TROISIEME PARTIE
CONCERNANT L'ALIENATION FAITE DE PARTIE DU SURPLUS DU GRAND PRE-AUX-CLERCS DEPUIS 1689 JUSQU’A PRÉSENT.
Les adjudicataires du parc de la reine Marguerite s’étendant de jour en jour aux dépens de l’Université (1), pour raison de quoi il y a procès, comme nous le dirons dans la suite, elle résolut de faire afficher la quantité de terre dépendante du grand Pré, quelle vouloit donner à cens et rente, et elle en obtint permission de la cour, après l’information faite que cette aliénation ne pouvoit eslre que très utile à l’Université et très avantageuse au public.
On commença d’abord par dresser la rue que l’on nomme aujourd’huy de l’Université, laquelle fut prise sur son fonds, de mesme que l’avoient été les rues de Jacob, de la Pelite-
(l) L’Université n’étoit pas seule à se plaindre de ces empiétements et des constructions trop multipliées dans le Pré-aux-Clercs. Il y eut, selon Sauvai, des ordres de Louis XIII et de Louis XIV, faisant défense de passer certaines limites, tf Néanmoins, r-ajoute-l-il (t. Il, p. 386), on ne laisse pas ff d’avancer toujours et de les passer, ce qui oblige '•quelquefois de les reculer et mettre un peu plus ff loin, v — La première usurpation ne venoit pas des adjudicataires dont il est ici parlé, mais de la reine Marguerite elle-même, qui avoit donné un exemple trop bien suivi. Ne s’en tenant pas aux six arpents que l’Université lui avoit vendus dans le Pré-aux- Clercs, elle avoit empiété sur cinq ou six autres, comme il est dit dans la Bequeste verbale du q l\ octobre 1616, fret, afin d’en oster à l’avenir ff toute connoissance, elle a non seulement fait arrarr cher les bornes et combler les tranchées qui sépaffi-oient ledit Pré d’avec les terres voisines, mais rf mesme elle a fait faire de larges et profondes r tranchées dans iceluy Pré, par le moyen desquels ff son usurpation est demeurée jointe au parc qu’elle ff vouloit dresser derrière son hôtel. »
Ce parc, qu’on appeloit aussi 1 e jardin, les allées, le cours de la reine Marguerite , comme dit Sauvai (t. 11, p. a5o), et dont nous avons parlé (voyez notre t. I, p. 219), s’étendoit loin dans le Préaux-Clercs en longeant la Seine: il alloit jusqu’à la halle Barbier, qui se trouvoit rue du Bac, sur l’emplacement occupé depuis par fhôlel des Mousquetaires. L’enclos du palais de la reine Marguerite en étoit séparé par la rue des Saints-Pères. On entroit dans ce parc par une grille, visible, comme le reste, sur le plan de Mérian. La reine n’avoit pas osé, à ce qu'il paroît, s’emparer de cette rue comme elle avoit fait de celle des Pelits-Auguslins,
qu’elle avoit, sans autres façons, englobée presque tout entière dans son enclos, ff Quant à l’autre bout ffdc la rue des Auguslins (celui qui touche au ff quai), lisons-nous dans le Mémoire de du Boulay ff(p. Ao3), la reine Marguerite l’avoit fait enfermer ffen son enclos, en sorte que l'on n’y pouvoit plus ff passer pour aller à la rivière. Mais, après son ff décès, dit encore du Boulay, son hoslel ayant rresLé décrété, sur l’opposition qui fut faite interffvint arrest, le il\e aoust 1619, par lequel il fut ff ordonné que distraction seroil faite des criées dudit ffhostel de la consistance de dix-huit pieds, à comffmencer du côlé de la grande porte, par laquelle ffon entre au couvent des Auguslins, et continuer au ff travers de la cour dudit hoslel jusques au chemin ff public d’entre la rivière et l’hostel.n
Cet hôtel de la reine Marguerite, sur lequel nous n’aurons plus à revenir, avoit son entrée rue de Seine, où l’on en trouve des restes dans la maison portant le numéro 6. Sur le plan de Quesnel, et mieux encore sur le plan de Mérian, on le trouve complètement figuré avec ses trois corps de logis, dont celui du milieu étoit couronné d’un dôme, avec son double perron sur la cour, son jardin et le parc qui en étoit le prolongement.
Après la mort de la reine, les bâtiments de cet hôtel ne furent pas ruinés, comme dit Sauvai : ils furent mis en location par petites parties (voyez notre t. I, p. 207), puis, vers 1639, acquis par Mm0 de Vassan, qui les loua au président Séguier. En 1718, le président Gilbert des Voisins en devint propriétaire et y fit des réparations qui ont donné ou corps de logis encore debout la physionomie qu'il a aujourd’hui. (Voyez Jaillol, Quartier Saint-Germain, p. 79, et G. Brice, t. IV, p. 76.)
Seine, aujourd huy des Auguslins, partie de la rue du Bac et partie de celle des Saints-Pères; après quoy elle lit des contrants de baux à cens et rente avec messieurs Tambonneau , président en la Chambre des comptes; de Berulle, conseiller d’Etat; Le Coq, Pithou, de Berulle et de Bragelonne, conseillers en la cour; L’Huiliier et Leschassier, maistres des comptes; Bailly de Berclière, trésorier général de France à Cliàlons, et Le Vasseur, receveur général des finances à Paris. Les contracts furent passés avec ces messieurs pardevant Lcvesque et Boucot, notaires an Cliastelet de Paris, les 3i aoust et 3 septembre x63q, lesquels furent homologués à la poursuite et diligence desdits sieurs preneurs, et sur leur requeste, par arrest définitif du *9 février i64i, duquel jour les rentes à la charge desquelles lesdites places leur avoient esté données ont commencé à courir I1).
Ces places estoient toutes contiguës les unes aux autres, et celle donnée au sieur de Berclière, attenant le cimetiere dit des Huguenots, aujourdhuy appartenant en partie à la Charité, estoil la première dans la rue des Saints-Pères; ensuite, dans la même rue, estoit celle donnée à Monsieur Le Coq de Corbeville; puis dans la rue de l'Université, celle donnée à Monsieur Pithou. celle donnée à Monsieur Berulle, conseiller d’Estat, celle donnée à Monsieur le président Tambonneau, celle donnée à Monsieur Seguier, celle donnée à Monsieur Lhuillier, celles données à Messieurs Leschassier et de Bragelonne, celle donnée à Monsieur Le Vasseur, qui Lient aujourdhuy au grand hostel que 1 Université a lait hastir sur son fonds, lequel fait l’encoigneure de ladite rue de l’Université et de la rue du Bac.
Messieurs de l’Abbaye, qui n’ignoroient pas que ces places, comme dépendantes et faisant partie du grand Pré-aux-Clercs, appartenoient très légitimement à l’Université; que mesme elle en avoit passé des contracts de baux à cens et rentes, que la cour avoit homologuez par son arrest du 19 février 16 Ai, ne laissèrent pas de faire entendre aux mesmes preneurs que ces places estoient dans leur censive, et les obligèrent à les reconnoislre et leur en faire mesme de nouveaux contracts; après quoy, ces Messieurs de l’Abbaye virent que les bastiments estoient presque finis. Ils firent saisir entre les mains desdits sieurs preneurs les rentes qu’ils s’estoient obligez de payer à 1 Université, sous le faux prétexté que cesdites places leur appartenoient en propre; et, comme tout le Parlement étoit très convaincu de la possession légitime de l’Université, ils crurent qu’en s’adressant à un autre tribunal et dépaïsant, pour ainsi dire, la matière, ils pourraient plus aisément parvenir à leurs fins. Ils portèrent donc l’affaire au grand Conseil, et y firent assigner l’Université, laquelle, quoy quelle ait ses causes commises à la grand’ chambre, ne fit aucune difficulté de paroistre devant ce tribunal, très asseurée que son bon droit et la justice de sa cause prévaudraient infailliblement à l’injuste prétention de Messieurs de l'Abbaye, lesquels, quoy qu’ils eussent fort embrouillé l’affaire, ayant pris des lettres en forme de requeste civile contre plusieurs arrests du Parlement qui les avoient déboutez de pareille demande, ne purent si bien déguiser la vérité qu’elle ne fut reconnue. En effet, après que cette affaire eut esté plaidée fort solemnellement de part et d’autre, il intervint arrest sur les conclusions de Monsieur le procureur général, le 20 juillet 1 6Z1 G , qui cassa les prétendus baux faits par l’Abbaye, et maintint l’Université dans la possession desdites places.
(l) Qu’eneore que l’échéance des rentes de toutes ces maisons ait été fixée au 1 g février, cependant les receveurs de T Université n’en ont compté que comme échéantes au dernier septembre. ( Noie de l auteur.) «MM. Lecoq, Pithou et Tambonneau, ff lisons-nous dans du Boulay (p. 3iy), commen-
ffcèrent de faire baslir des maisons depuis le cimetière des Huguenots, qui aboutit de ce côté de la rmie Saint-Père; et, pour rendre ces maisons recr marquables et distinctives de celles des moines, rr l’Université les chargea d’un gros cens de 8 cl t 1 o livres, n
DETAIL DES BAUX FAITS PAR L’UNIVERSITÉ LES 3l AOUST ET 3 SEPTEMBRE l63g,
HOMOLOGUEZ TAR ARREST DE LA COUR DU 19 FÉVRIER l64l, ET AUTORISEZ PAR ARREST DU GRAND CONSEIL