RUE ZACHARIE
Le peuple nomme Zacarie la rue Sac-à-lie, dit Sauvai W. L’altération de l'ancien vocable par assimilation était donc, à une lettre près, un fait accompli dès le xvn° siècle. Les formes les plus anciennes sont: en ii5o, Saclialia (Cartulaire de Notre-Dame, t. IV, p. 1 5 G ) ; en 1219, Sacqualie (même recueil, t. Il, p. A G 0 ) ; en 128/1, vicus Sacaliae (id., t. III, p. 5/i); en 1292, Sac-à-lie (Livre delà Taille); en i3oo, Sacalie (Dit de Guillot); en i3og, Cacalie (Déclaration, p. p., Archives nationales) ; en i3io, Sac alie; en 1 3 1 6 , Saccalie; en 1 3 6 6 , Sac- Alye (compte cité par Sauvai, t. III, p. 126); en i/i5o, crue du Sacaliln (ins. de Sainte-Geneviève). Le z et IV n’apparaissent qu’en 1662, et 11e sont point encore accompagnés de Yh; F élibien cite, en effet, un acte de cette année où la rue est dénommée Zacarie. L’identification avec le nom du personnage biblique n’est complète qu’au xvme siècle.
O11 a beaucoup recherché les origines de l’ancien vocable : Sacalie était, paraît-il, le nom d’une maison que Pierre de Huilée, vingt-septième prieur de Saint-Martin-des-Cbamps, donna à ce monastère, dans les premières années du xiuc siècle^. Ce nom était-il celui d’un propriétaire? La rue le devait-elle au voisinage des pressoirs, d’où l’on y transportait le résidu des vendanges? Ce sont de pures hypothèses. La dernière cependant ne manque pas d'une certaine vraisemblance, quand 011 lit ce passage d’un compte du Pitancier de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés : et Item, pour quatre barriques achetez du tonelier qui demeure au bout de Sacalie. n 11 se peut qu’on ait traité en cette rue les lies des pressoirs parisiens pour en faire de l’eau-de-vie de marc, ainsi que cela se pratique encore dans les pays vignobles. Conjecture assurément, mais qui n’a rien de déraisonnable, puisqu’il est constant que des vignes couvraient les pentes de la Montagne Sainte-Geneviève, et que de nombreux pressoirs existaient dans cette région, deux desquels en la présente rue. Pour parfaire la démonstration, au Pbessouer d’ob et au Petit Pbessoueb, ajoutons la Maison des Bouteilles, siège d’une industrie auxiliaire de la viticulture.
(l) Antiquités de Paris, t. I, p. 123. — (a) M. Marrier, Ilistoria S. Martini a Campis , p. 219.
43/i TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
La rue Zacharie commençait autrefois à celle de Saint-Séverin, pour aboutir à celle de la Huchelte; elle a conservé le même parcours, mais ou l'a augmenté de celui que l’établissement du quai Saint-Michel a laissé à la rue des Trois- Chandeliers. Toutes deux sont aujourd’hui comprises sous la même dénomination.
CÔTÉ OCCIDENTAL
(du Sud au Nord).
PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN
CENSJYE DE L’ÉVÊCHÉ.
Maison de la Caige (iéa6), appelée aussi Maison des Trois Clefs, contiguë à celle qui faisait le coin occidental de la rue Saint-Séverin, c’est-à-dire à 1 Imaige Saint Martin. Comme la Maison du Cigne, sise rue Saint-Séverin, paraît, dit un texte, avoir été jointe à celle des Trois Clefs, il se pourrait que la Caige eût formé un ensemble composé de deux corps d’hôtel nommés, 1 un la Caige, 1 autre les Trois Clefs.
Maison de l’Espe'e (i53o).
Maison de la Coignée (i3gg), puis du Pressouer d’or (iGo3).
Maison de l’Escu de Bourgogne, ou de Bourges ( i 3 g g ) , puis du Petit Pressouer ( i 6 o 3 ).
Eu i 5 , cette maison et la précédente étaient réunies en une seule qui avait pour enseigne l’Escu de Bretaigne, lequel avait ainsi elfacé les deux autres.
censive de la grande confrérie.
Jardin de la Maison du Paon ( i 3 i 8 ) , puis Maison de la Magdelaine ( i 5 5 5 ) , paraissant devoir être identifiés avec la Pomme et le Croissant, auxquels, en i43o, aboutissait la Maison dû Paon.
CENSIVE de L’ÉVÊCHÉ.
Maison de la Couronne (i3gg), puis du Marteau (i53o), du Marteau d’or ( i 5 6 8 ) , du Marteau d’ argent ( i 5 7 i ) .
Maison du Petit Paradis (1 5 7 5 ) .
CENSIVE DE LA CBANDE CONFBER1E.
Dépendances de la Maison de l’Esciievisse, sise en la rue de la Huchette, paraissant avoir constitué, en i435, la Maison du Cigne.
Maison des Bouteilles (i6o3), contiguë à celle qui formait l’angle occidental des rues Zacliarie et de la Huchette, c’est-à-dire à la Maison de l’Albanoys.
CÔTÉ ORIENTAL
(du Nord au Sud).
Maison du Daulphin, contiguë à celle des Deux Bouu.es, qui faisait le coin oriental de la rue de la Huchette, et dont elle dépendait primitivement. 11 paraît y avoir eu sur cet emplacement le Petit et le Giiand Daulphin, qui se sont démembrés plus tard; 1 un des corps de logis semble avoir été dénommé Maison des deux Boulles.
CENSIVE DU ROI
Maison de la Nasse (i533), contiguë à celle des Trois clefs d’or (1697), et n’ayant dû former primitivement qu’un seul immeuble avec celle-ci, puisqu’on les trouve énoncées, tantôt avant, tantôt après, dans leur ordre de succession du Nord au Sud.
Adjugée par décret, le 2/1° janvier 160Ô, à Pierre de Cinq-Fonds, bourgeois de Paris ; celui-ci fit abandon de ladite maison, en 1606, à Mc Thierry de Monantheuil, avocat en la Cour de Parlement, à Paris. L’immeuble avait été déclaré appartenir à la censive du Roi par ordonnance des trésoriers généraux de France du 29e jour de novembre 1 6 0 5 D).
CENSIVE DE L’ÉVECHÉ.
ClIASTEAU DE Mari, Y, dénomination peu ordinaire dans l’ancienne topographie parisienne et ayant dû s’appliquer originairement non pas à une construction considérable, appartenant en i/ii8 à Régnault du Noyer, mais à une enseigne. C’est dans les mêmes conditions, et à aussi peu de frais, que la rue Saint-Victor jouissait du Château de Milan.
Maison sans désignation, dite, en i543, «contenant 11 11 corps d’hostel à pignon 115 Arch. mit., Q1, 109g 63*. — Communication de M. P. Le Vaver.
sur rue, allée au-devant, cour par derrière, tenant au Chasteau de Marlï, aboutissant au Héron n. Appartenait, en i448, à Pierre Curreau , faiseur de taillans; en i52... , à Jehan Dyvette, marchand chapelier, bourgeois de Paris; en i 537, “ honorable homme Léon Boulland, procureur en Parlement; en 1 556, à honorable femme Marguerite Bonnet, veuve du précédent; en i58o, à M'Denys Grasseteau, procureur en Parlement, à cause de Marie Bouland, sa femme; en i6i5, à M° Claude Rousseau, s. de Basoches, conseiller et procureur général du Roi aux eaux et forêts de France, à cause de 1 sahel Grasseteau sa femme, etc. ,l!.
Maison du Héron (i 48 1), ayant probablement formé avec les deux corps d’hôtel précédents un ensemble de quelque importance, et tenant son vocable dun de ses anciens propriétaires, Me Marc Héron, vivant vers la fin du xivc et au commencement du xv° siècle '-*.
CEXSIVE DE LA SORBONNE
Portion de la Maison du Berceau (15/17), en façade sur la rue Saint-Séverin.
Portion de la Maison de la Serpente ( 1 5 0. a ) , ayant entrée sur la même rue.
Portion de la Maison de la Magdelaine (i54a), située dans les mêmes conditions, et contiguë à celle qui faisait l’encoignure, c’est-à-dire à la Maison du Godet.
C’est par un retour d’équerre que ces trois dernières maisons présentaient une arrière-façade sur la rue Zacharie.
Nous 11e pouvons, en terminant, que reproduire nos précédentes observations sur les difficultés que présente la restitution exacte de l’ancien parcellaire, dans une région si dense, coupée de tant de petites voies et d impasses, où les maisons projetaient des corps de logis, des dépendances diverses sur le liane de leurs voisines, dépendances et corps de logis tantôt réunis sous un même vocable, tantôt détachés avec des enseignes particulières. Il a fallu colliger et compulser un grand nombre de textes, les comparer, les éclairer les uns par les autres, pour arriver à serrer d’aussi près que possible la vérité topographique.
;>> Arcli. nat.. S”. — Communication de M. F. Le Vaver. — <’> Arch. nat., S”, p. p. — Communication de M. P. Le Vayer.