‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 156 sur 302 · EGLISE ET COLLEGE DE CLYNY · texte numérisé non relu

EGLISE ET COLLEGE DE CLYNY

d'après un plan conservé à la Bibliothèque nationale

giacus, vingt-cinquième abbé cluniste, qui, voulant assurer à ses novices un logis distinct, les retira de l’Hôtel des évêques d’Auxeriie, situé près de la porte Gibard, où ils séjournaient pendant la durée de leurs études, et les logea, en 1 sGg , dans une maison située entre les rues de la Harpe, des Cordiers, le passage des Jacobins et la rue des Poirées. C’était plutôt une «place viden qu'une maison; aussi le fondateur fut-il obligé de bâtir immédiatement un dortoir, un réfectoire, une cuisine et un cloître, constructions qu’il entoura de murailles flanquées de quatre tourelles angulaires pour donner aux étudiants clunistes la clôture nécessaire au recueillement. Son neveu, qui lui succéda et qui s’appelait Yves comme lui, termina le cloître, construisit le chapitre, l’église et un bâtiment pour la bibliothèque.

Dans ces diverses constructions, les clunistes furent inquiétés par les jacobins, ou frères prêcheurs, qui les avaient précédés de près d'un demi-siècle, et (pii non seulement s’occupaient d’étendre largement leur pourpris, mais aussi de le mettre à l’abri de tout fâcheux voisinage. Un inventaire de leur chartrier mentionne, à la date du icr décembre 1271, des lettres de Philippe le Bel portant que «les moines de Cluny ayant demandé avec instance au Boy qu’il leur accordât un certain terreiu contigu â la nouvelle maison qu’ils avoient commencé à édifier à Paris, proche la maison des F. F. Prescheurs, pour clore et finir leur dite maison, offrant au Roy de lui donner, dans un autre emplacement, un terrein aussi bon et même meilleur et de la même quantité, Philippe le Bel, voulant pourvoir au dédommagement et à la tranquillité des F. F. Prescheurs, quiavoicnl leurs écoles, leur dortoir et leurs autres bâtiments proche ledit emplacement, met les conditions suivantes à ladite concession : qu’il 11e sera permis aucunement auxdits moines de faire, du côté qui regarde les F. F. Prescheurs, ni construire de cuisine, ou cloaque, ou autre chose qui trouble, ou inquiète, ou cause du dommage auxdits F. F. Prescheurs, qu’ils ne pourront pas même avoir de cloche, ou quelque autre chose, dans ladite maison, qui nuise ou cause quelque dommage auxdits F. F. Prescheurs W n.

Les clunistes, obligés de se limiter, du côté des jacobins, c’est-à-dire vers le sud, s’en tinrent au nord et à l’est, et c’est là que, de 1827 à 1 833 , tombèrent sous la pioche leurs principaux bâtiments. L’opposition d’intérêts subsista, du reste, entre les deux couvents; une pièce insérée dans le Chartrier des Jacobins contient, à la date du 6 octobre 1 585 , un « Procez verbal de visite des lieux de la rue et des bâtiments de Cluny, où il est l'apporté par témoins que les bâtimens de Cluny sont tels qu’ils étoient depuis trois cens ans, et que la rue, ou Passage des Jacobins, est publique. . . n Par contre, à la tin dudit acte,

(l) Archives nationales, S 4-239.

Collège de Cluny. — Chapelle basse.

Judiciairement circonscrit, ie pourpris du collège de Cluny resta ce qu’il était, avec les batiments de toute nature qu’on y avait édifiés. La reconstruction du Collège de la Sorbonne, qui avait été fatale aux collèges voisins, ne lui causa aucun préjudice, et il était encore intact au moment de la Révolution.

selon le rédacteur qui le résume, rest une sentence qui condamne les Jacobins

à faire démolir le bâtiment qu’ils faisoient contre le college de Cluny W».

Deux ans après, les clunistes répliquent, requérant, à la date du 1" septembre 1087. que des Dominicains ayent à faire remettre les lieux ainsy qu’ils étoienl auparavant. . .; qu’il y a plus de trois cens ans que leur cuisine est dans le même endroit, et qu'elle n’a jamais été ailleurs n. Ils ajoutent — ce qui importe à la topographie parisienne — que cil y a quatre rues autour de leur batiment cl quatre tours, (une) à chaque coin, le tout édifié depuis trois cens ans. . . '2bn

Le même chartrier contient, datée du s août 1620, une sentence du Châtelet risquant, à l’encontre du Passage des Jacobins, la dénomination insolite de rue Coupe-Gueule, en même temps qu’elle établit, avec détails, une délimitation exacte entre les deux couvents, et détermine leurs droits respectifs en matière de construction. Le lecteur en trouvera les parties essentielles aux Appendices.

Archives ualionales, S 4-2.3f). — ' Id.. ibid.

iPOGRAPHIE HISTOniQOE l'I VII l \ PARIS.

.•w.. i • rédacteur <|iu le résume, rest une sentence qui condamne le- Jacoi .

,ire démolir le bâtiment qu’ils faisoient contre le college de Clunyl1-.

Deux ans après, les clunistes répliquent, requérant, à la date du 1" septembre 1887, que <tles Dominicains ayent à faire remettre les lieux ainsy quils étoieul auparavant. . . ; qu’il y a plus de trois cens ans que leur cuisine est dans le même endroit, et qu’elle n’a jamais été ailleurs*. Ils ajoutent — ce qui importe à la topographie parisienne — que cil y a quatre rues autour de leur bâtiment et quatre tours, (une) à chaque coin, le tout cdiGé depuis trois cens ans. . . (1).* Le même ci contient, da e du •> ><H 1G10, une sentence du Lhâtelel

risquant, à l'em . !' 1 ' u- . la dénomination insolite de rue

Collège de Cluny. Chapelle basse.

Judiciairement circonscrit, le pourpris du collège d- t.tuny resta ce qu’il était, avec les bâtiments de toute nature qu'on y avau édifiés. La reconstruciioii du t , Siège de la Sorbonne, qui avait été fatale auv collèges voisins, 11e lui mi-,, aucun : céjudice, et il était encore intact au moment de la Révolution.

— • 11 ld., ibid.

La sécularisation des biens d’église transforma ses bàliments en propriétés particulières et en amena fatalement la destruction. Aliénée en 1797, l’église devint successivement l’atelier du peintre David, un magasin de papier, etc.; après diverses appropriations qui la dénaturèrent, elle fut partiellement démolie en 1 8 3 3 , et ce qui en restait, sur la place de la Sorbonne, acheva de disparaître au moment où fut ouvert le boulevard Saint-Michel.

La valeur archéologique de l’église, ou chapelle, du Collège de Cluny est attestée par presque tous les descripteurs contemporains, te Elle ne le cédait guère à la Sainte-Chapelle du Palais, dit M. de Guilhermy; elle était toute travaillée à jour; c’était même finesse de sculpture, même légèreté de voûte, même élégance de proportions. . . Des vitraux en grisaille, à fleurons colorés, en garnissaient les fenêtres; les stalles avaient leurs miséricordes, leurs accoudoirs et leurs panneaux sculptés de sujets, les uns graves et les autres burlesques. Des dalles, sur lesquelles se dessinaient en creux des figures d’abbés, de prieurs, de docteurs en théologie, composaient le pavé P).n

De cetle merveille architectonique et sculpturale on a pu sauver quelques rares débris, dont nous reproduisons (p. 383) plusieurs spécimens qui sont conservés au Musée de Cluny.

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