‹ Tonkourou. Nouv. éd. de Les vengeancesChapitre 25 sur 51 · PAPINEAU · texte numérisé non relu

PAPINEAU

Portant comme une croix un joug haï, sévère,

Un peuple, en ces temps-là, montait sur le calvaire,

Un peuple jeune et bon. Il aimait, ce blessé,

La France qui l'avait lâchement délaissé.

Et le vainqueur, jaloux, lui prêtant mille crimes,

Rivait d'infâmes fers à ses mains magnanimes.

Et ce peuple martyr, sous l'inique pouvoir Souffrait toujours, toujours ! Il n'espérait plus voir Le Dieu des nations doucement lui sourire. N'allait-on pas aussi le chasser, le proscrire Comme l'on fit un jour du pauvre Acadien ? Il avait un bourreau, pas d'ange gardien.

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Et toujours s'élevait de la terre et de l'onde Un long gémissement, une plainte profonde ! Le ruisseau qui courait dans le fertile pré, Les insectes, les fleurs au corsage empourpré, Les arbres qui voilaient la route solitaire, Les épis aux grains d'or repliés vers la terre, La brise du midi, le papillon mutin, Le nid qui gazouillait au réveil du matin, Tout semblait prendre part à la douleur immense De ce peuple écrasé par l'orgueil en démence ; Tout priait avec lui, tout avec lui pleurait, Et le lien fatal chaque jour se serrait.

Mais soudain une voix s'élève et nous étonne. Elle va retentir comme un canon qui tonne, Et les glaives rouilles sortiront du fourreau.

Un homme s'est dressé sous le fouet du bourreau Il est rempli d'amour pour le peuple qui souffre ; Il voudrait le voir libre; il lui montre le gouffre

TONKOCROU

Où l'ont précipité ses guides maladroite.

H l'éveille ; il l'instruit de ses immortels droits.

Il flétrit des torys la politique louche.

Et les brillants discours jaillissent de sa bouche

Ainsi que des volcans jaillit la lave d'or.

Il monte, il plane haut comme un vol de condor.

Il ressemble au torrent que nul effort n'arrête.

Et le peuple s'émeut. Tl relève la tête ; Il sent qu'il n'est pas fait pour croupir dans les fers ; Qu'il doit avoir sa place en ce libre univers. Assez longs ont été les jours de la souffrance. Depuis qu'il ne voit plus l'étendard de la France Un morne désespoir étreint son pauvre cœur.

O Papineau, ton nom, comme un aigle vainqueur.

Plane majestueux sur ta jeune patrie!

Il porte l'espérance à son âme flétrie

Par le joug écrasant d'un maître sans pitié !

L'anglais l'appelle : haine, et les tiens : amitié.

Il n'est pas la vengeance, il est le pardon noble;

Il fait rugir d'effroi la politique ignoble

De ces ambitieux, sanguinaires troupeaux,

Qui viennent sur nos bords déchirer nos drapeaux

Et nous chasser aussi de notre humble chaumière I

O Papineau, ton,nom, c'est comme une lumière

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Qui noue montre de loin le chemin de l'honneur ! C'est l'étendard qui porte en ses plis le bonheur !

Comment cet homme grand, dont le puissant langag« Des saintes libertés nous apportait le gage, Est-il resté courbé sous le joug de l'erreur ? Comment cet homme fort qui semait la terreur Et voyait, à son nom, fuir l'ennemi suprême, N'a-t-il, dans son orgueil, pu se vaincre lui-même ? Et lui qui d'espérer nous faisait un devoir Comment s'endormit-il d'un sommeil sans espoir?

Mais respect au tombeau. Silence donc, ma lyre ! Au fond des coeurs troublés notre Dieu seul peut lire. Et quand son prêtre saint se retire en pleurant, Son ange veille encore au chevet du mourant.

Le peuple de ses droits commençait la conquête : C'était le tour du glaive après l'humble requête. Plus ardente au combat, la jeunesse surtout, Pour secouer les fers se levait de partout. Léon était touché de cet élan sublime.

Il voyait son pays sur le bord de l'abîme

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Et cet amour nouveau, l'amour de tous les siens, Lui semblait le plus noble et le premier des biens.

Il parlait des devoirs de celui qui gouverne Et de la lâcheté d'un peuple qui prosterne Devant la tyrannie un front toujours craintif. Il pleurait sur le sort de son pays captif, Démasquait l'ennemi, flétrissait le despote, Et se faisait l'écho du plus grand patriote.

Les jeunes gens aimaient ses éloquents discours. Ils voulaient de leurs bras apporter le secours Pour rendre au sol natal la liberté divine. Les vieillards refroidis, plies à la routine, N'entendaient pas sans peur gronder en ce moment, Au fond des cœurs en feu, le nouveau sentiment. Beaucoup le combattaient. Lozet plus que les autre» De la révolte hère insultait les apôtres.

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