre personnalité totale et qui, à cause de son caractère spécial, ne nous appartient pas.
L’homme n’a de devoirs qu’envers les autres hommes. Il n’en a envers lui-même que s’il est au milieu d’eux. Et quant aux devoirs envers les dieux, ce sont des devoirs qu’il s’est créés lui-même et qui, par conséquent ne sont pas des devoirs, car ils sont fictifs et conventionnels et ne correspondent pas à des rapports exacts de l’homme avec les dieux.
L’action morale constituant le devoir consiste donc essentiellement et uniquement dans ce que notre conscience intuitive ou réfléchie nous fait regarder comme obligatoire vis-à-vis des autres hommes, ou par extension vis-à-vis des autres êtres capables de jouir ou de souffrir par nous.
La morale qui découlera de cette conception naturelle de la moralité n’aura besoin de s’appuyer sur aucune base métaphysique ou religieuse.
Si le devoir résulte des rapports exacts des hommes entre eux auxquels il nous apparaît comme obligatoire de conformer notre
conduite, il faut d’abord connaître ces rapports. C’est le rôle de la moralité, rôle qu’elle remplit plus ou moins complètement, avec plus ou moins de justesse et de perspicacité.
Mais ces rapports eux-mêmes résultent des conditions de la nature humaine d’une part, et des conditions de l’existence sociale de l’autre.
Ces conditions elles-mêmes dépendent des fonctions individuelles et sociales de l’homme, et des fonctions de la société elle-même.
Ces fonctions engendrent des besoins que l’homme et la société sont poussés à satisfaire.
Dans quelle mesure doit-on le faire? A quels besoins donner la priorité? Gela dépend des circonstances, des individus considérés dont les capacités sont différentes et limitent les devoirs. Au milieu de ce conflit de tendances, de besoins, chez l’individu lui-même, ou entre les individus, ou entre l’individu et les groupes sociaux, ou entre les groupes, comment s’y reconnaître? Gomment déterminer le devoir?
En quoi consiste-t-il?
G’est à la moralité de le découvrir, de le définir, et partant, de le réaliser.
Le devoir c’est de remplir son rôle social, c’est-à-dire celui que la société a donné à l’homme, ou qu’il a accepté, ou qu’il a choisi, en utilisant pour le mieux les fonctions dont il dispose, fonctions naturelles ou fonctions sociales.
Les devoirs moraux, c’est-à-dire toutes les fonctions morales de l’homme vivant en société, se ramènent à deux que l’on peut considérer comme essentielles et irréductibles : l’assistance et la justice, où l’on retrouve la double base affective et rationnelle de la moralité.