L'ERMITE
Tolstoï donnait souvent des leçons aux enfants des paysans. Il leur racontait des histoires tirées de l'Evangile et les leur faisait répéter. Le but de l'auteur était d'instituer un (( Cours de lecture » à leur usage. Il ne pouvait, parfois, faire ce cours sans avoir les larmes aux yeux ; il répétait souvent :
— Les enfants viennent pour s'instruire et moi je m'instruis avec eux...
Nous assistâmes, quelques amis et moi, en mars 1901, à une de ces leçons. Pour ne pas troubler les jeunes auditeurs, nous nous plaçâmes dans une chambre contiguë à la salle d'école, dont Tolstoï laissa la porte entre-
baillée. Après avoir lu un passage de l'Evangile, il se mit à raconter une légende qui en illustrait le sens :
(( Il y avait une fois, dans le désert, un ermite qui passait tout son temps à prier. Un jour, il alla trouver son supérieur, un ermite plus saint encore, et lui demanda ce qu'il pourrait bien faire pour croître en mérite aux yeux de Dieu. Son directeur l'envoya au village voisin, chez les paysans qui lui fournissaient des vivres...
— Va chez eux! dit le vieillard. Rcstcs-y une journée; peut-être y apprendras-tu quelque chose...
L'ermite obéit ; il vit dans le village un paysan qui, s'étant levé, murmura : « Mon Dieu!» et se rendit au travail. Le paysan besogna aux champs jusqu'au soir; en rentrant il murmura encore : u Mon Dieu ! » et se coucha au plus vite.
L'ermite revint chez son supérieur et dit: