‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 11 sur 72 · LE VIATIQUE · texte numérisé non relu

LE VIATIQUE

On causait chez Lozet.

—Oui, disait le pilote, Depuis longtemps déjà l’océan me ballotte, Une idée autrefois vint hanter mon cerveau :

Voyager ; voir le monde et chercher du nouveau. Je partis. J’étais seul. Ma jeune et douce femme Venait de rendre à Dieu, dans un cri, sa belle âme. Je dis que j'étais seul, non; j’avais une enfant Qu'elle m’avait donnée, hélas ! en s’en allant,

Un cheval galopait sur la route nacrée.

Dans l’air froid de la nuit la clochette sacrée Fit entendre soudain ses tristes tintements :

Un mourant demandait les derniers sacrements.

Chacun reste muet de surprise. On écoute

Le galop dn cheval qui dévore la route.

—Le bon Dieu! le bon Dieu! Vite, prosternons-nous,

Clame Jean.

Tous alors se jettent à genoux

Et jusque sur le sol courbent leur front rustique.

—Mais à qui porte-t-on le sacré Viatique ?

Demande le vieillard d’une inquiète voix.

Un des causeurs répond :

—Je cherche mais ne vois, Car le curé n’a pas, aux grand’s messes dernières,

Recommandé, bien sûr, de malade aux prières.

—Un crime! un attentat! gémit François Ruzard

Qui rentrait tout à coup et comme par hasard.

Alors ce fut le bruit de l’essaim qui bourdonne

—Qu’est-ce donc ? disait-on effrayés.

Lui :

—Je donne

Comme je l’ai compris le récit du forfait.

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