‹ Toi Et MoiChapitre 20 sur 30 · STÉRÉOSCOPE · texte numérisé non relu

STÉRÉOSCOPE

Je ne veux pas les voir. Emporte ces clichés

où tient, dis-tu, notre voyage et son histoire.

Mes souvenirs sont bien plus beaux dans ma mémoire.

Tu les éloignerais, voulant les rapprocher.

Emporte ces clichés où tout meurt et s'étrique,

où le passé charmant apparaît dépouillé

'de sa couleur, de son parfum, de sa musique

tandis qu*un détail bête y revit tout entier

avec une importance irritante et cruelle,

Ma mémoire est plus fidèle

qui sait si bien oublier.

Elle a sans doute un peu brouillé

l-es lignes, défait ks contours,

estompé les décors qui restent imprécis..^

Mais au souvenir réussi

elle a laissé son goût d'amour.

Elle conserve notes bonbeuTs

et me les tend au moindre appôl,

avec leur 3ouceûr, leur saveur,

avec la hauteur de leur ciel.

Je n'ai qu'à les lui demander,

les heures que je veux revivre.'

Elle a tout gardé, tout gardé :

râpre odeur qui nous laissait ivres

de ce bois de pins sur la mer ;

le goût de vent et de grand air

qu*avaient nos baisers sur les dunes ;

le village, le carrefour

des chemins où l'on s'est un jour

tant disputé, notre rancune,

notre interminable retour,

et comme je te querellais

d'être si froide et si brutale,

tout ce temps que tu mis exprès

à choisir des cartes postales,. •

et puis les pleurs et le pardon,..

et l'église, et notre maison,

et nos cour&es à bicyclette,

quand nous fleurissions nos guidons

de chèvrefeuille.-, et tout, nos fêtes,

nos chansons, nos larmes, nos cris,

notre nature, nos jours gris

et nos belles journées parfaites.

elle me les ren'd paîpîtants avec Tair qui les enveloppe...

Penses-tu qu'il en tienne autant au fond de ton stéréoscope !

Tu ne trouves donc pas que c'est triste à mourir ce blanc, ce noir, ces traits précis et décevants, cercueils exacts où le passé fut pris vivant, mais tenu si serré qu'on ne peut l'en sortir I... Tu montreras à nos amis ces sarcophages où des moments de nous sont ainsi prisonniers. Ils s'émerveilleront : « C'était grand, votre plage I C'était beau, ce pays 1 Quels arbres vous aviez I Vraiment vous viviez seuls dans ce petit village?... » Puis ils riront d'un geste un peu gauche que j'eus... 'Amuse-toi. Fais-leur vivre notre voyage.

Mais moi, ces chers endroits, ces murs qui m'ont tant plu, ces cadres où tu mis tes différents visages, cie me les montre pas : je ne les verrais plus. J'ai des images mlerveilleu^s Wans ma tête,-

et tous ces documents ne m'en laisseraient rien. Le Souvenir est un poète.

N'en fais pas ^n historien.

MÉDITATION

XXÎI

MÉDITATION

Quoîqu*on aîrae «et soufïre ensemble,

tous les deux,

au fond l'on n-e se ressenablo

que bien peu.

Il suffit d'une querelle

même înflme.

poar qu'entre nous se révèlent

des abîmes I

On croit qu'on est éperdu

de tendresse,

mais dès qu'il ne s'agit plus

de caresses,

on ne se comprend en somme

qu'à demi...

Sî tu étais un homme,

serions-nous des amis ?

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