LIVRE VI, CHAPITRE V. 2!i
tern, et les environs mêmes, seraient désormais interdits à Tom, sous peine d'être banni pour jamais de chez son bienfaiteur, fjiii se chargea de le réprimander de manière à ne rien laisser craindre de sa conduite à l'avenir.
M. Western, content de M. Alworthy, e* envisageant le triste Blifil, que la surprise et la rage avaient jusqucr-là rendu muet, lui jura cjix fois en l'embrassant qu'il n'aurait jamais d'autre gendre que lui , et retourna à son château plus vite encore qu'il n'en était venu, dans la crainte de ce qui pouvait s'y passer pendant son absence.
Après le départ de M. AVestern, M. Alworthy, qui voyait son neveu rêver et soupirer profondément, lui demanda avec bonté à quoi il se déterminait.
Hélas ! Monsieur, lui répondit Blifil, peuton douter du parti que doit prendre un amant, quand la raison et la passion lui montrent chacune un chemin contraire ? La raison veut que je quitte une femme dont le cœur est épris pour un autre ; et la passion me flatte que le temps et mes soins pourront
la mieux disposer en ma faveur. Je sens^ d'un autre côté , l'injustice de vouloir supplanter quelqu'un dans un cœur qu'il pandt posséder; mais la résolution déterminée de M. Western me fait en même temps sentir qu'en disputant ce cœur, je puis faire le bien de toutes les parties, non-seulement celui des parens, mais encore celui des amans mêmes, dont la. perte est infaillible si jamais ils sont époux. La fille, et j'en suis bien certain, serait perdue .sans ressource, puisque, indépendamment de la ruine de sa' fortune, et d'une alliance à tous égards déshonorante, elle aurait encore ta douleur de voir dissiper le peu de bien que M. Western n'aurait pu se dispenser de lui donner... Ah! mon cher oncle , si comme moi vous connaissiez bien Tom ! si vous saviez ce que j'ai cru devoir vous taire !.... Quoi donc ( interrompit M. Alworthy) ? qu'a-t-il encore faitde nouveau ? Parlez, je vous l'ordonne. Non^ Monsieur, répliqua Blifil; oublions le passé: il peut s'en être repenti.
Je vous ordonne, encore un coup, dit M. Alworthy, de ne me rien cacher»