‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 50 sur 72 · RER · texte numérisé non relu

RER

—Ce signal est celui d’un ami, colonel ; J’en jure devant toi mon salut éternel, J’ai gagné l’un des chefs.

—Cela me semble étrange ;

C’est un récit menteur que ton esprit arrange.

Et l’espion reprit, sans paraître agité :

—Mais si les paysans sous ce toit redouté, O Chef, avait voulu tout à coup te surprendre,

T’auraient-ils indiqué par un signe où les prendre ?

Il n’avait pas fini que, souple comme un daim, En des sentiers déserts il s’élance soudain.

Le commandant anglais reste cloué sur place :

Tant de duplicité l’épou vante, le glace.

Et voilà qu’un éclair resplendit aussitôt.

Le vaillant bataillon qui marchait à l’assaut S’arrête de terreur et retourne en arrière... Il essuyait le feu d’une bande guerrière,

Et les troupiers tombaient comme les pins coupés.

Dans les châssis béants les paysans groupés Font ensemble pleuvoir un mortel projectile.

La valeur de ces 'preux rend le nombre‘inutile.

Gore sent dans son cœur la colère monter.

Il s’écrie :

— En avant! Allez-vous lea compter Ces habitants maudits, ces rebelles, ces traîtres ? durs De leur faible repair, soldats, rendez-vous maîtres!

Du sang à vos Mmousquets, à vos fronts des lauriers !

Et ce sauvage appel fait rugir les guerriers. Mais la foudre répond au toit qu’on escalade. Cent soldats sont atteints par un feu d’enfilade, Et les autres, alors, pour reformer leur rang,

—. Les foulent sous leurs pieds et marchent dans leur sang.

Gore était interdit. De Ja maison funeste Un homme aux cheveux plats l’appelait par un geste. Et c’était l’espion.

—Guerriers, point de merci,

Tuez, s’écria-t-i], le monst*e que voici !

— Amis, dit le héros qui cloua la bannière, Il faudrait ne pas perdre une chance dernière :

Quinze hommes, comme moi résolus à mourir, A la distillerie oseraient-ils courir Pour harceler l’anglais ?.. Mais les dangers sont graves.

Il partit aussitôt avec les quinze braves.

Ils allaient s’éloignant des maisons, des chemins, Passant sans bruit, courbés, s’appuyant sur les mains

Pour ne pas être vus des ennemis barbares.

Or, les bruyants clairons qui sonnaient les fanfares, Et les hennissements du rapide coursier,

Le canon qui tonnait, les éclairs de l’acier,

Les plaintes des mourants et les rages croissantes Donnaient à ces tableaux des horreurs saisissantes,

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Cependant il fallait vaincre ces habitants.

Gore appelle Markham.

—Déloge, il en est temps, Déloge, lui dit-il, mon brave capitaine, Ces rustres qui sont là peut-être une centaine.

Prends avec toi, Markham, des soldats valeureux ;

Que le combat soit court, l’exemple rigoureux |!

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Animant de la voix ses troupiers en furie, Markham s’élance alors vers Ja distillerie.

Ceux qui sont au dedans, en le voyant venir, Lèvent la main au ciel et jurent de tenir, Malgré leur peu d’espoir et leur force inégale, Jusqu'à la dernière heure, à la dernière balle ; Ils jurent de lutter, s’il n’est point de Judas, Jusqu’à la sainte mort du dernier des soldats.

Leur chef, dans son audace, entr’ouvre une fenêtre Et crie à Markham :

— Viens, et tu vas nous connaître.

Il arme son fusil; il vise de sang froid, Et le bouillant Markham est atteint au bras droit.

On voit ce commandant faire un geste suprême Et tomber sur le sol. Le désordre est extrême. Les soldats d’Albion, surpris, épouvantés, Rejettent leurs fusils pour fuir de tous côtés. Albion restait là vaincue et stupéfaite.

Et ses clairons pleuraiéht en sonnant la défaite.

Comme le vent qui passe écrase les roseaux,

Comme un vaisseau trop plein s’enfonce sous les eaux,

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Nos défenseurs, un jour, s’affaissèrent dans l’ombre, Pas vaincus, écrasés par la force et le nombre. La liberté sortit de leur humble cercueil :

Ils furent notre espoir, ils seront notre orgueil.

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