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AYANT-PROPOS
Arrivée à son quatrième volume et appréciée du monde savant dès l'apparition du premier, la Topographie historique du Vieux Paris n’a plus besoin aujourd’hui d’être présentée au public. Elle a ses lecteurs, auxquels suffit un avant-propos de quelques pages, pour apprendre en quelle région de la cité on les conduit, quelle place cette région occupe dans l’ensemble, et par quel lien le livre nouveau se rattache à ceux qui l'ont précédé. Nous n’avons donc à redire ici ni les origines de l’ouvrage, ni les longs efforts qu’il a coûtés, ni les phases diverses qu’il a traversées, depuis la période de préparation jusqu’à la mise en œuvre des éléments si nombreux et si variés dont il se compose. Toute cette histoire a été racontée par Adolphe Berty, dans la préface du volume consacré à la région du Louvre et des Tuileries, et par nous, dans l’introduction placée en tête de celui qui a pour objet le Bourg Saint- Germain. Ce que le lecteur attend aujourd’hui, c’est une courte exposition du sujet traité dans le volume qui succède aux trois premiers, et qui, nous l’espérons, aura la même fortune.
On lit en tête de ce tome quatrième de la Topographie : Région du fauboukg Sai.nt-Gemiain. Nous arrivons donc à la partie extrême du. fief de l’Abbaye, celle que son éloignement a laissée le plus longtemps en dehors du mouvement parisien, et qui est entrée le plus tard dans le domaine de l’histoire. Le Bourg, c’est l’agglomération qui s’est formée un peu moins lentement à 1 ombre des clochers de la basilique, entre les murailles de la Ville et celles du monastère, et qui a eu la Tranchée pour enceinte; le volume publié en 1876 lui est spécialement consacré. La partie orientale du fief pri-
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initil , détachée de l’ensemble de ce territoire par la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste et enclose dans la ville agrandie, est devenue, depuis 1 abreuvoir Mâcon et la porte de Nesle jusqu’à celles de Buci, des Cordeliers et de Saint-Michel, la région occidentale de l’Université. C’est par elle que le domaine de Saint-Germain se rattache nu vieux quartier des études, qualifié de latin parce qu’on y a toujours enseigné et parlé cette langue, et peut être aussi parce qu’il occupe l’emplacement de la cité gallo-romaine des Pansu.
En attendant que nous conduisions le lecteur dans cette antique région très étudiée par Berty, très fouillée par son collaborateur Th. Vacquer, nous avons pris à tâche d’utiliser, jusqu’à la dernière pièce, les documents relatifs à la censive cxlra-muros de l’abbaye de Saint-Germain, de manière à en former un tout en deux volumes, ainsi que Berty l’a fait pour la région du Louvre et des Tuileries. Nous aborderons alors la région de l'Université, que nous diviserons, d’occident en orient, en deux parties ayant pour limite commune la « Grant’rue , » depuis le Petit-Pont et le Petit-Châtelet jusqu’à la porte Saint-Jacques : région des plus historiques et des plus vivantes, pour laquelle les notes et les travaux de tout genre ne nous feront point défaut.
La région du faubourg Saint-Germain est dépourvue de ces maisons de bourgeois et d’artisans, si pittoresques en leur fouillis, de ces enseignes si originales, si curieuses, qui animaient les vieux quartiers et assuraient une individualité à chaque construction; mais elle présente un intérêt d’un autre ordre : c’est elle qui donne, à une date très rapprochée de nous, l’idée la plus complète du régime auquel la propriété parisienne était soumise en territoire monastique, et nous fait le mieux voir à quelles conditions, sous quelles réserves, elle se fondait et se transmettait. Plus que toute autre région de Paris, elle nous montre, dans la formation d’un simple quartier,
I ancien ordre de choses fonctionnant jusqu’à la dernière heure, avec l’organisation qui lui était propre, et créant, à son image, toute une ville nouvelle : monastères d’hommes et de femmes, palais pour les princes du sang, hôtels pour la noblesse, la bourgeoisie et la haute finance , asile monumental
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pour les vieux soldats du Roi, maison d’éducation militaire pour les jeunes gentilshommes auxquels leur naissance assurait l’épaulette; c’est-à-dire tous les privilèges réunis, tout le monde aristocratique et religieux groupé au même endroit, tout 1 ancien régime, en un mot, dans l'immobilité de ses traditions, avec ses usages et ses abus, avec ses vertus et ses vices.
Au sommet de cette pyramide sociale, apparaît une institution qui en était alors comme le couronnement, et dont nous avons peine à comprendre aujourd’hui la longue existence. L’abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés, fondée par Ghildebert, propriétaire, en vertu d’une charte plus ou moins authentique, de la plus grande partie du tleuve qui traverse la Ville et d’un vaste territoire indispensable à son développement, détient et accense, pendant plus de onze siècles, ces riches possessions qu’on lui conteste toujours et qu elle ne cesse d’affirmer; défend ses droits réels ou supposés contre le Roi, le Parlement, 1 Université, la Ville, les particuliers, sous le régime de la commende aussi bien que sous celui de l’autonomie monastique; fait argent, cens et rentes de son domaine d’eau et de son domaine de terre; traite de puissance à puissance avec la royauté, l’aristocratie, le clergé séculier et régulier, et 11e disparaît qu’avec lancienne société à laquelle tant de liens la rattachaient. Cette situation, particulière à la région du faubourg Saint- Germain, lui donne un aspect à part dans l’histoire de la topographie parisienne; non pas que le régime de la censive, avec les droits et les devoirs qui en étaient la conséquence, fût propre au fief rural de l’Abbaye et que les autres établissements religieux, tels que Saint-Victor, Saint-Martin-des- Champs, Saint-Antoine, Montmartre, etc., ne l’aient point pratiqué en leur temps; mais on ne le voit pas fonctionner ailleurs dans de telles proportions et se perpétuer, sous sa forme traditionnelle, jusqu’à une époque aussi rapprochée de nous.
Adolphe Berty, qui a pénétré fort avant dans l’histoire de la topographie parisienne, avait un peu négligé ce côté de la question; chargé par M. Albert Lenoir de faire, avant tout, un te plan archéologique,» il s’était presque exclusivement occupé des propriétés bâties. Ne pouvant pousser son travail de restitution jusqu’aux terres en culture exploitées par les tenanciers de l’Ab—
baye, il s'était contenté de relever les noms des chemins, des climats, des lieux-dits, tels que les anciens arpentages les lui fournissaient, et d’établir ainsi une sorte de parcellaire approximatif, dans lequel sont compris le Grand Pré-aux-Gleres, la chartreuse de Vauvert et la Tranchée. La longue lutte de l’Université et de l'Abbaye, dont il raconte les principaux incidenls, l’avait particulièrement frappé : ayant à reconstituer sur le terrain la célèbre promenade des écoliers, il s’était naturellement intéressé aux événements dont ce lieu a été le théâtre, et c’est ainsi qu’il avait été amené à sortir, pour un instant, de la topographie pure où il aimait à s’enfermer. Mais le domaine de terre, le domaine d’eau surtout, ont peu ou point attiré son attention. Reculant de près d’un siècle en deçà de sa date terminale (1610), il s’est borné, en ce qui concerne les terres en culture, à restituer le fief de l’Abbaye d’après l’arpentage de i5ag, qui lui a donné les divisions et les subdivisions de ce vaste territoire. Quant au domaine d’eau, si important cependant, puisqu'il représentait le cours de la Seine et une perche sur chacun de ses bords, depuis le Petit-Pont jusqu’au ru de Sèvres, c’est-à-dire dans la presque totalité de la traversée de Paris, il ne s’en est guère occupé que pour énumérer les îles, te mottes, moteaux, javeaux,» et autres atterrissements formés dans le lit de la rivière, sans dire un mot des moulins, gords, pêcheries, abreuvoirs et autres menus établissements formés, avec l’autorisation de l'Abbaye, dans la partie de la Seine qu’elle considérait comme lui appartenant. Les Parisiens d’autrefois ne vivaient point, comme les habitants du Céleste Empire, sur le fleuve qui traverse leur ville; cependant, en dehors des maisons construites sur les ponts de pierre et de « fust, » lesquelles n’étaient pas les moins importantes, il s’était établi sur la Seine, à l’état fixe ou mobile, diverses dépendances de la vie parisienne, qui se rattachaient à l’Abbaye par le lien de l’accensement, et qui ont ainsi leur petite place dans l’histoire topographique de la cité.
Cette histoire, au faubourg Saint-Germain, est bien encore celle du vieux Paris, à la condition, toutefois, de ne donner à cette épithète qu’un sens relatif. Nous ne sommes plus ici au moyen âge, du moins en ce qui concerne la propriété bâtie, puisque le mouvement de construction ne commence, dans le fief rural de l’Abbaye, qu'à l’époque de la Renaissance; mais cette
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partie de la Ville, telle que les trois derniers siècles l’ont faite, perd d’année en année quelque chose de sa physionomie. Les transformations radicales dont elle est l’objet créent à ce qui en reste une antiquité relative, qui l’assimile au vieux Paris, et le fait entrer chaque jour dans le domaine de l'histoire.
Le volume se divise en deux parties bien distinctes : un texte assez court, et des appendices d’une certaine étendue. Après quelques lignes de légende explicative, pour accompagner le plan restitué de l’Abbaye, dont la publication avait dû être retardée, vient la série des triages reproduits d’après l’arpentage de Jean Lescuyer et identifiés avec l’état actuel. Ce parcellaire approximatif, comme nous l’avons déjà appelé, est en concordance exacte avec les deux feuilles du «plan archéologique» et avec le plan restitué de la paroisse de Saint-Sulpice , tels que Berty les avait établis. Mais nous ne pouvions raisonnablement en rester là et laisser, à l’état de terres labourables, ce vaste territoire qui est devenu, au xvn° et au xvme siècle, toute une ville nouvelle. Le topographe qui se bornerait à décrire soit les Campelli («Champeaux» ou «petits champs» entourant jadis les Halles et le prieuré Saint-Martin), soit les «cultures, coulures» ou «courtilles» du Temple et de Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers, soit enfin les «marais» voisins du palais des Tournelles, et toute cette région de Paris où se sont conservés les noms significatifs de «Chemin-Vert,» de rues «de l’Oseille, du Pontaux-Choux,» etc., s’arrêterait évidemment à mi-chemin de sa tâche, et ne donnerait qu’une satisfaction incomplète au lecteur. Déterminé, pour notre part, à raconter au moins sommairement lu transformation graduelle de ces champs et de ces jardins en une nouvelle ville, nous avons consacré à cet exposé un chapitre additionnel complètement détaché du texte primitif, et nous lui avons donné pour sous-titre ces simples mots : Formation et développement progressif du faubourg Saint-Germain.
Du premier travail émergent trois monographies que nous avons déjà indiquées, et qui ont leur importance dans l’histoire de la topographie parisienne; ce sont :
Le Grand Pré-aux-Clercs;
La Chartreuse de Vauvert;
La Tranchée.
Le Petit Pré-aux-Clercs appartient au bourg Saint-Germain et a été clécril dans le volume précédent; situé à l'orient du chemin de Saint-Père , que nous considérons, avec le carrefour de la Croix-Rouge et le chemin de Cassel, comme la limite séparative des deux régions, il leur a servi de trait d’union, et les accensements opérés dans l’une n’ont pas tardé à se produire dans l’autre. C’est laque commence la transformation du domaine rural de l’Université et de l’Abbaye en propriétés urbaines; c’est de là que part, pour s avancer vers l’occident, jusqu’à la censive de Sainte-Geneviève, le mouvement de construction d’où est sorti le faubourg Saint-Germain. Un érudit fort au courant des choses parisiennes et récemment enlevé à la science, M. Edouard Fournier, a fait, en rééditant le célèbre mémoire de Pourchot, une étude intéressante sur les deux Prés-aux-Clercs. Nous l avons reproduite sous forme d’appendice, avec d’autant plus de raison qu’elle supplée, dans une certaine mesure, aux lacunes que présente, sur ce point, le parcellaire d Adolphe Bertv.
Le Grand Pré-aux-Clercs, que le mouvement des constructions envahit à son tour, occupe une place importante dans les annales parisiennes, et son histoire se confond avec celle de 1 Abbaye et de l’Université. C est une lutte de plusieurs siècles entre ces deux puissances, lutte implacable qu’on croyait apaisée à la suite d’une transaction , après un arrêt du Parlement o u un ordre du Roi, mais qui se renouvelait sans cesse, parce qu elle représentait l’antagonisme de deux institutions et de deux principes : l’esprit de tradition et de résistance incarné dans le vieux monastère de Childebert, l’esprit d'innovation et d’attaque personnifié non seulement dans les clercs, mais encore dans leurs maîtres, témoin Ramus, les principaux et les régents des collèges de la montagne Sainte-Geneviève. Cette longue lutte a toujours été présentée sous deux aspects : les tenants de l’Université et les écrivains dévoués aux intérêts de l’Abbaye l’ont exposée, chacun à sa façon. 11 importait que
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cet interminable procès fût enfin jugé contradictoirement, et, pour cela, cjue toutes les plaidoiries fussent entendues. Cette considération explique la longueur de l’appendice consacré aux deux Prés-aux-Clercs.
Après cette monographie, il n’en est pas, en la c-ensive de Saint-Germain , de plus intéressante que celle de la chartreuse de Vauvert. Les Chartreux occupent, dans la partie haute de ce fief, une place presque égale à celle de l’Abbave dans la région moyenne : ils n’ont point de seigneurie et 11e font pas d’accensements; mais leur existence austère est très mêlée à la vie parisienne. Les bourgeois de Paris y fondent des cellules et s’v retirent euxmêmes pour se préparer à la mort. Ce 11e sont point les plus riches et les plus fastueux : ceux-ci bâtissent des chapelles à Saint-Jacques-de-la-Boueherie, à Saint-Jean-en-Grève, à Saint-Merry, à Sainte-Opportune, à Saint- Josse, aux Saints-Innocents, c’est-à-dire dans le quartier qui fil leur fortune et fut témoin de leur luxe; ceux-là vont à l’extrémité de la Ville, en dehors de la porte Gibart, mourir oubliés et obscurs, après avoir doté l’église ou le cloître des disciples de Saint-Bruno, d’un autel, d’un retable, d’une nymaigen ou d’un bas-relief. La chartreuse do Vauvert est donc intimement liée à l’histoire de Paris : c’est pour ce motif que nous avons cru devoir n’omettre aucune des épitaphes et autres inscriptions qu’on y remarquait. Les portefeuilles de Gaignères nous ont fourni, sous ce rapport, de précieux documents qui avaient échappé à Berty; nous les avons recueillis avec soin; nous avons fait graver les curieux dessins relevés par le célèbre collectionneur, et, si nous n'avons pu reproduire les peintures qui décoraient jadis le grand cloître , où elles ont été remplacées par les tableaux d’Eustache le Sueur, nous avons, du moins, imprimé le texte latin de la légende qu’011 y lisait, avec la traduction qu’un poète de couvent en a faite au xvi° siècle. La trop courte notice de Berty se trouve ainsi agrandie et complétée, en même temps que la topographie de la Chartreuse est éclairée par tous les documents graphiques que nous avons pu réunir.
La tranchée du faubourg Saint-Germain touche, par un autre côté, à l’histoire de Paris; ce sont les guerres civiles et les luttes religieuses qui en ont
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, rendu le creusement ne'cessaire, et qui ont ainsi préparé l’incorporation du faubourg à la Ville. Si éphémère qu’ait été cette fortification, elle a laissé des traces qu’on retrouve sur les anciens plans, et que Berty a relevées avec soin; elle explique, en outre, certaines particularités delà topographie parisienne qu’on ne comprendrait pas autrement, et qui ont arrêté plus d’un chercheur. Enfin, elle offre, par le rapprochement du passé avec le présent, un autre genre d’intérêt qui nous est révélé par les documents contemporains : les Registres du Bureau de la Ville nous apprennent que la Tranchée a mis en mouvement les milices parisiennes, et nécessité l’ouverture de véritables ateliers nationaux analogues à ceux de 1792, de 181/1, de 18/18, de 1870 et autres époques agitées de notre histoire. En creusant la tranchée du faubourg Saint-Germain, la population parisienne affirmait donc, il y a trois siècles, un patriotisme qui ne s’est jamais démenti; elle unissait son action à celle de l’Etat, mêlait ses finances aux ressources du Trésor royal et confondait le salut de la France avec celui de la capitale.
A ces trois monographies, qui se détachent de la description générale des triages, succède le chapitre additionnel dont nous avons parlé, et qui a pour complément une série d’appendices formés de documents inédits pour la plupart. Désirant que le lecteur y pût suivre la transformation graduelle du fief rural de T Abbaye en une ville nouvelle, nous en avons fait un tableau d’ensemble dont tous les traits sont empruntés aux titres d’accensement, de vente, de fondation et autres pièces d’archives. Pour ajouter encore à la force probante de ces documents, nous avons eu recours à la grande publication faite, il y a deux ans, par la Ville, sur 1 initiative de l’honorable M. Engelhard et sous le patronage du Conseil municipal. L’.4//«s des anciens plans de Paris nous a fourni quinze fragments ichnographiques contemporains des divers états que nous décrivons, fragments qui viennent appuyer nos dires et montrer aux yeux ce que le texte dit à l’esprit. La collection historique de la Ville est fondée, on le sait, sur le principe de la contemporanéité du fait et de Y image qui le représente : documents écrits et figurations, ayant ainsi la même valeur parce qu’ils ont la même date, sont autant de témoins dont on ne saurait suspecter les dépositions.
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Les pièces justificatives de ce chapitre sont rangées sous trois rubriques distinctes : le Bac, le. Pont-Rouge, 1e Pont-royal; — les voies publiques du faubourg; — • les établissements religieux, hospitaliers et militaires. Un dernier appendice contient quelques indications bibliographiques dues à l’obligeance du savant bibliothécaire de la Ville, M. Jules Cousin, et permettant au lecteur de pénétrer, plus avant que nous n’avons dû le faire, dans l’histoire détaillée de la construction et de la décoration des grands hôtels. Tous les documents, reproduits in extenso ou par extraits, tendent au même but : justifier l’exposé général de la formation du faubourg Saint-Germain, montrer dans quelles conditions topographiques ont eu lieu l’ouverture des rues, l’établissement des ponts, les constructions publiques et privées, rappeler quels ont été les antécédents de toutes choses dans cette vaste région , et faire voir quelle influence ont exercée progressivement sur sa transformation les fondations de tout genre qui s’y succèdent pendant deux siècles,
L’histoire topographique du bourg et du faubourg Saint-Germain forme, avons-nous dit, un tout analogue à celui que présente celle de la région du Louvre et des Tuileries. Le lecteur ne s’étonnera donc pas de voir, en tête de ce livre, un plan restitué de l’Abbaye, élément constitutif de tout le quartier, et, à la fin , une table commune aux deux volumes. Le plan a pour auteur un jeune archéologue, M. Bienvenu, initié par Berty à ce genre de travail, et la table générale est due à M. Auguste Petit, qui l’a dressée, comme les précédentes, avec le plus grand soin. Un autre genre de collaboration nous a été fourni par un travailleur sérieux, hôte assidu des bibliothèques et des dépôts d’archives : nous voulons parler de M. Ch. Buvignier, aujourd'hui député de la Meuse, qui a recueilli pour nous un grand nombre de pièces inédites; nous les avons classées selon leur nature et insérées, à leur date, dans la série des appendices.
OEuvre de restitution patiente et minutieuse, la Topographie historique du vieux Paris a été commencée il y a trente ans, au moment où s’accélérait ce mouvement continu de transformation, qui est la vie même de la cité. Les époques de destruction et de renouvellement ont toujours eu leurs historiens : Corrozet, Bonfons, Du llreul, ont pris la plume, lorsque le Paris du Moyen
Age faisait place à celui de la Renaissance; Millin et Alexandre Renoir ont fait l'inventaire des palais, des églises, des couvents et des hôtels, alors que tout cet ensemble disparaissait avec l’ancien ordre de choses; Bcrty et ses continuateurs ont entrepris, à leur tour, de nous rendre rétrospectivement l’aspect de la vieille ville, à l’heure où elle garde à peine quelques traits de son antique physionomie. L'Edilité parisienne, fidèle à ses traditions, encourage ce travail long et ingrat, qui honore l'ouvrier, mais qui s’accomplit obscurément et ne représente [tas toujours, aux yeux du lecteur, la somme d’efforts qu’il a coûtés. Pour nous, à qui est échue la Lâche dillicile de déchiffrer, de mettre en ordre eL de fondre en un texte intéressant, après les avoir revisées et complétées, les notes informes laissées par Adolphe Berty, nous remercions encore une fois les chefs de l’Administration municipale de la confiance qu’ils nous témoignent, et les savants qui composent la Commission des travaux historiques, du précieux concours qu'ils veulent bien nous prêter. Grâce à ce haut patronage, grâce à cette haute direction, les matériaux lentement amassés par Berty seront tous utilisés, et, lorsque nous aurons posé notre dernière pierre, d’autres viendront qui en placeront successivement de nouvelles, jusqu’à l’entier achèvement de l'édifice.