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CHORÉE CHRONIQUE ET TROUBLES MENTAUX

Dans la chorée chronique de Hutington les troubles mentaux sont excessivement fréquents ; certains appartiennent en propre à la chorée, et d’autres paraissent plus contingents et semblent résulter d’associations morbides. Les troubles du caractère sont peut-être l’élément le plus constant, sous forme d’excitabilité, d’irritabilité ; les choréiques sont instables, difficiles, vifs, souvent impulsifs, violents et méchants ; parfois l’impulsivité a pu aller jusqu’à l’homicide ; les troubles de l’humeur se traduisent par des alternatives d’excitation rappelant l’hypomanie, et surtout des phases de dépression profonde pouvant mener jusqu’au suicide. Le comportement est anormal, le choréique est un insouciant, on note du laisser-aller. La tendance à l’érotisme n’est pas rare et un de nos malades s’était révélé comme un flirteur assidu avec exhibitionnisme. Les troubles intellectuels sont parcellaires, jugement et raisonnement sont habituellement respectés, ce sont surtout la mémoire et l’attention qui sont atteintes. L’évolution vers la démence se fait lentement et progressivement. L’apparition de délires, au cours des chorées chroniques, n’est pas exceptionnelle ; délires interprétatifs ou délires à point de départ confusionnel ; les hallucinations sont rares ; nous avons eu l’occasion d'observer un malade qui présentait des hallucinations delà sensibilité générale. Enfin, il nous faut signaler un trouble psycho-moteur très particulier rencontré chez une de nos malades et qui n’a encore ja-

mais été décrit ; il s’agit d’un fait d'« itération verbale », se distinguant par diverses nuances de la palilaüe (ton variable, adjonction de mots nouveaux) et surtout en rapport avec une persévération idéique.

La chorée chronique avec ses troubles mentaux est un des nombreux exemples de l’intrication des phénomènes moteurs et des phénomènes psychiques ; elle pose tout le problème de l’interrelation des noyaux striés avec le cortex, problème dont les données anatomocliniques sont encore trop peu nombreuses pour qu’il puisse être résolu.

LE MENTISME

Le mentisme peut se définir : « Représentation mentale vive, involontaire, pénible et dont le sujet a la conscience morbide » ; c’est un ressassement perpétuel, stéréotypé, de représentations auditives, ou visuelles ou simplement idéiques qui s’imposent au sujet, se présentent automatiquement à lui, l’énervent, l’agacent, sans qu’il puisse s’en débarrasser. Il s’accompagne presque toujours d’insomnie. Le mentisme est un symptôme psychique fréquemment rencontré en médecine générale au cours d’intoxications exogènes (alcool, tabac, vins généreux, opium, et surtout café), d’auto-intoxications (atonie gastrique, troubles gastrointestinaux), à l’o.ccasion des règles ou enfin, lors d’un paroxysme hypertensif chez un hypertendu artériel. Nous l’avons trouvé chez des épileptiques en dehors des crises et dans un cas de tumeur cérébrale nettement

Lamache

èà rapport avec l’hypertension intracrânienne et disparaissant avec celle-ci. Dans le groupe des affections mentales il est surtout fréquent au début de la démence précoce traduisant une libération de l'automatisme imaginatif du sujet. Le mentisme n’est pas le propre des états psychasthéniques, il ne se relie à aucune constitution, il est la traduction d’une atteinte dynamique des cellules et des connexions corticales, relevant de l’infection ou de l’intoxication et peut apparaître chez n’importe quel sujet. Il évolue par crises, durant plusieurs heures, débutant brusquement et se terminant souvent de même. La notion fondamentale de l’organicité du mentisme le rend accessible dans une certaine mesure à la thérapeutique ; thérapeutique symptomatique sédative et surtout thérapeutique pathogéninique.

LES TROUBLES PSYCHIQUES AU COURS DE L’HY¬ PERTENSION INTRACRANIENNE ET DES TU¬ MEURS CÉRÉBRALES.

L’hypertension intracrânienne, les tumeurs cérébrales, apportent une large contribution à l’origine organique de certains troubles mentaux complexes. L’augmentation de pression du liquide céphalo-rachidien peut déterminer un syndrome hallucinatoire rappelant en tout point la psychose hallucinatoire chronique. Une femme de 53 ans entend depuis six mois des voix injurieuses avec reproches faisant allusion à un passé particulièrement mouvementé ; les voix d’abord

chuchotées, lointaines, ont été s’amplifiant progressivement jusqu’à devenir d’une très grande netteté. L’examen neurologique et viscéral est négatif ; les antécédents révèlent des crises migraineuses typiques depuis de nombreuses années. A la ponction lombaire, la pression rachidienne est à 61 ; elle est ramenée à 47 ; puis, lors d’une seconde ponction, à 26. En même temps que la tension du liquide céphalo-rachidien est abaissée le syndrome psychique s’estompe, les voix s’atténuent puis disparaissent. Sortie, la malade revient six semaines plus tard, migraines et phénomènes hallucinatoires sont réapparus, la pression est redevenue haute, une nouvelle ponction fait tout rentrer dans l’ordre et la malade sort, en apparence guérie. Hallucinations et hypertension intracrânienne ont évolué de pair ; il a suffi à chaque fois de traiter l’hypertension pour que d’une façon quasi expérimentale le syndrome psychique disparaisse.

Le trouble mental le plus fréquemment rencontré au cours de l’hypertension intracrânienne est sans conteste la confusion mentale ; celle-ci peut parfois donner le change et jointe aux signes proprement tumoraux, réaliser l’aspect de la paralysie générale ; mais parfois, comme nous l’avons vu, le tableau présenté est celui de la psychose de Korsakofï ; ce n’est qu’une apparence,car une analyse fine montrerait entre le Korsakofï et ces formes confusionnelles des différences fondamentales ; en réalité il n’y a point de fabulation vraie, mais uniquement trouble de l’orientation dans le temps ; la mémoire de fixation est bonne, ce qui est troublé c’est

fa place des souvenirs dans le temps ; par moment, le malade se trouve transporté à des époques antérieures de sa vie et en revit certains épisodes, il y a là un fait voisin de l’ecmnésie ; enfin on ne trouve point de suggestibilité. En présence d’une confusion mentale chronique, il faut toujours penser à une hypertension intracrânienne possible.

Il est rare qu’au cours des tumeurs cérébrales, les troubles psychiques revêtent le masque d’une psychose bien définie ; cependant une tumeur volumineuse (méningiome) peut réaliser le tableau d’une excitation maniaque typique; dans le cas observé, l’excitation psychique ne se distinguait en rien des accès francs de la psychose maniaco-dépressive : même fuite des idées, même ironie, mêmes jeux syllabiques, même agitation motrice avec facéties mimiques. Cette excitation ne rappelait que de loin la moria où malgré l’apparence hypomaniaque on note un ralentissement des associations d’idées et toujours un certain élément d’inhibition delà vie psychique automatique qui oblige à un effort.

Les tableaux de psychoses authentiques sont rares au cours des tumeurs, cérébrales; on ne saurait en effet demander à des lésions anatomiques grossières, relativement localisées, de'déterminer des troubles du psychisme aussi nuancés, aussi subtils que ceux observés au cours des psychoses ; celles-ci sont en rapport avec des perturbations du dynamisme sous l’influence de troubles irritatifs et non sous l’influence de lésions destructives localisées.

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