‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 78 sur 140 · LIVRE XVÏir. I<)D · texte numérisé non relu

LIVRE XVÏir. I<)D

reconnaissant des anciens services que M. Jones lui avait rendus.

Le pauvre garçon eut donc bien de la peine à retenir ses larmes. Il dit à Jones qu'il était extrêmement sensible à ses malheurs, et le pria de réfléchir s'il ne pourrait pas lui être de quelque utilité. «< Peut-être, monsieur, ajoutat-il, pourriez-vous avoir besoin de quelque argent en cette circonstance; en ce cas, monsieur, le peu que j'ai est de tout mon cœur à votre service. »

Jones lui serra la main très-cordialement, et le remercia mille fois de l'offre obligeante qu'il venait de lui faire, mais il lui répondit (ju'il n'en avait aucunement besoin. George le jiressa plus vivement encore d'accepter ses services. Jones lui renouvela ses remercîments , en l'assurant qu'il navait besoin de rien de ce qui élait au pouvoir d'aucun homme vivant. « Allons, allons, mon bon maître, répondit George, ne prenez pas cette affaire tant à cœur ; les choses peuvent tourner mieux que vous ne croyez. Vous n'êtes sûrement pas le premier gentilhomme qui ait lue un homme et qui s'en

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soit bien tiré. — Vous êtes loin d'être au lait, Geor^'e, dit Partridge, le gentilhomme n'est pas mort , et probablement ne mourra pas. Ne troublez pas mon maître en ce moment, car relativement à ce qui le tourmente, il n'est pas eu votre pouvoir de lui rendre le moindre se] vice. — Yous ne savez pas ce que je suis capable de faire, M. Partridge, répondit George; si son chagrin a rapport à ma jeune maîtresse,

j'ai des nouvelles à dire à votre maître —

Que dites-vous, George? s'écria Jones: est-il arrivé quelque chose de nouveau en quoi ma Sophie soit intéressée? Ma Sophie! comment un misérable comme moi ose-t-il ainsi profaner son nom! — J'espère qu'elle sera encore votre Sophie, répondit George.... Oui, monsieur, j'ai quelque chose à vous dire qui la concerne. Madame Wesleiu vientde ramener madame Sophie à la maison , et il y a eu un terrible tapage. Je n'ai pas bien pu savoir quelle en était la cause ; mais mon maître était dans la plus violente colère, ainsi que madame Western, à qui j'ai entendu dire en sortant pour remouler dans sa chaise à porteurs, ([u'elle ue remettrai'

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phis le pied dans la maison de mou maître. Je ne sais pas ce dont il s'agit, mais tout était fort tranquille quand je suis sorti; et Robin qui servait à souper, m'a dit qu'il n'avait jamais vu M. Western de si bonne humeur avec notre jeune dame; qu'il l'avait embrassée plusieurs fois , en jurant qu'elle ferait de lui tout ce qu'elle voudrait, et qu'il ne penserait plus jamais à l'enfermer. J'ai cru que cette nouvelle vous ferait plaisir, et en conséquence, quoiqu'il fût bien tard, je me suis échappé pour vous en instruire. » M. Joncs assura George que cette nouvelle lui faisait le plus grand plaisir; car, bien qu'il n'osât plus penser à lever les yeux jusqu'à l'incomparable Sophie, rien ne pouvait plus adoucir son malheur, si ce n'était la pensée qu'elle était heureuse. »

Le reste de la conversation de Black George n'est pas assez important pour être rapporté ici. Le lecteur voudra donc bien nous pardonner cette brusque interruption, et sera sans doute bien aise d'apprendre ce qui avait donné lieu à cet accès de bonté du Squire envers sa fille.

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Mistress Western , en mettant le pied dans l'appartement de son frère, comnieoça par vanter le grand honneur et les grands avantages qui résulteraient pour la famille de l'union ■de Sophie avec lord Fellamar, union que sa nièce avait absolument refusée. Le Squire ayant pris le parti de sa fille , et approuvé son refus, mistress Western se mit sur-le-champ dans une violente rolère, iirila et provoqua son frère, au point qu'il ne put se contenir plus longtemps, et que sa prudence accoutumée Fabaudouna. Il y eut alors entre eu\ un combat de paroles extrêmement animé. Ce fut dans le fort de la bataille que mistress Western sortit: ce (jui fit qu'elle n'eut pas le temps de parler à son frère de la lettre que Sophie avait reçue, et qui aurait probablement produit un mauvais effet; mais, à dire vrai, je crois qu'elle ne s'en souvint pas alors.

Dès que mistress Western fut sortie , Sophie, cpii avait jusque-là gardé le silence, autant, je crois, par nécessité que par goût, se montra reconnaissante envers sou père de ce (ju'il avait pris son parti contre sa tante, en

prenant à son tour le parii de son père couler elle. C'élail la première fois que cela lui arrivait : ce qui plut iuiiuimenl à M. Western. Il se rappela encore que M. Allworthy avait exigé qu'on renonçât absolument à tonte mesure violente; et comme il ne faisait pas d'ailleurs le moindre doute que Jones ne fût pendu , il n'en faisait pas davantage qu'il ne dût réussir auprès de sa fille par des moyens doux. 11 donna donc encore une fois carrière à toute la tendresse qu'il avait pour elle, ce qui produisit un tel effet sur le creur soumis, reconnaissant et aimant de Sophie, que sans la parole d'honnein* qu'elle avait donnée à Jones, sans quelque chose encore peut-être oiî il pouvait bien être intéressé, je doute fort si, pour obliger sou père, elle ne se serait jjas sacrifiée à l'homme qu'elle n'aimait pas. Elle lui promit cependant qu'elle ferait la principale afl'aire de sa vie de lui plaire, et ne se marierait jamais sans son consentement ; ce qui rendit le biave Squire si heureux pour le moment, qu'il résolut de boire une bouteille de plus qu'à l'ordinaire, et se coucha complètement ivre.

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