‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 3)Chapitre 37 sur 150 · LE MONT- SAINT-GERMAIN, LA PLANTE-AU-ROUGE · texte numérisé non relu

LE MONT- SAINT-GERMAIN, LA PLANTE-AU-ROUGE

Sur l’ancien plan du terrain des Invalides, que nous aurons l’occasion de citer encore, parce qu’il est fécond en renseignements, l'espace compris entre la rue de Grenelle et le chemin de la Justice, au droit de l’hôtel, est indiqué sous le nom de trlieu dit la Grande-Forest. s Cette dénomination provenait sans doute de quelque chantier, puisqu’il n’y avait là aucun bois; elle ne paraît pas avoir été en usage dans la première moitié du xviB siècle, et nous ne la rencontrons point avant 1599. Elle s’appliquait à une partie du grand territoire qu’on appelait la Garenne, puisque nous avons lu dans une transaction de 1671 : crLa Garenne ou la GrandecrForest.* On trouve, dans les archives de l’Abbaye, de fréquentes mentions de ce territoire de la Garenne, dont la première indication remonte à 1268, et qui a été aussi appelé jadis le Mont-Saint-Germain et les Plantes-Rouges, ou plutôt la Plante-au-Rouge, car il s’agit probablement de jeunes vignes appartenant à un nommé Lerouge. Ainsi nous trouvons des terres énoncées : très Garennes dudict tcSainct-Gerinain, ou lieu anciennement appellé le Mont Saint-Germain* (1 6 g G ) ; trou terrouer et garennes dudit Saint-Germain, ou lieu dit le Mont Sainct-Germain, k autrement les Plantes Rouges* (1 Zi 9 1 ) ; trou terrouer de Gamelles appellé les tt Garennes* (1/191); trou lieu dit la Garenne Saint-Germain, autrement dit Garttnelles* ( 1 A 9 1 ) ; te à la Plante-au-Rouge* (1 355) et tt en la Garanne* (1 355) ou tt Garenne Saint-Germain* ( 1 3 1 8 ) .

Les tenants et aboutissants des terres de celte région confirment d’ailleurs la situation que nous attribuons au territoire du Mont-Saint-Germain, car l’une esl déclarée: tt aboutissant sur le grant chemin de Gamelles* (1A90); une autre: tt aboutissant, d’un bout, au chemin par lequel on va dudit Saint-Germain à Gartmelles (rue de Babylone) et, d’autre bout, au grant chemin (à la rue) de Gamelles* (1/192); une troisième: ttau terrouer de Gamelles, près la Justice Saint-Germaintt des-Prés ou lieu dit le mont Saint-Germain; tenant d’une part et aboutissant au tt Chemin-Neuf* (i53a). Néanmoins le terrain situé entre la rue de Grenelle et la rue Saint-Dominique, vers l’emplacement des Invalides et au delà, a parfois

aussi été regardé comme dépendant du canton de la Garenne ou du canton de la Grande-Forêt, puisqu’un arpent ccà la Garenne» aboutissait don bout au chemin aux Vaches et d’autre bout au chemin des Treilles (i53o), et qu’une propriété cc sise au lieu dit la Grande Foirest» aboutissait d’une extrémité au chemin de Grenelle, et de l’autre au chemin du Port ( 1 5 gg ) .

La zone à laquelle ces dernières indications se rapportent avait nom cria Petite ccForêt» en 1 6 1 3 et 16/12. Sur un plan de 1753, un vaste terrain, voisin de la Ferme de Grenelle et borné par les rues Saint-Dominique et de Grenelle, esL appelé « chantier de la Petite-Forêt,» tandis qu’un autre, qui formait la pointe de l’ilot se terminant devant la Ferme et compris entre la rue de Grenelle et l’ancien chemin de la Justice, est appelé cc chantier de la Grande-Forêt.» Les titres du clos des Rillettes montrent que le canton de la Grande-Forêt a fini par être énoncé aussi : cela Vieille-Forêt» (1671), et qu’il commençait dans les environs de la rue de Bourgogne.

La Garenne Saint-Germain proprement dite devait être, à l’origine, non point un lieu où l'on élevait des lapins, mais bien un terrain livré à la vaine pâture, ou plutôt encore un emplacement boisé, peuplé de gibier et réservé pour la chasse ,l1. Cet emplacement n’occupait probablement d’abord qu’une portion du territoire appelé depuis la Garenne ou Gamelle, qui devint lort considérable, car il s étendait au moins sur les 2e, 3°, 4e et 5e triages. 11 n’avait point, au surplus, de limites strictement définies, et il se confondait, par suite de la similitude des noms, avec le Gamelle (1210) du fief de Sainte-Geneviève, lequel semble être le Gamelle primitif, et le vrai. Garenne et Gamelle sont deux expressions à peu près identiques, car Gamelle, Grenelle et Guernelle se rendaient en latin par Guranella (1 203), diminutif de Gavenna on Garanna , traduction de Garenne ou Garanne, mot dérivé de l’allemand. Formées du même radical et ayant un même sens, les deux appellations s’employaient souvent l’une pour l’autre. On écrivait par exemple : cr lieu dit la Garanne Saint-Germain autrement dit Grenelles» (1/191), et cela Basse s Garenne» ou ce le Bas Gamelle; » mais parfois on distinguait, et l’on a écrit ainsi : e:au lieu dit Haute-Garenne, près Grenelle» (1/189). Dans cette dernière phrase, le second vocable désigne spécialement le lieu qui dépendait de la seigneurie de Sainte-Geneviève, et où s’est formée la commune moderne de Grenelle.

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