IHd. — Séances des 25 et 26 Avril
IOO TONNERRE
leries, et affirmaient « le profond attachement des Tonnerrois à la personne sacrée du Roi et au maintien de la Constitution. »
L'adresse du District, fort plate, du reste, avait été écrite par Rousseau; Cherest entendit la faire signer par les membres du Conseil Général, qui s'y refusèrent obstinément; non pas à cause des termes dans lesquels elle était conçue, car la leur était tout aussi servile, mais par haine contre le Procureur-Syndic,
Alors celui-ci s'opposa à l'envoi de l'adresse du Conseil. Il fit au contraire signer celle de Rousseau de tous côtés, et l'expédia en faisant autour le plus de bruit possible.
L'adresse du Conseil ne fut pas envoyée, et resta au registre des délibérations avec cette note : « Ladite adresse n'a pas été envoyée par arrêté de la Municipal lité du même jour (i er Juillet), n'ayant été faite que pour éviter de signer celle du district qui pressait fort le Conseil Municipal et le Conseil Général de la Commune de se joindre à lui. » *
Non content de cet excès de zèle, le District, toujours à l'instigation de Cherest et de Rousseau, envoya deux autres adresses ; la première à Luckner, pour le féliciter du succès de ses armées ; la seconde à Lafayette, qui était venu mettre son épée et son armée au service du Roi, pour lui témoigner « la reconnaissance de tous
i. Reg. J. — Séance du- i* Juillet 1791
es bons citoyens, et la confiance particulière que l'adnin^stration mettait en lui. - 1 »
Ces malheureuses adresses deviendront plus tard . atales aux deux chefs du parti populaire. La Bourgeoisie s'en servira contre eux avec succès, et peu s'en audra qu'ils ne paient de leurs tètes leur erreur du îo Juin.
La fête du 14 Juillet et les opérations du recrutenent suspendirent pendant quelque temps les hosilités.
Le Conseil décida au mois de Juin la création au Pâtis d'un Champ de Fédération. A l'imitation de ce jui s'était fait à Paris en 1790, les travaux furent exécutés par des citoyens de bonne volonté ; les habitants des communes voisines y prirent part. On creusa et on aplanit un terrain situé à gauche de la grande :haussée, appelé le Petit-Pâtis ; on éleva au milieu un . monticule sur lequel on érigea un autel de la Patrie. L'ouvrage fut terminé pour le 14 Juillet, et l'emplacement fut désigné plus tard sous le nom de Champ de Mars. 2
La Commune d'Ancy-le-Franc avait enlevé du Châ-. teau quatre canons 3 ; Tonnerre obtint du Départe-
1. Pièces justificatives. — Les différents mémoires du temps, notamment celui intitulé : Moyens d'opposition à la délivrance d'un certificat de civisme au citoyen Cher est-Verne, présentés par Grosfils, etc., à la suite duquel se trouvent des extraits desdites adresses.
2. Reg. J. — Séances des 10, 17, 23 Juin, li Juillet 1792. Z.Jbié.i— 19 Juin.
ment qu'on lui en remit deux. On créa aussitôt une compagnie de canonniers, et les canons furent inaugurés le 14 Juillet. Le cri : « La Patrie est en danger » venait de retentir, la Fête Nationale de 1792 emprunta un éclat tout particulier à l'enthousiasme provoqué par l'appel à la défense des frontières. Les volontaires du District, les gardes nationales fédérées des cantons y assistèrent. Une messe fut célébrée sur l'autel de la Patrie, et au lever-Dieu, il y eut une décharge des deux canons et des boîtes. Ce bruit guerrier transporta tous les assistants ; on jura de mourir plutôt que de voir envahir le sol de la Patrie.
La Révolution du 10 Août fut bien accueillie à Tonnerre. La proclamation de l'Assemblée Législative aux Départements et à l'armée, relative à la suspension du pouvoir exécutif, fut publiée avec solennité dans toutes les rues, places et carrefours de la Ville. Le Conseil Général envoya une adresse à l'Assemblée et arrêta qu'un service serait célébré sur Fautel de la Patrie pour honorer ceux qui étaient morts le 10 Août en combattant pour la défense de la Patrie et de la Liberté. La cérémonie eut lieu le 2 Septembre et fut précédée de « l'exaltation du bonnet de la Liberté sur l'arbre qui lui était consacré. » *
Le 26 Août s'était tenu, dans l'église de l'Hôpital, l'Assemblée primaire pour la nomination des électeurs à la future Convention. Jacques Cherest, Rousseau et