‹ TonadillasChapitre 12 sur 25 · I.K POSTILLON · texte numérisé non relu

I.K POSTILLON

Dans celui-ci. . . le séminaire de Conflans. . . J'y ai une connaissance, le neveu à Jean- Louis le grainetier, qui vientd'y entrer. Logé, nourri et rien à faire... c'est un meilleur étal que celui de postillon.

EDMOND , sans l'écouter et regardant sa montre.

Je n'y conçois rien , il faut que ma montre soit arrêtée. . . Postillon quelle heure est-il ?

LE POSTILLON

Parbleu ! v'ià trois fois que vous me le demandez... le quart sonne, et tenez, v'ià les corbeaux qui sortent... C'est le séminaire qui se rend à matines ou à quelque chose comme ça. ( Parlant à son cheval. ) Ohé! ohél petit gris..., sacredié , veux-tu te tenir?... il a toujours peur quand il les voit. Otez donc vot' chapeau, not' bourgeois.

Et pourquoi donc?... devant le neveu à Jean-Louis le grainetier?

C'est égal, je l'y ôle toujours. Hein! en v'ià-t'il?... sont-ils gros et gras! tous jeunes gens! quels beaux soldats ça aurait fait pour Alger.

edmond , regardant du côlé de Paris.

Je crois que j'aperçois un fiacre oui,

vraiment. Dieu! qu'il va lentement.

LE POSTILLON

C'est son état , comme le nôtre est de courir la poste : chacun le sien. Mais dites donc monsieur , est-ce que vous comptez que je vais rester ici en faction jusqu'à ce soir ?

EDMOND

Je t'ai dit que je te paierais une poste de plus.

LE POSTILLON

C'est différent.

EDMOND

Le fiacre approche. . . je ne me trompe pas. . . je l'ai aperçue; c'est elle. ( Courant au-devant de la voilure qu'il va oucrir. ) Mathilde, JVJathilde , c'est bien vous? ( L'aidant à descendre. ) Ne craignez rien , ne tremblez pas ainsi.

MATHILDE

Soutenez-moi, je n'ai pas la force de marcher.

EDMOND

Quelle pâleur! qu'avez-vous?

ma ni il. ni:.

Je me sens mourir. ( Apercevant la Madone qui est au bord de la route. ) Mon Dieu! mon Dieu! protégez-moi. Edmond , je suis venue parce que je vous l'avais promis , et pour ne pas manquer à ma parole... maintenant laissez-moi retourner à Paris.

EDMOND

Renoncer à vous! Jamais.

M AT H IL DE

J'ai mal fait , le ciel m'en punira ; je ne dois pas vous suivre.

EDMOND

Et comment faire maintenant? Comment pourriez-vous rentrer à l'hôtel? Le sort en est jeté; fiez-vous à moi et à mon amour. Ma calèche est là qui nous attend , et dans

quelques heures nous serons à l'abri des poursuites.

MATHILDK.

Vous croyez donc qu'on peut nous poursuivre , que quelque danger nous menace.

Moi, du moins.

EDMOND

MATIIILDK.

Ah ! venez alors , venez ; plutôt me perdre que de vous exposer.

EDMOND

Combien je suis heureux! ( // la soutient jusqu'à la calèche, l'aide à y monter, s'y clanrr après elle. ) Postillon , partez!

LE HJST1LL0N.

Oui, monsieur. ( A son cheval. ) En route , p'tit gris!

( Il fait claquer son fouet , la calèche part au grand galop. Mathilde , la tête cachée dans son mouchoir, reste quelque temps sans rien dire.)

Mathilde , vous êtes à moi , rien ne peut plus nous séparer! Pourquoi pleurer ainsi? vous n'êtes pas raisonnable.

MATHILDE

Jamais mon père ne me pardonnera.

EDMOND

Et pourquoi donc ? il est si bon , il vous aime ; et quand nous serons arrivés en Italie, quand nous y serons mariés , il oubliera tout. Je n'ai pas son immense fortune , il est vrai ;

mais j'ai un nom , de la naissance , et j'ai tant d'amour pour vous.

HATHILDE.

Ah l sans cela, Edmond, croyez-vous que jamais j'aurais pu me décider à une pareille démarche ?

EDMOND

Il le fallait, ou vous m'étiez ravie. Votre tante vous entraînait loin de la capitale , dans sa terre près de Lyon , et là sans doute un autre mariage...

MATHILDB.

Jamais je n'y aurais consenti. Vous ne me connaissez pas ; je n'ai que seize ans , mais j'ai du caractère ; et les sermens que j'ai faits , je les tiendrai jusqu'au tombeau.

C'est comme moi : vivre et mourir avec vous !

uàtuildEj avec eçcaltation.

Toujours, n'est-il pas vrai?

EDMOND

Toujours.

le postillon , s' arrêtant , faisant claquer son fouet.

Ohé! ohé! deux chevaux et les harnais.

( Descendant de cheval. ) J'espère mon bourgeois, que je vous ai mené bon train.

MVTHILOE.

Où sommes-nous ?

LE POSTILLON

A Gharenton... La première poste. ( Otant son chapeau. ) Vous savez, mon bourgeois , qu'il y a poste royale.

2fifi

EDMOND

Certainement. Voilà pour toi , et dis qu'on se dépêche.

Diable! cent sous de guides... Le bourgeois est généreux.

edmond, à demi-voix.

Et sois discret.

le postillon.

Oui , monseigneur. (A Vautre postillon qu met ses bottes. ) Allons, Théophile , allons feignant, un peu d'intensité! ( A demi-voix. J C'est un prince étranger qui enlève la fille d'un banquier.

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