LEUR TEXTURE
Nous ne pouvons entreprendre ici de résumer les travaux assez nombreux qui ont été faits sur la texture des ner s. Nous ne faisons pas une étude détaillée de la question, mais nous voulons simplement exposer les quelques considérations qui nous ont été inspirées par la dissociation systématique de tous les troncs nerveux du corps.
Cependant, indiquons schématiquement les trois conceptions exposées dans les travaux les plus récents (1900- 1930).
Première conception. — Les faisceaux sont parallèles avec une indépendance relative de chacun d’eux (Stoffel, Anderlé).
Deuxième conception. — Le tronc nerveux est un plexus condensé sans systématisation possible (tous les classsiques, Dtjstin, Heinemann).
Troisième conception. — Les deux dispositions coexistent dans l’organisme et souvent dans un même tronc nerveux (VlANNAY, COMPTON, M‘ m ‘ TROITZKY).
Une certaine systématisation est dès lors possible et c’est ce que montrent les travaux de Dejekine et Mouzon, Pierre-Marie, Meige et Gosset, Tinel, Riquier, L. Thomas.
La plupart de ces auteurs ont fait leurs recherches sur un seul nerf ou un groupe restreint de troncs. Ceci permet
d’expliquer leurs divergences dans les conclusions générales qu’ils en ont tirées.
Nous avons jugé que pour arriver à une conclusion plus nette et ayant une valeur d’ordre général, il fallait rechercher la disposition intrinsèque dans tous les troncs nerveux. Nous n’exposons pas ici le détail de ces recherches, que l’on trouvera dans un autre travail. Cependant, remarquons que la dissociation, telle que nous l’avons pratiquée après macération dans l’eau acidulée avec de l’eau azotique, ce qui a pour but d’œdématier le tissu conjonctif, suppose que ce tissu conjonctif est suffisamment abondant et susceptible de se distendre par hydratation; d’où il résulte que certains nerfs pauvres en tissu conjonctif (nerfs crâniens, phrénique) sont très difficiles à étudier, alors que les nerfs des membres sont beaucoup plus abordables.
Tous les troncs nerveux sont constitués par une portion centrale (surtout nette dans la partie proximale) qui est plexiforme et entourée d’éléments qui, sur un trajet plus ou moins long, sont individualisés, affectant un trajet précis et constant dans tous les cas étudiés.
Les branches isolables sont la minorité et la plupart des rameaux nerveux s’anastomosent entre eux, formant un plexus dans le tronc nerveux. Considérons maintenant le plexus ainsi formé : si les anastomoses qui les constituent sont volumineuses, il n’est pas possible de suivre les divers faisceaux à leur intérieur et le tronc nerveux n’a alors aucune systématisation; si les anastomoses sont grêles, on peut, malgré elles, suivre les faisceaux à signification connue, et, dans une certaine mesure on obtient alors une topographie intrinsèque du tronc nerveux.
Peut-on compléter cette topographie en distinguant les branches motrices et les branches sensitives ? Nous n’avons vu, à ce sujet, aucune possibilité de différenciation, aucun critérium permettant de diagnostiquer par le simple aspect de la valeur centripète ou centrifuge d’un faisceau, nous n’avons en rien constaté ce qu’énonce A. Troitzicy c’est-àdire sa distinction en fibres parallèles et en fibres tressées.
Par conséquent, les moyens que nous possédons pour tracer la topographie d’un tronc nerveux, restent faibles. Cependant, une fois un nerf étalé et dissocié, si les anasto-
moses sont suffisamment grêles, on peut suivre sans trop d’arbitraire leur trajet et conclure à la prédominance de fibres de tel ou tel groupe dans un secteur déterminé du tronc nerveux.:
Nous avons trouvé dans les divers exemplaires d’un même nerf une disposition tout à fait superposable pour chaque cas. Nous pouvons flonc conclure à une constance très nette de la topographie des nerfs. Nous sommes là en opposition avec les auteurs que nous avons déjà cités et qui trouvent des variations non seulement d’un sujet à l’autre, mais encore d’un côté à l’autre d’un même sujet.
Il est à remarquer, en outre, en faveur de cette constance de la disposition des nerfs, que nos résultats se rapprochent de ceux d’autres auteurs, obtenus par la même méthode que la nôtre, ou par des méthodes différentes. Ainsi donc, nos observations sont vérifiées par les autres travaux, ce qui prouve qu’étudier la texture des nerfs n est pas une pure fantaisie et que la topographie intr.atr.on* culaire est constante.
L’existence de cette régularité dans la composition intrinsèque d’un nerf fait supposer que peut-être il y a des lois qui régissent la systématisation des’ troncs nerveùx.
Est-il possible de formuler ces lois ?
C’est ce qu’a fait Viannay, à la suite de ses fecherches, en concluant que les fibres courtes (collatérales), sont périphériques, formant un manchon aux fibres longues (terminales).
Il ne nous paraît pas possible d’adopter cette formule. En effet, si dans la partie sus-jacente à leur émergence du tronc, les branches collatérales sont situées à la surface du nerf, si cette disposition persiste dans certains cas sur toute la longueur du tronc du nerf, ce n’est là que l’exception, car le plus souvent on suit sur un ou deux centimètres la branche, puis elle se perd avec les autres fibres du plexus central, ou s’accole à un autre faisceau.
A notre avis, il n’y a pas une disposition unique pour tous les troncs nerveux. Il semble que la conception de Viannay corresponde à la disposition idéale, typique, puisque c’est celle que l’on trouve dans les nerfs très simples, tels que le musculo-eutané, le circonflexe, le glosso-
pharyngien. Mais dès qu’un tronc nerveux est un peu plus volumineux, les rapports des divers faisceaux se compliquent et il ne semble pas alors qu’il y ait de règles générales précises.
Nous avons établi des tableaux où sont rapprochés les résultats des différents travaux qui ont apporté certains faits sur la texture des nerfs, ainsi que les nôtres.
Ils montrent que par des méthodes très différentes, les auteurs sont arrivés à des notions assez voisines, parfois mêmes superposables, ce qui prouve que la topographie intratronculaire n’est pas de pur hasard et a une certaine constance.
Nous y joignons à titre d’exemple deux séries de coupes établies d’après nos dissociations.
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