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LÉSIONS DU SYSTÈME NERVEUX CONSÉCUTIVES A UN TRAUMATISME MÉDULLAIRE

Il s’agit de l’observation d’un cas de tranmatisme médnllaire* avec paralysie transitoire des quatre membres, suivie tardivement (en dix ou onze ans) de troubles trophiques progressifs dans les membres inférieurs, s’accompagnant de douleurs et d’anesthésie, troubles ayant nécessité l'amputation successive des deux jambes à quelques mois d’intervalles. Le malade ayant succombé quelques mois après sa deuxième amputation à une gangrène pulmonaire, il nous fut possible de faire l’examen complet de son système nerveux.

Si les faits de ce genre sont relativement assez communs, ceux dans

1. Colle observalion a été prise dans le service de mon maître, le D' Blum, k l’hospice des Incurables et à rhôpilal Lariboisière.

scléreuse gagne le cordon de Goll A. la région lombaire, la corne an présente des cellules nerveuses m 2" Lésions des racines. — El accentuées h gauche. De ce côté, nu des renflements fusiformes, vascularisée, et présentent un ( racines normales. Ces racines coi

gauche est modifiée, présentent des filets radiculaires absolument atrophiés, les fibres nerveuses ont totalement disparu et sont remplacées par des gaines vides.

3° Lésions des nerfs périphériques. — Elles présentent un aspect tout à fait spécial. Les quatre cinquièmes des fibres larges ont disparu; la gaine de myéline est mince dans les fibres moyennes, on constate sur leur trajet des étranglements annulaires et un assez grand nombre de noyaux.

On trouve des fibres extrêmement minces, disposées souvent en natte de deux fibres, plus rarement en natte de trois fibres. Ces fibres minces, en natte, représentent l’aspect des nerfs en état de régénération. On peut voir parfois ces nattes faire suite ii un- étranglement annulaire. On trouve enfin des faisceaux '''*'compitemefft”détruïét're^ fibrilles Semblant correspondre à des

deToÿagaines vides. Ces lésions se trouvaient surtout localisées dans les nerfs sciatiques et allaient en s’atténuant vers la racine du membre.

Ces différentes lésions, en résumé, représentent une myélite bien localisée, presque systématique, évoluant dans le cordon postérieur, des lésions dégénératives des racines et des névrites périphériques.

La recherche des rapports qui pouvaient exister entre ces différentes lésions, et la façon dont le traumatisme ancien avait pu entraîner leur production, nous ont conduit à faire les considérations'suivantes :

Le traumatisme initial doit être considéré comme la cause de tout le mal, mais nous avons pensé qu’au moment de l’accident les désordres ont été moins étroitement localisés et se sont fait sentir surtout sur la moelle épinière. 11 n’y a pas trace de fracture de la colonne vertébrale ni d’hématorrachis; et nous ne pouvons penser qu’à une commotion de la moelle. Mais cette commotion primitive de la moelle, évidemment généralisée, cadre mal avec les lésions très localisées et de la moelle et des racines. Or, il est très possible d’admettre, avec les auteurs du compendium de chirurgie, que les racines aient pu être atteintes avant la moelle par le traumatisme, que les filets radiculaires aient été tiraillés en plus ou moins grand nombre et, en certains points, se soient même rompus; que le travail dégénératif des

fibres radiculaires postérieures ait déterminé par irritation de voisinage, l'inflammation des fibres appartenant en propre à la moelle, et que la myélite, ainsi créée, ait ensuite évolué pour son propre compte. Cette explication permettait d’éliminer la propagation des lésions de la moelle aux racines postérieures, ce qui eût été en contradiction avec la loi de Waller.

Il restait à s’expliquer sur la névrite périphérique. Était-elle la cause des désordres anatomiques constatés au niveau des racines et de la moelle? 11 faut se rappeler qu’ici la névrite s’atténue en remontant, et qu’une grande étendue de nerf sciatique normal sépare des deux côtés les racines du point où s’arrête la

névrite. Les névrites des deux sciatiques Fig. *0. - Coupe iransversale pratiqué! étaient à peu , près égales comme inten- montré lïgmmtafcn de lo quanui silé, alors qu’il y avait une grande irré- umei^uiToméîé^'s^nbieTnOTïf gularité entre les lésions des deux côtés contenues dons'*une°méine'’masse de la moelle. Nous nous sommes borné à v'’S'eaux’ admettre que le travail irritatif, installé

dans les nerfs, a pu activer ou entretenir l’inflammation médullaire, si la créer.

Mais, tout en faisant ces réserves, nous n’avons pu assigner à ces névrites j,;, ^i.ccs minces tormant une natte, une origine certaine, ni nous prononcer

sur la question de savoir si l’on devait rattacher les troubles trophiques observés, plutôt à la lésion de la moelle qu’à celle des nerfs périphériques.

Cette observation U'

de constater une sorte de

contraste, entre la forme anatomique des lésions constatées dans les nerfs

et la marche des symptômes.

En effet, à une régénération de fibres nerveuses impliquant l’idée de guérison, correspondaient des accidents, qui allaient en s aggravant de jour en jour. Ce fait nous a servi à faire remarquer que le terme de régénération est susceptible d’induire en erreur, en faisant croire qu’il est synonyme de restilutio ad integrum; ces fibres en état de régénération sont

minces, grêles, à segments courts, entourées d’un protoplasma abondant, elles sont loin d’être saines, elles représentent en réalité un véritable état irritatif ; donc le processus morbide dans la névrite ne saurait être considéré comme terminé, lorsque la régénération commence. Tout au moins chez les animaux adultes, après la section expérimentale d’un nerf, la régénération ne s’effectue jamais d’une façon complète.

L’histoire de notre malade nous a paru présenter un double intérêt, au point de vue clinique et anatomique.

Au point de vue clinique, elle fournit un exemple des accidents qui peuvent accompagner, primitivement et tardivement, un traumatisme portant sur le système nerveux. Elle montre, qu’après la disparition des accidents graves du début, on peut s’attendre à voir survenir, dans la suite, d’autres accidents à évolution lente et progressive, éventualité qui doit imposer une certaine réserve, quant au pronostic définitif.

Au point de vue anatomique, elle montre, comme conséquence éloignée d’un traumatisme médullaire, une sclérose systématique de la moelle épinière. Nous avons cherché i établir, qu’en ce qui concerne le développement de cette sclérose médullaire, une part importante devait être attribuée aux lésions diverses, qui se sont produites au moment de la chute, sur les racines postérieures, par le mécanisme de l’élongation. Cette influence, peut-être un peu négligée dans les cas décrits sous la dénomination de traumatismes médullaires, nous a semblé digne d’être prise en considération.

Enfin, nous avons pu étudier dans les nerfs périphériques l’état dit de régénération, coïncidant non pas avec un retour, mais avec un trouble progressif des fonctions, se traduisant principalement par des troubles trophiques. Nous avons cru pouvoir conclure de cette coïncidence, ainsi que d’un certain nombre de particularités d’ordre anatomique, que l’état de régénération devait être considéré, dans notre cas tout au moins, comme pathologique, qu’il représentait une lésion véritable, qu’il correspondait à l’une des phases de la névrite.

Cette observation, à l’époque où elle parut, constituait un des rares exemples connus de régénération des nerfs, observé chez l’homme, et de l’influence de la destruction des racines postérieures sur les altérations du cordon postérieur et, en particulier, des cordons de Goll.

Les liavaux ullérieurs, lanl expérimentaux que cliniques, sur les modifications qui se produisent dans le cordon postérieur à la suite de la section des racines postérieures, sont venus confirmer ce qui, pour nous, n’avait pu être qu’une hypothèse.

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