AVERTISSEMENT
Comme, dans la notice qui suit, j’ai fait tous mes efforts pour être le plus bref possible, je crois utile d’appeler plus particulièrement l’attention de mes juges sur certains des travaux qui s’y trouvent consignés de la même façon que les autres, quoiqu’ils aient véritablement une toute autre valeur. L’un d’eux surtout, résumé très succinct du mémoire beaucoup plus complet que je prépare sur ce sujet, me paraît devoir être signalé à cause des.questions importantes de physiologie et de pathologie générale qu’il soulève ; je veux parler de la glycosurie physiologique des femmes en couches, des nourrices, et de certaines femmes enceintes, que j’ai découverte dans le mois d’août 1856. C’est, en effet, la première fois qu’on signale et qu’on démontre le passage du sucre dans les urines pendant l’état de santé et sous la seule influence d’une condition toute physiologique comme la lactation. Cette découverte, qui, très probablement, va constituer comme une annexe à celle de la glycogénie faite par M. Cl. Bernard, pourra peut-être jeter sur cette dernière une certaine lumière, et je puis dire ici, par avance, ce que j’ai déjà exposé à la Société de biologie à l’appui de celte opinion. Un fait m’avait depuis longtemps frappé, dans les nombreuses jautopsies de femmes en couches que j’ai eu l’occasion de pratiquer, c’est le volume plus ou moins considérable du foie. En 1848 et 1849, pendant mon internat à la Maternité de Paris, j’avais déjà consigné cette remarque dans mes notes. Depuis que j’exerce à la Faculté les fonctions de chef de clinique, le même fait s’était toujours montré à mon observation ; mais jusqu’à présent, je
l’avoue, son explication était restée indécise. Tout d’abord, je m’étais demandé si la gêne apportée à la circulation abdominale par le développement du globe utérin ne pouvait pas rendre un compte siiflisantde cette hypertrophie, mais il y avait autre chose que la simple hypertrophie qui n’avait point échappé à mon attention, et qui s’expliquait plus difficilement par ce simple trouble fonctionnel dans la circulation hépatique, à savoir son état graisseux plus ou moins avancé. Or, quand, à propos d’une femme enceinte diabétique placée dans le service de la clinique, j’eus l’idée d’examiner les urines des femmes enceintes, en couches et nourrices pour voir si elles ne contiendraient pas du sucre, et qu’à mon grand étonnement j’en rencontrai, je ne pus me défendre de rapprocher immédiatement cet état du foie que je viens d’indiquer de celte glycosurie physiologique. Je fis alors l’histologie de cet organe, et je trouvai que ses cellules avaient subi des modifications tout à fait analogues, je devrais même dire semblables à celles décrites par M . Cl. Bernard, dans les cellules du chien tué en pleine digestion , c’est-à-dire pendant la période d’activité fonctionnelle de l’organe. Ces cellules, de polygonales qu’elles sont d’ordinaire, deviennent plus ou moins rondes, et de plus leur contenu granuleux , souvent même les noyaux, sont masqués par une quantité plus ou moins grande de globules graisseux. En dehors d’eux s’observe aussi une très grande proportion de graisse. Je fus dès lors très disposé à admettre, jusqu’à plus ample informé, que l’hypertrophie et l’état graisseux du foie étaient, pour ainsi dire, un état physiologique passager, en. rapport très probable avec la glycosurie physiologique également temporaire que je venais de découvrir. La glande hépatique produisant plus de sucre à ce moment qu’aux autres époques de la vie, se congestionne et s’hypertrophie, et de plus une grande quantité de graisse s’accumule dans son intérieur.
La présence de cette énorme quantité de graisse, sous l’influence de laquelle les cellules hépatiques changent plus ou moins de forme, viendra peut-être aussi, par un fait physiologique facile à étudier, éclairer la question suivante, restée encore douteuse et obscure : Quels sont les éléments aux dépens desquels le foie fait le sucre ? Les uns pensant que c’est aux dépens des principes albuminoïdes, tels que la fibrine et l'albuminé; les autres étant, au contraire, disposés à admettre que le sucre du foie résulte
dë la transformation de la graisse. Cette dernière manière de voir me paraît singulièrement renforcée par les faits que nous venons de rappeler brièvement. A quoi serait due, en effet,, la-présence de toute la graisse en excès qu’on trouve ainsi dans la foie ? A moins qu’on ne veuille admettre que ce ne soit là que le résultat de la suractivité fonctionnelle de l’organe, et non pas, qu’on me passe l’expression, des matériaux préparés, et mis en dépôt par l’organisme pour la fabrication surabondante de sucre dont cet organe doit être bientôt chargé! Mais s’il fallait se prononcer d’après l’analogie, on ne serait pas disposé à accepter cette deuxième hypothèse ; car nous ne voyons pas ordinairement les organes qui fonctionnent activement subir cette modification ; le contraire s’observe plutôt.
Comme on peut le voir, quelle que soit la valeur qu’on soit disposé à accorder aux raisonnements que je viens d’exposer en peu de mots, il n’en reste pas moins évident que cette découverte du sucre, dans une condition physiologique spéciale, rapprochée de l’état particulier du foie, que nous avons constamment rencontré chez les femmes mortes en couches, constitue un des faits les plus intéressants, et peut-être les plus importants au point de vue purement physiologique.
Or cet intérêt physiologique n’est pas le seul que nous offre la question, à l’étude de laquelle je me suis livré, et que je poursuis encore en ce moment. Il est bien certain qu’au point de vue pathologique, il y a là aussi quelque chose de grave et de curieux.
Jusqu’à présent, en effet, l’existence du sucre dans l’urine constituait pour tous les médecins un signe pathognomonique d’une des affections les plus graves, du diabète; or, dorénavant, on devra distinguer avec soin les conditions dans lesquelles le sucre passe dans l’urine, et pour accepter l’existence d’un véritable diabète, il faudra non-seulement découvrir du sucre dans les urines, mais aussi, chez le sujet qui rend ces urines, les différents symptômes du diabète. En d’autres termes, il faudra faire ce que j’ai contribué à faire faire pour l’albuminurie et la néphrite albumineuse, c’est-à-dire distinguer avec soin la glycosurie du diabète, l’une pouvant n’être qu’un acte physiologique plus ou moins temporaire, l’autre constituant une véritable maladie.
Dans la crainte d’abuser de l’attention de mes juges, je n’insisterai pas
plus longuement sur ce sujet, et je me contenterai de leur signaler encore parmi mes travaux, comme offrant le plus d’intérêt :
1* Ma Thèse Sur (’ albuminurie.
2" La Nouvelle description des ligaments ronds.
3” La découverte du frémissementvibratoire au niveau du souffle utérin. (l° Mon Mémoire sur l’arthrite suppurée et sa guérison possible avec conservation des mouvements que j’ai signalée le premier.
5" Le fait remarquable de variole chez le fœtus sans variole chez la