‹ Tonkourou. Nouv. éd. de Les vengeancesChapitre 13 sur 51 · LA MESSE DES MORTS · texte numérisé non relu

LA MESSE DES MORTS

Tu veux, qui ne le sait, ô charité chrétienne ? Que le culte des morts à jamais s'entretienne ; Tu nous dis de prier souvent sur les tombeaux, De brûler des encens, de porter des flambeaux Qui sont l'emblème heureux de la vie éternelle ; De cultiver toujours cette amour fraternelle Qui nous tenait unis à ceux qui ne sont plus ; Et nous mêlons nos voix à celles des élus, Pour bénir du Seigneur où notre espoir se fonde La justice éclatante et la bonté profonde.

Un matin le clocher jeta de longs sanglots.

Les trois cloches d'airain pleuraient comme des flots

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Que rejette le vent pur la plage sonore ;

Puis elles se taisaient pour commencer encore.

Et les autels dorés étaient tendus de noir,

Et les chastes parfums montaient de l'encensoir.

Sur les voiles de deuil jetant leur flamme pâle,

Douze cierges semblaient autant de clous d'opale.

Des clercs en surplis blancs environnaient la croix ;

L'orgue mystérieux faisait gronder ses voix ;

Les chantres alternaient, disant leur strophe sainte,

Et des gens de partout comblaient l'auguste enceinte.

Au milieu de la Foule étaient les mariniers.

On priait pour leurs morts. De ses propres deniers

La mère Jean Lozet, fidèle à sa promesse,

Leur faisait, ce jour-là, chanter une grand'messe.

Le curé ne pouvait bannir de ses esprits,

Sans trouble ou sans remords, ce qu'il avait appris

De la douce Louise et du beau capitaine.

Il savait la vertu bien souvent incertaine,

Mais il ne jugeait pas sur un vague motif. '"Aux besoins de son peuple il était attentif.

TONKOUROU Tl

Faire aimer le Seigneur, c'était sa politique.

Son peuple n'avait point, dans son bon sens rustique,

La sotte vanité qui s'épand en maint lieu,

De se croire assez fort pour se passer de Dieu.

Quand des cloches d'airain les tintements finirent, Que les cierges bénis tour à tour s'éteignirent. Comme les astres d'or au fond du firmament, La foule des chrétiens s'éloigna lentement, Fléchissant le genou devant l'Eucharistie.

Alors le père Jean vint à la sacristie. Le curé l'attendait. Il voulait lui parler De ces bruits scandaleux qu'on faisait circuler. Ils causèrent longtemps, et Jean dit :

— Cette intrigue, Plus que vous ne pensez,messire, me fatigue. Merci de vos conseils ; ils étaient désirés. Je ferai désormais ce que vous prescrirez.

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