‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 3)Chapitre 28 sur 150 · LES ÎLES · texte numérisé non relu

LES ÎLES

Les îles dont la réunion a constitué l’île aux Cygnes, et que nous comprenons dans le deuxième triage, n’ont point été mesurées lors de 1 arpentage de i52g; cette omission est des plus regrettables, car le travail de Jean Lecuyer eut infailliblement beaucoup facilité le nôtre, pour lequel nous n’avons pu rassembler que des éléments insuffisants. Cependant les pièces relatives aux îles de Grenelle 11e manquent point dans les archives de 1 Abbaye; mais toutes sont très obscuies et singulièrement dénuées de ce qui aiderait à les interpréter graphiquement; aussi aurions-nous été incapables den tirer parti, sans laide de quelques documents que nous avons recueillis dans d’autres fonds. Le plus utile de ces documents est un arrêt du Conseil, du 10 septembre 1G68. On y apprend qu’en cette année, comme en 16/18, époque où fut fait un arpentage, la totalité de l’île des Cygnes offrait une superficie de cinquante-quatre arpents, soit 5,/too perches, dont 112

(O Voir aux Appendices te résultat de nouvelles recherches sur les lies de Saint-Germain , et un travail complémentaire sur tes pêcheries , moulins et gords compris dans le fief de l’Abbaye.

appartenaient à un nommé Quinet, 1 , 3 8 9 aux religieuses de Longchamp, 887 à 1 hôpital des Pauvres enfermés, 1 , 8 5 6 aux habitants de Chaiilot, et 1 , G 5 6 à 1 église Saint-Sulpice. Ces différents lots représentaient d’anciennes îles jadis séparées, dont nous parlerons successivement.

Ile des Treilles ET Ile Maquerelle. — Ces deux îles furent confondues au xvic siècle, puisque nous lisons dans des titres assez nombreux de cette époque, et dès 1 5 1 J : «Isle Macquerelle dicte l’isle des Treilles. 11 Mais elles étaient certainement distinctes auparavant, car, dans un bail de 1 4 6 1 , à l’appui duquel nous pourrions citer d’autres autorités descendant jusqu’à l’année 1 4 9 4 , il est question d un atterrissement cr près de l’isle des Treilles, tenant d’une part à une ysle appartenant à Gilet Prunier, nommée l’isle Macquerelle, ung bras d’eauë entre deux, et et d autre part à ladicte isle des Treilles, ung fossé entre deux, n L'ile Maquerelle n apparaît point ainsi désignée avant 1 4 6 1 . On a supposé qu elle devait son nom aux débauches dont elle aurait été le théâtre; elle pourrait l’avoir emprunté à un de ses propriétaires. L’île aux Treilles, sans doute ainsi appelée à cause du territoire voisin, est mentionnée dès 1 3 8 3 . Énoncée quelquefois «Grant isle des «Treilles 11 ( 1 4 6 5 ) , elle était plus considérable que l'ile Maquerelle, et il est rapporté, dans une pièce de 1 4 8 8 , que le «hault et couronne de ladicte yslen contenait sept arpents. La position relative des deux îles est douteuse; nous supposons quelles étaient l’une à côté de l’autre, dans le sens du courant. Réunies, elles oui lormé la tête de l’île des Cygnes, en amont, ainsi que le lot de 1 6 5 G perches qui appartint à 1 église Saint-Sulpice, mais dont il n’est aucunement trace dans ses archives.

C est dans 1 île des Treilles qu’allaient paître les bestiaux du bourg Saint-Germain. Le censier de 1 5 3 1 contient cet article : «Du vacher de Sainct Germain «des Prez, pour toutes les vaches dudict Sainct Germain qui vont, le jour Sainct «Jehan Baptiste, en 1 Isle de Messieurs, nommée l’Isle des Treilles. Et doit cha- «cune vache xnd parisis, et chacune génisse vid pour le droit de ladicte ysle. *

ILE AUX Vaches. — Elle était en aval de l’ile des Treilles, et se prolongeait un peu plus loin que le point où l’avenue de la Bourdonnaye rencontre le quai d’Orsay. Elle est déjà indiquée sous le nom d'île aux Vaches en 1 3 5 5 , et l’article du censier de 1 5 3 1 qui y a trait est ainsi conçu : «Du vacher de Chalyau, pour «toutes les vaches dudit lieu, qui vont en l’isle appartenant à Messieurs, nommée «1 Isle aux Vaches, dont chacune vache doit id parisis, le jour de l’assencion.v Chaque année , les habitants de Chaiilot envoyaient leurs bestiaux dans l’île aux Vaches, depuis la veille de la Saint-Jean-Baptiste jusqu’au mois de mars suivant; ils agissaient ainsi en vertu d’une sentence arbitrale rendue, en 1 270 , entre eux et l’Abbaye, dans les cartulaires de laquelle cette sentence n’est point transcrite, non plus que

dans les papiers des Visitandines de Cliaillot, à qui les habitants de ce village cédèrent leur droit, le 1 2 juin 1 6 6 3 . L'ile aux Vaches a été souvent nommée Ile ou Grande île de Cliaillot ( 1 h 76 , 1 58o, etc.). L’arpentage de 1 6/18 démontre que la superficie en devait, être d’environ 1 856 perches, ou dix-huit arpents et demi.

ILE DE JÉRUSALEM. — La première mention que nous en ayons trouvée, avec ce nom, est de 1 48 0. Mais nous savons quelle avait été baillée, le 20 octobre 1/167. à Etienne Péront. Elle était dite alors, et a été dile très souvent depuis, contenir trois arpents, trois quartiers et douze perches, ce qui équivaut aux 887 perches que l’arpentage de 1 fi/18 attribue à l’Hôpital des Pauvres enfermés. Une note du censier de i 5 q 5 lait savoir qu’elle avait été donnée à 1 Hôpital par Melle Hébert, autrement Louise de Beaumont; mais la date delà donation n’est pas fixée, et rien, dans les archives de l’Hôpital, ne renseigne sur ce point ni sur un autre plus important : la situation exacte de Plie.

L’île de Jérusalem est énoncée, en plusieurs documents, » à l’endroict de la basse s rivière de Challyau , au dessoubz de l’Isle des Treilles et au dessus de l’Isle aux ccVaches;n et cette situation intermédiaire serait bien déterminée, si elle n’était contredite par un autre renseignement très précis. En 1 678, les prés de File de Longchamp, que limitait, du côté d’amont, une ligne transversale dont nous connaissons la direction et l’emplacement, sont déclarés tenir par haut aux dix-huit arpents et demi des habitants de Cliaillot (île aux Vaches), et à une petite portion qui avait appartenu à l’Hôpital Général; or, si la terre de l’Hôpital, c’est-à-dire File de Jérusalem, était limitrophe de File de Longchamp, on s’explique très mal comment elle pouvait être aussi intermédiaire entre File des Treilles et File aux Vaches. Privés des données nécessaires pour éclaircir la question, nous pensons qu’il vaut mieux s’en rapporter aux inductions que suggère le document de 1678, et croire que File de Jérusalem était au droit de l’avenue de la Bourdonnaye. 11 y avait, à cet endroit de File aux Cygnes, un renflement qui nous confirme dans cette conjecture.

Ile DE LONGCHAMP. — Elle a été également appelée * Isle de Chalyotn (1576) et aussi FÎle aux Dames (1/176, i4g3) ou des Prez de Longchamp n (1697, 1617), parce qu’avec le fief sis à Cliaillot,, dont elle faisait partie, elle fut acquise en Fan 126g par les nonnains de l’Abbaye de Longchamp, du nommé Robert leBransleh) et de Perronnelle sa femme. Elle a été l’objet de plusieurs déclarations et sentences, dans lesquelles sa contenance est différemment estimée :

(l) Arch. nat. cart. Q 1 18-2-1 183. — L’arrêt du Conseil d’Etat, daté du îo septembre 1668, qui nous donne ce renseignement, et qui avait été rédigé d’après des documents fournis par les Religieux, qualifie Robert le Bransle de comte de

Poitiers; mais le fait ne peut être exact, car on ne connaît point de comte de Poitiers ainsi appelé. D'ailleurs, il est historiquement certain qu’en 1 269 le Poitou appartenait à Alphonse, frère du roi Louis IX.

DEUXIÈME TRIAGE DES TERRES DE SAINT-GERMAIN, douze arpents (i453); vingt arpents (i4. .); quatorze arpents (1676, 1 588); treize arpents et douze perches (161 1); seize arpents quarante perches deux tiers (iôhc)); mais le clnflre de i38g perches est le plus vraisemblable.

Llle de Longchamp futcédée par les religieuses auRoi,le 1 2 mai 1678, moyennant 5,556 livres, et elle est énoncée dans l'acte de vente : tien l’isle appellée et à présent l’isle des Cignes et cy-devant aux Vaches, Maquerelle et de Hiérusalem , ccen la rivière de Seine, vers le bout d’en bas, vis-à-vis les Minimes de Nigeon; te tenant d’une part, à ladite rivière, d’autre part, à un bras de ladite rivière; d’un "bout, par bas, faisant pointe sur ladite rivière, vis-à-vis lesdits Minimes, à une et petite portion, appartenant au nommé Quinet, et, d’autre bout par haut, aux dixcc huit arpents et demi qui ont appartenu aux habitants de Chaillot, et à une petite cc portion qui a appartenu à l’Hôpital Général. » L’île de Longchamp est devenue la queue de l’île des Cygnes, et se terminait à la hauteur de la rue Kléber; elle présentait une forme très pointue, à en juger par les plans de 1G7/1 et 1611 que nous avons vus()l; sa longueur était d’environ 320 toises, d’après ces mêmes plans, qui montrent que les cent douze perches de Quinet étaient disposées en lisière étroite, le long de l’île et sur la Petite Seine courante.

Les archives de l’Abbaye mentionnent, indépendamment des grandes îles que nous venons de nommer, plusieurs îles secondaires et atterrissements, qui n’ont eu qu une existence éphémère, et dont l’emplacement ne saurait être fixé. La principale de ces îles est celle ci de Garennes» ou « des Garennes » (1/171-1535), qui se confond peut-être avec une des grandes îles. En 1/171, aboutissait à l’île des Garennes un atterrissement de trois quartiers, situé ccau long de l’Isle à la cc mère feu Jehan Perrenet.» En 1 485 il y avait «hors i’ysle des Treille» d une île nommée nia Falaise merdeuse,» assez probablement la même que certaine autre île d’un arpent, placée et entre la grant rivière et l’isle des Treilles» (1 53 1). Nous

nommerons encore crie Moteau<2) la Caille» ( 1 546), cria motte des Ramez .

et au-dessus de Nigeon» (i48o), et et une place d’eauë estant en ladicte rivière de rr Seyne, au bras appelé le bras des Vacbes, ladicte place appellée les Grans Ays retenant d’une part au long de l’Isle aux Vaches» (1/176).

Dons la charte de manumission, donnée, en 1255, aux habitants du bourg Saint-Germain, l’abbé parle de son île de la Seine, insula nostra Secane, où les bestiaux seraient admis à paître moyennant redevance. La locution insula nostra implique-t-elle qu’il n’y avait alors qu’une grande île, qu’on aurait plus tard morcelée en trois ou quatre principaux lots? Nous l’ignorons, et nous ignorons pareillement l’époque exacte de la réunion des diverses îles en une seule; toutefois, nous sommes à peu près sûr quelle a dû s’effectuer dans cette seconde moitié du xvie siècle dont les litres nous font défaut, et nous constatons, par le plan

[>> Arcli. nal. cart. Q 1 1 36. — (2) Moteau signifie allerrissement.

fie Quesnel, qu’elle était certainement consommée en 1609. 11 est, du reste, extrêmement probable que l’ile de Longchamp était soudée à celle des Vacbes, dès 1 5 88 , puisque la première est énoncée, dans un bail de cette année : « pièce de

et pré en isle . assise en lisle de Chaillot. n L’île des Cygnes a été jointe à la

terre ferme, en vertu de lettres patentes de 1778; mais le remblai 11’a guère été commencé qu’en 1786.

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