TOMBEAU DE GEORGES D 'AM BOISE
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« S’il plaît à Messieurs du chapitre, ils feront mettre mon corps devant Nostre-Dame, en la grande chapelle, où sont enterrés mes prédécesseurs ; et, pour faire ma tombe, je ordonne deux mille écus au soleil, et je entends qu’elle soit de marbre. » ( Testament de Georges d’Amboise).
« Memento Georgii de Ambasiâ archiepiscopi. »
( Testament de Georges d’Amboise II).
ans le tombeau que nous venons de décrire se fait remarquer le premier passage du style gothique 1 au style dit de la Renaissance ; c’est un mélange des deux architectures. Ici, il a presque entièrement disparu ; l’ancienne architecture a fait place à la nouvelle ; mais, comme dans les temps d’essai et de transition, la main de l’artiste s’est montrée timide et embarrassée. On sent que les souvenirs de l’ancienne école le poursuivaient encore. Aussi, malgré la richesse extraordinaire de ce mausolée, malgré le fini de son exécution, le cède-t-il, peut-être, sous le rapport du style, aux deux tombeaux placés en regard et qui décorent avec lui la chapelle de la Vierge. Qu’on ne croie pas toutefois que nous cherchions à affaiblir le mérite de ce morceau d’architecture, un des plus remarquables de ceux que nous ait légués cette époque du xvie siècle, où les arts se réveillèrent avec tant d’éclat. Son admirable conservation, la rareté de monuments du même genre, lui donnent encore un nouveau prix aux yeux des amis des arts. Il n’existe certainement pas en France un tombeau de la même époque qui, sous le rapport de la richesse et du travail, puisse rivaliser avec lui. Je passe à sa description.
2 Nous nous servons du mot rjothique, pour nous conformer à l'usage reçu, mais sans y attacher, bien entendu, l'importance qu’on voudrait lui donner.
Entre deux piliers latéraux, s’étend un vaste soubassement orné de pilastres et de niches avec statuettes. Il supporte une table de marbre noir, sur laquelle les deux figures principales sont représentées à genoux, de grandeur un peu au-dessus de nature. Ces figures se détachent sur un fond richement décoré de caissons et de sculptures. Une espèce de dais en voussure s’élève au-dessus de la tète des deux prélats. Il est couronné par un entablement que surmonte un attique chargé de tourelles et de corbeilles en clochetons ; le tout accompagné de figurines. (PI. X).
Tel est l’ensemble de la composition de ce tombeau, qui présente un développement de 6 mètres en largeur sur 8 mètres de hauteur environ. Toutes les richesses de la sculpture ont été prodiguées pour l’embellir. On dirait qu’elle a pris à tâche de ne point laisser une place où le ciseau ne se soit arrêté. Elle y a jeté, comme à plaisir, toutes ses profusions, tous ses caprices.
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Cette partie, qui forme le sarcophage dû tombeau, repose sur une première assise de pierre, de 19 centimètres de hauteur. Au-dessus règne une assise de marbre noir; tout le reste est de marbre blanc. Sept pilastres, couverts d’arabesques et couronnés d’une console en forme de chapiteau, divisent l’entablement par portions égales. Entre les sept pilastres s’arrondissent six niches, où sont assises, sur autant de fûts, six charmantes statuettes, représentant, par allusion à l’hôte du tombeau, les vertus théologales, ainsi que l’indiquent les inscriptions latines, gravées en lettres d’or, qui sont superposées : ce sont, en commençant par la gauche, la Foi, la Charité, la Prudence, la Tempérance, la Force d’âme, la Justice. 11 manque l’Espérance, à laquelle la place a fait défaut, pour compléter les sept vertus théologales.
lre Statue. — Fides, la Foi.
Elle tient un livre dans la main droite, un calice dans la main gauche. Cette délicieuse figure porte le riche costume du commencement du xvie siècle : sa tête est couverte de la mante.
2e Statue. — Caritas, la Charité.
Les attributs de cette figure ont été brisés, mais on voit, par ce qui en reste, qu’elle portait une croix, d'une main, et un cœur, de l’autre. Il faut remarquer sa coiffure à réseau, scs boucles d’oreilles à roue, avec une grosse perle pendante au milieu, et sa ceinture ornée de perles enchaînées.
Le style de cette figure est un peu maniéré.
DE GEORGES d’âMBOISE.
3e Statue. — Prudentia, la Prudence.
Charmante statue. Le moelleux de la chevelure est surtout remarquable. Manches à crevés, manteau retenu par un cordon sur la poitrine, robe coupée carrément par devant. Attributs : flambeau dans la main droite, compas dans la main gauche.
4e ^trttnc. — Temperencia, la Tempérance.
Elle tient une horloge de la main gauche % dans la droite, par allégorie, un frein. Son front est ceint d’un riche bandeau orné de perles. La tête et la poitrine sont couvertes. Il faut admirer le travail de la tunique.
5e Statue. — Fortitudo, la Force d’ame.
Elle est représentée sous la figure d’un guerrier casqué et cuirassé, qui saisit par le cou un dragon, qu’il arrache du fort où il s’est réfugié2. C’est l’image du triomphe de la vertu sur le vice.
6e Statue. — Justîcia, la Justice.
Cette jolie statue rappelle, pour le faire et pour le costume, la troisième, celle de la Prudence. Elle soutient, d’une main, le livre de la loi, sur lequel est tracée une balance ; elle porte le glaive nu de l’autre main.
Toutes ces figures se font remarquer par le fini et l’élégance, la délicatesse du travail ; quelques-unes, par la grâce et la pureté du dessin. Elles sont en beau marbre blanc.
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Au-dessus de l’entablement, et portée par les consoles de ses pilastres, s’étend la tablette du tombeau. Elle est en marbre noir et de deux morceaux, qui ont chacun lm,60 de long sur lm,14 de large, et 0m,19 environ d’épaisseur. Sur la tranche est gravée, en lettres d’or, une inscription de quatre vers latins, formant une seule ligne, dont les mots sont séparés entre eux par un point.
‘ Le cadran de cette horloge est divisé en vingt-quatre heures, suivant l’usage de l'époque.
1 On retrouve cette figure allégorique sur le tombeau de François II, duc de Bretagne, à l’église des Carmes de Nantes. On y voit également la Tempérance avec l’horloge et le frein; la Justice portant l’épée et le livre avec les balances, et la Prudence armée du compas. Ces quatre figures occupent, debout, les quatre coins du mausolée. Lobineau, dans son Histoire de Bretagne (t. I, p. 831), nous apprend qu'on travaillait à ce tombeau en 1507.
TOMBEAU
PASTOR- ERAM • CLERI • POPVLI- PATER- AVREA- SESE- L1LIA • SVBDEBANT - QYERCVS • ET- IPSA- MICHI- MORTVVS • EN -JACEO- MORTE EXTINGVYNTYR • HONORES- AT- VIRTVS • MÛRTIS • NESCIA- MORTE- YIRET •
« J’étais le pasteur du clergé, le père du peuple. Les lys d’or, le chêne lui-même m’étaient soumis *. Voici que je suis étendu mort. Les honneurs s’éteignent avec la mort, mais la vertu ne connaît pas la mort et fleurit avec elle. »
Du temps des historiographes, Dom Pommeraye et Farin, on voyait deux autres inscriptions sur le tombeau, sans qu’il soit trop possible d’assigner aujourd’hui la place qu’elles y occupaient * .
La première, également en vers latins, qui ne manque pas d’une certaine originalité, est sous forme de dialogue entre un voyageur et la France 3 :
Viator.
QUID TUMULUS? QUID Pl’LLA VOLUNT ALTARIA ? QUIDVE, GALLIA, FUNEBRES INDUIS ALMA TOGAS ?
Gallia.