QUE VOS DESCENDANTS
neurs ? ïu en es comblé ! La richesse ? Tu possèdes de grands biens. Une famille nombreuse.»^ Tu as le bonheur d'en avoir une. Mon vœu est donc que tous tes descendants te ressemblent, »
— A nos contemporains prêchant l'assassinat et la violence, ajouta le comte, je ne puis, à l'occasion du nouvel an, que présenter un souhait contraire : <( Que vos descendants ne vous ressemblent pas ! Dieu les en garde ! »
L'ANNR ERSAIRE DE TOLSTOÏ
Le jour où il eût 80 ans, le 28 août 1908, Tolstoï se leva radieux. Durant toute la matinée, il rit et plaisanta. Puis, il parla de sa vie passée.
— Quand j'étais jeune, je me disais :
(( Est-il possible que j'atteigne ma quatrevingtième année .^ » Il me semblait alors que je serais un vieillard caduc, édenté, qui saurait tout ce qu'un homme peut savoir. Aujourd'hui, j'ai 80 ans et je sens que la vérité commence à peine à luire pour moi. Il me faudrait chercher encore bien longtemps et progresser sans cesse, peut-être me faudraitil encore vivre 80 ans pour savoir ce que je voudrais connaître.
Le soir, comme d'habitude, le maître parla de l'Evangile.
— Jadis, nous dit-il, certains passages me paraissaient obscurs. « Aimez Dieu et votre prochain! » Quel Dieu? le Dieu personnel.»* Mais comment puis-je l'aimer, je ne le connais pas. Aujourd'hui ces paroles sont si claires pour moi que je suis étonné de ne pas les avoir comprises plus tôt. Le Dieu qu'il faut aimer n'est pas un Dieu extérieur à nous, c'est celui qui se trouve en notre cœur, dans le cœur des hommes et des animaux, dans le monde entier. Lorsque nous aimerons ce Dieu, nous aimerons notre prochain et tout l'univers. D'autres phrases de l'Evangile me parurent non moins étranges. Ainsi : (( Aime ceux qui te haïssent ». ('omment puis-jc aimer un homme capable de haïr;' Ne dois-jc pas plutôt me détourner de luii* Sans doute, mais pas du Dieu qui est en lui, en moi, en tous. Je ne dois me détourner que du Dieu mauvais qui est dans son âme. On dit encore : « L'homme porte en son cœur une parcelle