‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 168 sur 302 · LES CHARNIERS DE SAINT-SÉVERIN · texte numérisé non relu

LES CHARNIERS DE SAINT-SÉVERIN

Comme ceux de Saint-Paul et des Saints-Innocents, les charniers de Saint- Séverin n’étaient que la ceinture de la nécropole, où ils tenaient lieu des monuments funéraires de nos cimetières modernes. Disposés de manière à former clôture autour de l’enceinte funèbre, ils étaient adossés aux murs de fond, aux cours, jardins et dépendances des maisons ayant façade sur les deux rues Saint- Jacques et de la Parcheminerie, et séparés par un simple mur de celle des Prêtres- Saint-Séverin. Vers le nord seulement, ils touchaient à l’église et avaient reçu

li> Revue d’architecture, publiée par César Daly, (ion Cocheris) plusieurs liâtes de travaux de conannee i85j, p. iga, ig3, ig4, jg5. struction et de reconstruction qu’il a relevées sur

1 1 Lelieuf donne (t. I . p. 3ga et suiv. de ledi- d’anciennes dalles ou pierres commémoratives.

diverses surcharges à raison de cette contiguïté, sous forme de ce revestieres v , ou sacristies secondaires — la principale étant sur la rue Saint-Séverin — et d’autres constructions annexes.

Ces dépôts funéraires étaient, d'ailleurs, situés partout dans les memes conditions. Après le chroniqueur Raveil Glaber, qui nous apprend comment l'insuffisance des lieux de sépulture a conduit à créer les charniers autour des églises et dans les cloîtres mêmes des monastères, Viollet-le-Duc, M. Albert Lenoir et l’abbé Pascal ont dit ce qu’il importe de savoir sur ces lieux destinés à recueillir les os décharnés des morts, après un séjour plus ou moins prolongé dans 1 étroit cimetière où l’affluence des cadavres ne permettait pas Je les conserver. Les charniers étaient généralement composés d’une galerie couverte, ou cloître, et de galetas fermés.

Un savant monographe des charniers de Paris, labbé Valentin Dufour, a lait une étude approfondie de ceux de Saint-Séverin :

Ce n’est qu’à partir du xv° siècle, dit-il, qu’on peut affirmer la construction des charniers de cette paroisse. . . L'établissement du passage concédé par l’abbaye des Escliallis pour faire communiquer la rue dp la Parclieminerie avec le bas-côté méridional de 1 église en longeant le cimetière exigu de Saint-Séverin, n’a dû précéder que de peu d années 1 acquisition de 1 hôtel des abbés des Escliallis. On peut donc, sans crainte de faire une grande erreur, placer la construction des charniers vers la fin de la première moitié du xve siècle. . . Les "galeries du cloître des charniers entouraient le nouveau cimetière à l’est, au sud et au nord, en partie seulement. Au nord , l’érection des chapelles du collatéral méridional de 1 église avait diminue d autant 1 ancien cimetière paroissial qui s’était étendu en profondeur du côte de la Parclieminerie. . . L’érection de la galerie des charniers est un peu antérieure à 1678, époque de transformation générale des charniers parisiens... Les charniers de Saint-Séverin n étaient ni réguliers ni symétriques. . . , ils affectaient la forme de cloîtres, ou galeries couvertes, embrassant le cimetière de trois côtés, l’église formant le quatrième côté du quadrilatère. Toutes les baies étaient tournées intérieurement du côté du cimetière et reçurent plus lard des vitraux. . . De loris piliers saillants faisaient fonction de contreforts et maintenaient de ce côté la poussée des voûtes. . . Les charniers de Saint-Séverin, comme les autres, du reste, n’ont pas toujours été aux usages funèbres; le Bureau de l’OEuvre y tenait séance. . . ; on en fit plus tard un accessoire de l’église dans lequel on distribuait la communion aux fidèles; une partie était affectee aux catéchismes et aux petites écoles de la paroisse. Ils 11e paraissent pas avoir été, comme ceux des Saints-Innocents, le rendez-vous des oisifs, des nouvellistes, le refuge des gens sans asile et sans aveu, la foire aux vanités, le vestibule des écrivains publics, le lieu d exposition permanente des libraires qui vendaient les nouveautés et des industriels de bas étage*1 .

C’est sur la rue de^ Prètres-Sainl-Séverin, fort étroite et peu passante, qua etc créé le cimetière primitif et qu’ont du être établis les premiers charniers. A l’extrémité opposée, l’hôtel de Chaalis et, après la suppression de celui-ci, la rue Saint-Jacques faisaient obstacle à toute extension; il en était de même de la rue de la Parclieminerie, habitée industriellement par des parcheminiers et des enlu-

1 1 Les charniers des églises de Paris, Saint-Séverin, p. 9 el 10.

mineurs. L’achat de l’hôtel de Chaalis, opéré en. 1 4 a 8 par «l’Œuvre» de Saint- Séverin, permil de prolonger le cimetière vers l’est et de construire une galerie de charniers sur les trois quarts de son pourtour. Il y eut alors ( 1 4 4 5 ) trois entrées, l’une par la rue Saint-Jacques, l’autre par celle de la Parchemiuerie, enlin l’accès par la ruelle de Chaalis.

Deux siècles après la construction, les charniers de Saint-Séverin eurent besoin de réparations. 11 en résulta des procès-verbaux de visiteurs jurés, dont l’original est conservé aux Archives nationales et qui donnent d’intéressants détails sur les galeries funéraires.

Lo charnier qui est le long clu mur sur la ruelle des Prestres, est-il dit dans un de ces documents, est forme, en sa face sur le cimetière, par un mur en arcades pour les vitraux, avec treneoux de pierre de taille entre lesdites arcades et quatre pi Hiers boutans de pierre de taille en dehors œuvre de quatre desdils treneaux, lesquels pi Hiers boutans sont en saillyc et advances dans ledit cimetière de dix-huit à \ingt pouces, outre les dehors œuvre desdits treneaux, et portent un encorbellement, par hault aussi, de dix-huit à vingt pouces de saillye el advances par ledit cimetière, plus que le devant de la leste desdits piliers. . . Ledit charnier est formé, par le dessus, de cinq travées de voulte d’ogives faites de neuf, et au-dessus d’icelles il a aussi été fait de neuf un bastiment élevé d'un estagc carré, ledit. basliment distribué à un corridor, le long du mur de la ruelle des Prestres et cinq chambres du costé du cimetière, servantes au logement des prestres de ladite église. . .

Le charnier en retour. . . , depuis le mur de la ruelle des Prestres jusques au passage qui va du cimetière à la rue cîe la Parcheminerie, est couvert de cinq travées d'antiennes voultes d’ogives. . . 11 y en a une qui est dans l’angle au bout du charnier, et les quatre autres ont leur face sur le cimetière, au retour dudit charnier, el sont fermées d’un mur de vitraulx en arcade, dont les deux premières travées sont garnyes de piïîiers boutans, de pareille saillye dans lo cimetière, et encorbellement par hault. . . ; les deux travées ensuite vers le passage de la rue de la Parcheminerie, garnyes de deux autres pilliers boutans, pareillement en advance, mais sans encorbellement. . .

Au-dessous dudit charnier, en l’estendue dcsdiles cinq travées d’antiennes voultes, il a esté fait et construit un bastiment neuf eslevé d’un estage carré et un estage en galetas au-dessus appliqué à un corridor, et quatre chambres à quatre estages, servant aussy au logement des prestres de ladite église. . . Le bastiment fait et construit au-dessus des cinq travées d’antiennes voultes est formé, en sa face sur le cimetière, d’un pan de bois eslevé d’un estage carré et un exhaussement au-dessus. . . s’estendant jusques aux deux autres travées du bout, joignant le passage de la rue de la Parcheminerie. . . H).

L’état détaillé de ces galeries, les plus importantes de tout l’ensemble, nous dispense de décrire les autres, qui régnaient depuis le passage de la Parcheminerie jusqu’au liane oriental du cimetière et le long de ce flanc; c’était le meme mode de construction et d'ornementation, sauf les surcharges de batiments ultérieurement construits. Les galeries funéraires de Saint-Séverin formaient donc un tout assez homogène, quoique peu symétrique. Elles ont disparu, mais non entiè-

(1) Archives nationales, S 35o5-35o6.

rement, à l’cpoque où une mesure générale de suppression a été appliquée aux cimetières intérieurs de Paris. En somme, les charniers de Saint-Séverin ont conservé surtout leur intérêt historique et géologique; mais cet intérêt est d’un ressort subordonné au nôtre : le côté topographique devait être notre capital souci.

RUE DE LA SORBONNE

La voie qui garde ce nom depuis près de six siècles et demi, le doit au collège qui y fut fondé, en 1 2 5 o par Robert Sorbon, chapelain de saint Louis. Elle s’étendait alors de la rue des Mathurins à celle des Poirées, et portait, ainsi que cette dernière, le nom d’une famille d’Argenteuil , propriétaire de nombreux terrains dans celte région. Elle est appelée, en efTet, dans un titre de 12b h , virus Guidonis de Argentolio; ce Guy, frère ou cousin de Thomas et de Guillaume, dont le. nom a été appliqué à la rue des Poirées, a certainement servi à désigner la rue dont nous parlons avant la fondation de Robert Sorbon, et même quelques années après, car, dans le document de 1 2 54 que nous venons de citer, il est question de deux maisons possédées par lui en cette même rue, lesquelles sont diles s’étendre jusqu’à la rue ou ruelle Coupe-Gueule, a vico supradiclo ad vicmn CoapcgueuleW. Un autre titre de 1258 précise à son tour; une maison en la rue Guy d’Argenteuil est située devant, aille, le Palais des Thermes; désignation qui ne peul s’appliquer qu’à la rue de la Sorbonne. Son agencement, combiné avec celui des rues Coupe-Gueule et des Maçons, offre certainement des dillicultés de détail pour la topographie moderne : il y avait là des tenants, des aboutissants, des pénétrations, que des annexions et des séparations, des démolitions et des reconstructions ont rendus peu aisés à reconnaître et encore moins à figurer sur un plan de restitution.

Une autre dénomination que Ton rencontre dans les archives de la Sorbonne vient encore compliquer le problème; il y est question dune rue André de Machel, Andréas de Machulio, que J ;i illot a identifiée avec celle du Cloître-Saint-

0 Sur l’origine de cette fondation, ainsi s'exprime M. Oct. Gréard , à la page a 5 de Nos adieux à la vieille Sorbonne : e Est-ce 1 aàa 1 i a5o ? 1 a5a ? ia53? ia55? ia56? 1267? 1267? Toutes ces dates ont leur garant. Aucune ne s'appuie sur une autorité décisive. La vérité ne serait-elle pas que chacune d’elles marque une des étapes d un développement successif? n

:i Ce texte s'oppose formellement à l'identification, adoptée par M. Gréard, des rues de la Sor¬

bonne et Coupe-Gueule. Autant en dire de la note suivante, extraite par Berty du Cartulnirc de la Sorbonne : "Eu 1208 , S. Louis donne à Robert de Sorbonne, pour la commodité des théologiens, la permission de clore les deux rues Sorbonne et Coupe-Gueule, r

Au surplus, h la page 85 de son magistral ouvrage, l’auteur précité insère un plan de la Sorbonne au x vi' siècle , où la rue litigieuse ligure parallèlement à celle qui nous occupe.

Benoît. Mais cette identification, que les limites respectives des censives ne permettent point d’admettre, ne tient pas davantage devant les faits. Puisque la première acquisition, par Robert Sorbon, pour l’établissement de son collège, eut lieu dans celte rue André de Macheux, il faut croire ou qu’on donnait ce nom à la partie septentrionale de la rue Guy d'Argenteuil, ou que André de Macheux servait à dénommer le côté nord soit de la rue Coupe-Gueule, soit de celle des Maçons, à moins qu’il ne s’agît d’une de ces venelles dont nous venons de parler, qui tt traversaient * d’une rue à l’autre et créent, aujourd’hui qu’elles ont disparu, autant de dillicultés au topographe qu’elles donnaient jadis de facilités à la circulation et au trafic.

Quoi qu’il en soit, le nom de crue de la Sorbonne* ne s’est pas substitué tout d’abord aux vocables que nous venons de rappeler. Mais le censier de Sainte- Geneviève de i 2 ÿ 6 l’appelle : Viens scolarum magislri Roberti de Sorbone. Le Livre de la Taille, de 1298, porte : tt rue as Sorbonnois*, et le Dit de Guillot, en 1 3 00 : crue as hoirs de Sarbonnes. *

Comme la plupart des voies contenant des écoles ou habitées par des écoliers, la rue de la Sorbonne fût fermée, en ia58, à ses deux extrémités; dès 1271, on la nomme : Vicus portarum, Viens ad parlas. Une charte de 1 2 8 3 est encore plus précise, elle porte : Vicus de Sorbona, inter duos portas. Cette clôture, qui s’est perpétuée jusqu’au siècle dernier, avait déterminé l’appellation suivante qu’on trouve dans un acte de i5ôo : crue et cloistre de Sorbonne.* En 1 5 1 g , un libraire, y demeurant, remplissait les fonctions de portier.

Amputée à son extrémité méridionale par suite de la reconstruction du collège de Robert Sorbon et de la fondation de la chapelle monumentale bâtie par les soins de Richelieu, elle n’atteint plus, depuis 1 G/10, l’emplacement de l’ancienne rue des Poirées. Le cloître Saint-Benoît, qui y avait conservé une issue jusque dans ces derniers temps, n'y a plus laissé de trace, depuis les travaux d’agrandissement qui auront pour résultat de tripler le périmètre de la Sorbonne du Cardinal, laquelle avait déjà été une amplification considérable du collège primitif. — Voir, comme supplément à l’ancienne topographie de cette rue, les articles consacrés à celles de Coupe-Gueule et des Maçons.

CÔTÉ OCCIDENTAL

(du Sud au Nord).

PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN

JUSTICE ET CENS1VE DE LA SORBONNE

Vieilles écoles extérieures de la Sorbonne (1/170), érigées à l’angle occidental des rues de la Sorbonne et des Poirées.

Grandes ÉCOLES NEUVES (i65o). Démoli pour la création du parvis do la Sorbonne, le précédent immeuble fut reculé sur le flanc septentrional de la place, entre les rues de la Sorbonne et des Maçons. A l’angle de cette dernière, on retrouve encore une aile des bâtiments du xvnc siècle.

Maison dc Soleil d'or (i483), aboutissant à la rue des Maçons et ayant servi d’atelier typographique à Ulrich Gering. On sait que cet imprimeur, après avoir installé ses presses dans l’enceinte de la Sorbonne, les transporta, en 1 7 3 , dans la rue Saint-Jacques, au Soleil d'Oii, et, dix ans après, dans la rue de la Sorbonne à la fois et dans celle des Maçons, où il existait une Maison au buis, domus ad Buxum, dont il remplaça l’enseigne par son inséparable Soleil d’or.

En 1/192, un autre imprimeur allemand, Georges Wolft, occupa le même Soleil d’oh de Gering, rues des Maçons et de la Sorbonne; puis, s’étant associé avec son compatriote Cruzenach, il transféra son matériel rue Saint-Jacques, à l’enseigne de Sainte-Barbe.

Hôtel des Espagnols (i5ai), appartenant à la Sorbonne. La preuve en est consignée dans le suivant article.

Maison sans désignation (i5ai), située devant l’ancienne chapelle du collège et ainsi localisée : it tenant à un jardin des appartenances de Sorbonne, d’autre part, à une maison appartenant au collège, vulgairement nommée 1 Hostel des Espaignols, aboutissant rue des Massons. - Cette désignation est donnée par le Cartulaire de la Sorbonne (f° 3g4).

Jardin appartenant au collège ( 1 658).

Maison du Figuier ( 1 Zi58) . réputée, en 1668, porter ce nom c d’ancienneté, et estant au-dessous du jardin des escoliers, devant leur collège, tenant, d une part, à iceluv jardin, d’autre part, à une maison du collège, aboutissant en partie à la rue Coupe-Gueule ti.

PAROISSE DF. SAIMT-BKNOÎT.

Maison des Carne aulx (iù85), ayant porté également l’enseigne de Saint- Michel. ainsi qu’en témoigne cet extrait du Cartulaire de la Sorbonne : et i5io. Ung hostel en quatre corps, jardinet dépendances, en la rue de Sorbonne et en la ruë du Balais de l’Orme, c’est-à-dire des Thermes, dicte de Cluny, où est painct contre le mur, sur les entrées, l’Ymaige sainct Michel; tenant du long en la dicte ruë de Sorbonne, et sur le derrière dune maison et cour appartenant au college; d’aultre, au long, à 1. Hostel de Harcourt, dun bout a l Hostei. ni

Plat ii’Estaing. d Un autre document, celui-ci de 1 5oa , confirme cette localisation, en précisant deux aboutissants et une issue; les aboutissants sont : tria maison des enfans de feu Tbiellement et les docteurs de Sorbonne n; l’issue est une (truelle des Carneaulx r, débouchant dans la rue des Mathurins. En i552, ce vaste immeuble était animé par la présence du président de Saint-André.

La Liuhe, ou la Livre, occupant, avec les Carneaulx, l’emplacement que couvraient jadis deux maisons appartenant à Guy d’Argenteuil. Deux anciens titres, 1 un de 1254, l’autre de î a 5 g , signalent, en effet, duas dmnos conliguas, silas Parisius, in vico Guidonis de Argentolio, que se extendunt a vico supradicto usque ad vicum de Coupegueule . . prope Palatium Termorum . C'est bien sur le ter¬

rain occupé par ces maisons qu’a été bâtie celle de la Luire, ou la Livre, puisqu’elle est énoncée dans un document inédit, conservé aux Archives nationales, et portant la date de i5fio, comme s au coin de la rue de Sorbonne et des Mathurins, du costé de la rue de la Harpe, d’autre tenant à la ruelle des Carneaulx, d’un bout à la maison du président de Saint-André, d’autre à la rue des Mathurins (Pu.

Puisque la Liure, ou n Livre, tenait à la ruelle des Carneaulx et à la rue des Mathurins, devant le Palais des Thermes, elle occupait donc une partie de l’emplacement des maisons de Guy d’Argenteuil . auxquelles les textes précités donnent la même assiette. Du reste. Li Livre avait concurremment porté la désignation de :

Maison nu Plat d’Estaing ( i 485). Voici même en quels termes elle figure, en 1282, sur la liste des logements taxés par l’Université pour l’hospitalisation de ses écoliers externes :

itbh maison des escoliers de Sorbonne, rué des Sorbonistes, la première en venant de Sainct Cosme, qui sert d’habitation aux clercs, dix livres (2L n

CÔTÉ ORIENTAL

(du Nord au Sud).

PAROISSE ET CENSIVE DE SAINT-BENOIT

Maison sans désignation, contiguë à celle qui faisait le coin sur la rue des Mathurins. Nous la voyous, en 1 485 , ((tenant aux Petites escoles de la Sorbonne, d’aultre part, à l’Ymaigb Sainct Martin, ayant issue au cloître Sainct-Benoist par une allée passant devant l’hostel des Petites Escoles r.

Petites Escoles de la Sorbonne (1 485), ne paraissant pas avoir été im-

(l> Archives nationales, S 897". — (i' Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris, t. IV, p. 1 4 7 .

h -2 h TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS,

médiatement contiguës aii collège de ce nom; un espace intermédiaire, figure sur le plan de restitution, semble les en avoir séparées.

Espace vide, scindé en deux parties inégales par une venelle aboutissant au cloître Saint-Benoît et confondue peut-être avec 1 allée susmentionnée à 1 article de la précédente Maison sans désignation.

CENSIVE DE L.V SORBONNE

COLLÈGE, ou Maison, de la Soubonne. On lira plus loin une notice spéciale à cet établissement de premier ordre.

Petite maison sans désignation, où demeurait, en ifiQ2, le ~ portier den haut de la rue*, fermée, comme l’on sait, en ia58, à ses deux bouts; elle touchait au collège de Calvy.

COLLÈGE de Calvy, dont nous avons inséré la monographie à 1 article de la rue des Poirées. L’immeuble qu’il occupait s’offre, en i544, k tenant à une maison qui fait le coin de la rue de Sorbonne r; en i5qo, on trouve cet immeuble ainsi désigné ; it Maison du Collège de Calvy, anciennement le Petit Sorbonne, ayant entrée en la rue des Poirées et issue en la rue de Sorbonne*. Il avait été reconstruit dans les premières années du \vie siècle.

Maison sans désignation (i54û), faisant le coin de la rue des Poirées. (Cart. de la Sorbonne, 397.)

COLLÈGE DE LA SORBONNE

L'existence de cet établissement célèbre présente deux phases bien distinctes . la Sorbonne fondée; la Sorbonne rebâtie. Ce sont les expressions dont se sert Félibien pour différencier les deux époques. La seconde excédant un peu la date terminale imposée au présent ouvrage, nous n’en parlerons que sommairement; mais la première appartient pleinement à l’ancienne topographie parisienne. Quant ;'i l’édifice, c’est le cœur de la région connue sous le nom de l’Université.

On sait ce qu’était le premier fondateur du collège qui a pris son nom : Robert Sorbon, originaire de Rethel, en Champagne, chanoine de Cambrai, puis de Paris, chapelain de saint Louis, dont il avait la confiance. Honoré également de celle de Blanche de Castille, il eut la pensée d’hospitaliser quelques pauvres clercs, étudiants en théologie, et obtint pour eux de la reine mère, en l’absence du roi, nulle maison située vis-à-vis du Palais des Thermes, en la rue Coupe-

gueule . , à laquelle il en ajouta bientôt plusieurs autres qu’il acquit du roi,

situées au même endroit ou aux environs, particulièrement dans la rue des Massons, par échange avec d’autres héritages qu’il avoit ailleurs dans la ville .

Par son testament de l’an 1270, il légua à la communauté, composée alors de seize pauvres écoliers, tous ses biens immeubles amortis . ut').

C’est entre i25o et 127 4, c’est-à-dire dans un espace de vingt-quatre ans, que fut fondé et doté le nouvel établissement. Aux libéralités de Robert Sorbon, augmentées de celles de saint Louis et de Blanche de Castille, s’ajoutèrent divers dons de Guillaume de Brai, de Robert de Douai, GeofiVoi de Bar, Guillaume de Chartres, etc.; ce qui n’empêcha point la pauvre Sorbonne, paupemma, doviun, pressée par la gêne ou écrasée par l’impôt, de louer, puis de vendre le collège de Calvy, sauf à le racheter deux fois pour le céder encore à bail, et cela jusqu’en 1 C28.

Ce qui nous importe plus particulièrement, c’est la description topographique de la Sorbonne de Robert. La voici, d’après M. Gréard, pages 76, 77, 78 de Nos adieiu: à la vieille Sorbonne: crUne pièce d’un procès intervenu en 1281, v est-il dit, entre le cloître de Saint-Benoît et les Sorbonistes, décrit ainsi l’ensemble des bâtiments tels qu ils étaient alors: la maison de Robert, maison en pierre de taille, percée de trente-six fenêtres étroites comme des meurtrières. . .; puis, le long de la rue, montant jusqu'au collège de Calvi, les chambres des hôtes et des associés. Le règlement de taxation des loyers de l'année 1282 parle également de la maison nouvelle des Sorbonistes allant du cloître Saint-Benoît à leur maison plus nouvelle, c’est-à-dire à la petite Sorbonne ou collège de Calvi, et il la distingue de leur asile primitif qui était devenu la demeure quasi-gratuite des écoliers, depuis que les maîtres l’avaient quittée. Enfin les prescriptions statutaires de 127/1 parlent expressément et de la cour qui s’étendait au pied de la maison de Robert, et des jardins ou petits prés qui touchaient aux derrières des maisons delà rue Saint-Jacques. On peut donc dire qu’avant sa mort Robert avait mis la Société de Sorbonne en possession du domaine qu’elle devait occuper. . . Les diverses parties dont il se composait portaient encore le nom de leurs anciens maîtres, mais elles avaient leur enceinte commune. . . .

« Moins de soixante-dix ans après la mort de Robert, il avait fallu reprendre de fond en comble les masures qui avaient servi de chambres aux premiers fondateurs. Mal couvertes, mal closes, éparses çà et là ou à cheval les unes sur les autres, sans air ni soleil, elles ne se soutenaient plus. Dans l’aile construite par Robert, 011 avait dù faire entrer tout ce qui pouvait y tenir: les écoles, la salle des examens, la salle à manger qui servait en même temps aux délibérations des

(1) Félibien, Histoire de la Ville de Paris , t. I, p. Saq.

résidents, la chapelle, la bibliothèque. La chapelle fut la première construite à part ( 1 822). Vinrent ensuite les écoles extérieures (1/170), érigées a 1 angle de la rue delà Sorbonne et de la rue des Poirées, et enfin la bibliothèque. . . Dix ans après quelle avait été ouverte, la chapelle n’avait pas encore de cloche. . . d

Nous arrivons au xvic siècle. Sur celte période, notre guide, à la page 82 de l'ouvrage allégué, emprunte un surcroît de renseignements au plan de Bâle: cCe plan, articule le descripteur émérite, celui qui porte la date de i552, représente le périmètre des bâtiments, irrégulièrement et grossièrement forme, mais déjà bien dessiné dans son ensemble: sur la rue de la Sorbonne, la maison de Robert, d’un aspect monumental, une sorte de forteresse, la série des maisons des hôtes et des sociétaires reliées tant mal que bien les unes aux autres, la chapelle avec ses trois tours octogones et l’entrée du collège de Calvi; à 1 intérieur, deux cours séparées l’une de 1 autre par des degrés et, dans la partie supérieure, un jardin; au delà, d’une part les deux bibliothèques dans un bâtiment isolé et entourées de leur portique; d’autre part, se rattachant à l’extrémité du collège de Calvi, le logis des bénéficiaires, des clercs ou des étudiants hospitalisés dans la Maison; par derrière et fermant 1 enceinte, un autre jardin plus étendu i Lu Ce dernier état des lieux persista jusqu'en 1G29.

La reconstruction de la Sorbonne par Richelieu constitue la seconde phase de l’histoire de cet établissement. Les bâtiments du xivc siècle tombaient de caducité; les collèges de la rue des Poirées encombraient le terrain et 11e laissaient aucun développement possible à la fondation de Robert Sorbon. Une seconde fondation fut jugée nécessaire, et ce fut le cardinal qui, au lendemain de la prise de la Rochelle, assit la première pierre du monument. Pour lui donner toute la splendeur monumentale qu’il souhaitait, il se concerta avec l’un des plus grands architectes du temps, et résolut de faire entrer dans son plan la presque totalité de la rue des Poirées, une partie des rues de la Sorbonne et des Maçons, ainsi que l’emplacement total ou partiel des collèges de Relhel, des Dix-Huit, de Calvy, et du Trésorier. Nous avons indiqué, à l’article de la rue des Poirées, les diverses emprises qu’il fit sur ces établissements scolaires.

a Richelieu, dit Félibien, a rebâti la Sorbonne avec magnificence : il commença

Ces détails circonstanciés résultent moins, croyons-nous, de l’étude du plan de Baie, — dont les éléments présentent une masse sans netteté de lignes et réfractaire à l’analyse, — que du latin suivant d’Héméré, bibliothécaire de la Sorbonne

rrllla quidem [Sorbona major], quantam ipsi vidimus, constitit habilaculis quaternis, disparis et diflerentis ædificationis, alio nempe inlro projection, alio minus producto. . . Primum appelletur illud quod, vico ad duas portas, claudebalur pa-

tescente ingressu in eundem vicum. Secundum. tertium et quartum sita fuerunt in vico Porrelarum. Primum islud appendix fuit pomærii Sorbonensis altributum beneficiariis. . . Altéra domus sita fuit in vico Porretarum adjacens habitaculo beneficiariorum ad Robert unique pertinuit, numerata inter Sorbonæ possessiones. Terlia fuit magistri Guillelmi de Camberiaco, quarla canonicorum Sancti Slpphani de Gressibus. . . ; quà fuit Sorbona minora (Héméré, Sorbonæ origines, cap. xvn. P 122. — Bibl. nat., mss lat., 5 6 9 3 .

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, par les édifices du collège, dont la première pierre fut posée le A juin 162g, et l'on mit dessus une grande médaille d’argent, où la Sorbonne étoit représentée sous la figure d’une vénérable vieille, qui tenoit une bible de la main gauche el avoit la droite appuyée sur le Temps, avec cette inscription tout autour : Hoir, sorte bona senescebam, pour marquer que c’étoit un effet de son bonheur que sa vieillesse fût parvenue jusqu’au temps d’un pareil restaurateur. On passa ensuite <1 l’église, qui fut bâtie sur l’emplacement du collège de Calvi. La première pierre en fut assise au mois de mai 1 6 3 5 ; on y mit une grande médaille où étoit gravé le portrait du cardinal, avec de grandes inscriptions 1‘). i>

L’architecte Le Mercier voulut naturellement que la façade de cet édifice fût précédée d’un parvis de quelque étendue. O11 avait déjà démoli deux collèges et détruit presque tout le côté septentrional de la rue des Poirées, pour que la façade sorbonique tournée au midi 11e fût point obstruée. A l’ouest, on exécuta d’autres travaux de dégagement. Une nouvelle place, dite ttde la Sorbonnen, fut créée devant le portail de la chapelle, et pour cela, on amputa les extrémités méridionales des rues de la Sorbonne et des Maçons. Celte place fut limitée, au sud, par la façade nord du collège de Cluny; à l’ouest, par le collège du Trésorier, à travers lequel une voie courte la fit déboucher dans la rue de la Harpe. C’est la rue Neuve-lîichelieu, que la génération contemporaine a pu voir, et qui n’a disparu que par suite du percement du boulevard Saint-Michel.

L’œuvre de Richelieu est dépassée de nos jours : le périmètre que ce cardinal avait donné à la Sorbonne, au prix de si nombreuses démolitions, est sur le point d’être triplé. Le nouveau chef-lieu de l’Académie de Paris et des facultés, auquel manque précisément celle de théologie, qui a été la cause déterminante de la fondation de la Sorbonne, couvrira un vaste parallélogramme circonscrit, au nord, par la rue des Ecoles ; au sud, par la rue Cujas; à l'est, par la rue Saint-Jacques; à l’ouest, par celles de la Sorbonne et Victor-Cousin. En un mot, pulchra, pulchrior, pulcheirima, ces trois degrés de signification résument les trois phases architectoniques de la Sorbonne.

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