STATISTIQUE
Statistique opératoire d’un secteur chirurgical (10' région), du 1" janvier 1915
Nous avons en 1915 organise le premier secteur chirurgical du territoire. Chaque centre hospitalier avait un chirurgien de place responsable et possédait un service aseptique, et des services septiques, un service de radiographie.
Chirurgien du secteur nous avions nous-même à notre disposition deux services aseptiques en deux villes différentes, nous y opérions tous les cas qui nous paraissaient relever de notre action personnelle. Nos visites dans les 65 hôpitaux de notre secteur, comprenant 14000 lits, étaient régulières. Nous opérions dans les différentes places, ou faisions évacuer les blessés sur nos services personnels. Nous étions le chirurgien consultant des chirurgiens de place.
Cette organisation fut généralisée par M. le sous-secrétaire d’État à tout le territoire en août 1915.
Les résultats obtenus furent du 1" janvier 1915 au l" mars 1916 ;
4127 opérations. Mortalité générale 92 morts = 2,2 pour 100. 77 amputations = 1,8 pour 100.
Notre .contribution personnelle fut de 1500 opérations environ avec une mortalité de=1,9 pour 100.
Cette organisation permit, à cette date, une très sérieuse amélioration dans la chirurgie générale du territoire.
SHOK TRAUMATIQUE
L’intoxication dans les plaies de guerre. La rétention azotée des blessés (en
collaboration avec A. Grigaut, chef du laboratoire de Chimie biologique de
l’Auto-Chir., 21). Comptes rendus Soc. Biologie, 1918, -i et 1!) octobre.
La désagrégation azotée des tissus traumatisés. Hull. Soc. Chir., 16 octobre 1918.
Notre maître E. Quénu, partant de l’observation clinique des blessés de guerre, a émis l’hypothèse que les phénomènes appelés « shok » étaient dus à une intoxication générale dont le point de départ était la plaie de guerre.
Avec Grigaut nous avons montré que les phénomènes toxiques ont pour origine directe une désagrégation azotée intense et rapide des tissus traumatisés.
.A l’état normal,, le tissu retient emmagasinée une portion notable des substances azotées issues de sa désassimilation, et c’est la rétention de ces déchets qui lui donne sa toxicité spéciale.
Sous l’influence du traumatisme, le seuil d’excrétion azotée de la cellule est abaissé, et une partie de la réserve azotée toxique du tissu lésé passe dans la circulation.
Chez les blessés de guerre nous avons pu constater que, parallèlement à la diminution des substances azotées non protéiques des tissus traumatisés, il y avait une augmentation des substances azotées non protéiques et de l’azote résiduel du sang, et que cette augmentation était en rapport avec l’intensité des phénomènes d’intoxication.
Chez le blessé de guerre l’azote total non protéique du sang et l’azote résiduel sont dans la iiglc augmentes Chez le blessé « shoké » les chiffres d’augmentation sont toujours pour le moins supérieurs au double de la valeur normale de ces éléments.
Lorsque le blessé doit guérir l’augmentation n’est que passagère : elle est
Cette rétention azotée est indépendante de l’infection pins ou moins grande des blesses. Chez les blesses atteints de gangrène gazeuse sans « shok », elle ne se produit pas; on la constate au contraire chez des « shokés » dont la plaie est peu infectée.
Cette rétention azotée des « shokés » est différente de la rétention azotée
des brightiques ; celle-ci est une rétention d'urée, celle-là une rétentiou d’azote résiduel. Elle est due à une altération de la cellule hépatique et, ceci est d'accord avec les constatations de Chauffard et Brodin, de Nanta. de Charles Richet.
La théorie « toxique » du shok reçoit donc de ce fait une confirmation
Nous avons pu étendre cette conception, et montrer que dans toute plaie de guerre, du fait du traumatisme des tissus et de son importance plus ou moins grande, il y a une intoxication de degré variable.
Tout blessé de guerre est intoxiqué par sa plaie. Suivant l’importance de cette intoxication, suivant l’état antérieur ou actuel du foie, cette intoxication est bénigne, passe inaperçue ou se déclare grave, le degré le plus élevé en est le « shok » mortel.
Le fait que cette intoxication a pour point de départ les tissus traumatisés, légitime toute la chirurgie de guerre actuelle, depuis l’excision large de toutes les plaies jusqu’à l’amputation immédiate, pour combattre l’intoxication par la plaie de guerre à tous ses degrés.