RUE DES POIREES FERMEE PAR LA SORBONNE
(Archives nationales, S 6211.)
(Texte, p. 424-427.)
Extrait d un factum pour les collèges de Reims, Fortet, Clermont et les propriétaires des rues es loirees, Saint Jacques et de la Harpe, concluant au rétablissement de lad. rue des Poirées a son état précédent.
-Les opposans n’auront pas grande peine à faire cognoistre la nécessité de cette rué pour le public : ,1 sulîit en ce regard de représenter qu’elle traverse delà rue S. Jacques à celle de la
Harpe, et qu'icelle ostée, il n’en resteroit plus depuis la ruë des Jacobins jusques à celle des Mathurins, ce qui contient un très grand espace.
L’accroissement de Paris, et l’affluence prodigieuse d’hommes qui s’y rencontrent, requereroient qu’en chaque quartier il y eut une fois plus de traverses qu’il n’y en a, pour éviter l’embarras des grandes rues, où les affaires et les fournitures nécessaires pour la subsistance de tant de personnes causent un concours perpétuel de mille choses qui font empeschement.
Entre toutes les grandes rues, il n’y en a point notoirement une plus passante, plus sujette à ce qui forme embarras, et néantmoins plus étroite, plus salle et plus glissante que celle de S. Jacques, partant qui ait plus besoin de dégagement : et de là il suit que bien loin de souffrir la privation de cette traverse, il serait expédient au public qu’on en fit de nouvelles.
Quant à l’intérêt particulier des opposans, il est sensible : pour lesdits collèges de Reims et de Fortet, en ce qu’ils sont propriétaires de plusieurs maisons et boutiques situées dans ladite ruë des Poirées, dont les loyers diminueraient notablement, si on ostoit la communication et commerce desdites rues.
A l’égard dudit collège de Clermont, deux choses sont encore considérables, l’une que deux fois le jour, à la sortie des classes, leurs escholiers, qui en cet aage sont naturellement impatiens, sortant avec impétuosité au nombre de près de deux mille <*>, si ladite ruë ne se trouvoit vis à vis la grande porte du collège, il seroit impossible qu’à chaque fois quelqu’un ne fut tué ou blessé des carosses, charettes ou chevaux de charge très fréquens en ladite ruë, et dont les conducteurs d’ordinaire n’ont ni pitié ni discrétion; et de vray, nonobstant cette ruë, qui en un moment reçoit tout à propos la décharge de la plus grande partie desdits escholiers, comme estant leur passage pour gagner les plus grands et les plus fréquentés quartiers de Paris, il ne laisse pas d’y arriver souvent des accidens.
La faveur que méritent certainement les Demandeurs par leurs personnes ne doit pas prévaloir par dessus la vie de plusieurs enfans de famille, capables un jour de donner ornement à leur maison et service au public, s’agissant d’ailleurs d’une légère commodité pour leur divertissement qui peut être supplée par quelque pont ou une voûte sans intéresser le passage, joint que cessant la rencontre de cette ruë que lesdits PP. Jésuites ne pouvoient pas présumer devoir jamais estre fermée contre toutes les maximes de la police, ils eussent autrement disposé leur bastiment, et eussent fait quelque autre entrée, tant pour la sortie ordinaire de leurs escoliers que pour la desebarge de plusieurs grandes assemblées qui se font souvent audit collège, où se rencontre un très grand nombre de carosses; ce qui a fait que lesdits PP. Jésuites ont donne au public pour six mille livres de leur place, pour élargir la ruë S. Jacques en cet endroit.
L’autre considération est que les canaux des fontaines dudit collège passent le long de ladite ruë, lesquels étant enfermés dans le jardin de la Sorbonne, outre que cela causerait une servitude fascheuse, ils seraient exposés à l’insolence des valets, quiy pourraient méfaire, àl’insceu de leurs maistres.
Quant est des habilans desdites rues de la Harpe et de S. Jacques, ils ont 1 interet commun avec le public, et encore commun avec les escoliers des colle'ges, en ce que cette ruë des Poi-
O) Celte donnée comble une lacune dans la statistique scolaire du milieu du xnie siècle.
APPENDICES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
rées leur facilite l’aller et le retour des quartiers où elle s’adonne et sert pour leur communication respective dans le commerce ou dans leurs fréquentations. Celui des habitans de ladite ruë mes me est encore plus précis, car en la fermant on rend entièrement leurs maisons inutiles, et en faisant de ladite ruë ou un cul de sac ou un détour, ce seroit un lieu d’infection, à cause du grand abbord des escholiers, et un réduit pour faciliter les vols et les mauvais coups, qui sont plus à craindre dans l’Université que dans les autres quartiers; outre que les canaux des fontaines publiques de l’Université, qui passent aussi le long de ladite ruë des Poirées, seraient enfermés dans la closture de la Sorbonne.