DE 1564 A
Sommaire. — Catherine de Me'dicis fait démolir le palais des Tournelies (1 56 A). — Elle veut créer ie palais des Tuileries et acquiert des propriétés dans cette région. — Copie d'un contrat de vente : Le jardin des Cloches (î 56 A ). — Acquisitions sur le terrain des Quinze-Vingts (î 565).
Etablissement d un bac sur la Seine (mai i564). — Ressources pécuniaires employées pour les travaux des Tuileries (t 565- j 567). — Plans adoptés par Catherine. — Les Écuries (1 568).
Description de I ancien Palais. — L’escalier. — Les architectes. Commencements de Philibert de i Orme. Philibert de i Orme à Lyon (1 54s). — Il est ingénieur militaire, architecte du Roi (i548). — 11 est abbé commendataire (1 548). Ses armoiries. — Sa disgrâce (1 55g). Plaisanteries de Ronsard.— Jugement porté sur Philibert de l’Orme.— Son livre A' Architecture. Jean de l’Orme , frère de Philibert, architecte (1 558). — Testament de Philibert de l’Orme.
— Jean Huilant. — Ses ouvrages. — Il devient architecte des Tuileries (1 57o). — Sa famille.
— Son testament. — Les jardins des Tuileries (i57i-i578). — Copie d’une lettre de Catherine de Médicis (1 667). — La grotte du Parc. —Denis de fiernard Palissy. — Découverte des fours et des moules de Bernard Palissy (i865).— Dépenses pour les travaux des Tuileries.
Comptes relatifs aux travaux de la famille Palissy. — Craintes superstitieuses de Catherine de Médicis. Interruption des travaux des Tuileries. Hôtel de Soissons (1671-1577). Henri III
Henri II ayant été blessé mortellement sembla prendre cette demeure en aversion , détruire. Elle lit donc publier, le 28 janvier
Charles IX, des lettres patentes ordonnant la démolition totale de l'hôtel h'. A cette époque elle était sur le point de commencer la construction d’un château magnifique, dont la grandeur devait effacer celle de toutes les autres résidences souveraines, et, si elle ruinait le vieux manoir de Charles VI, c’était pour le remplacer par le palais moderne des Tuileries.
Elle nul
créer les Tuileries et acquiert
propriétés contiguë.
La maison acquise en 1 5 1 8 par François I" n’avait été donnée à Tiercelin et à sa femme que pour en jouir leur vie durant, et non pour la transmettre à leurs héritiers. Cette condition fut de nouveau exprimée dans le don de la tt maison rtappellée les Tuileries,!) fait en i5Aq ou i55o à Vespasien Calvoisin Vivier, «écuyer de l'Ecurie, n et sans doute aussi dans un troisième don qui eut lieu, au mois d'octobre 1 5 5 g , en faveur de Scipion Provène (?), premier écuyer du Roi W. Vers ce temps néanmoins les réparations de la maison étaient à la charge de la Couronne, car les comptes des bâtiments pour l’année 1 5 5 8-5 g indiquent des travaux de vitrerie faits par Jean de la I lamée en divers lieux, y compris «l'hostel des Tuileries, n lequel, probablement, ne s’étendait point encore au delà de ses anciennes limites. Ces limites, assez restreintes, n’étaient nullement compatibles avec les dimensions de l’édifice et du parc que rêvait Catherine ; pour disposer du vaste espace qui lui était devenu nécessaire, elle fut donc obligée d’acquérir une partie considérable des terrains voisins. Or les propriétés environnant l'hôtel des Tuileries appartenaient à un grand nombre de particuliers, et, conséquemment, elles ne purent être achetées qu’au moyen d’une suite de transactions isolées, consacrées par autant d’actes. Cependant les renseignements sur ces transactions sont restés pour nous extrêmement rares, et il ne s’en trouve aucun là où nous comptions bien en rencontrer, par exemple dans les archives du fief de l’Évêché, dont relevait toute la région. Le seul contrat de vente parvenu jusqu’à nous est celui du logis des Cloches, qui fut passé le i5 janvier 1S6 h (n. s. ou î 5 6 3 v. s.) et dont voici la copie (3) :
Le jardin des Cloches.
«A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, Anthoine Duprat, chevallier, cr seigneur de Nantoillet, de Précy et Rozay, baron de Thiert et de Toury, con- «seiller du Roy, nostre sire, gentilhomme ordinaire de sa chambre et garde de la
(l) Il est dit dans ces lettres qu'une partie des sommes provenant de la vente des matériaux et du terrain pourrait servir à la construction du Louvre.
Inv. des Mém. PP et A A A de la Chambre des comptes; Arch. de l'Emp. reg-. PP 119, p. 37, et PP 1 a 0, p. 10. — Le compte de l’Argenterie pour 1 55g mentionne simplement le «sieur Scipion, es- « rayer d'escuirie du Roy, » et il n'est point non plus qualifié de premier écuyer dans d’autres documents
postérieurs, qui ne portent que le nom de Scipion.
(3) Celte pièce a éLé achetée, à la vente des archives de Joursanvault, par M. Leber; elle porle le numéro 6780 dans le catalogue de sa bibliothèque, aujourd’hui réunie à la bibliothèque publique de Rouen, où nous l’avons copiée en 1 858. Elle a déjà été publiée par M. de Montaiglon dans Y Annuaire du département de la Seine, de M. L. Lacour, année 1860, p. 786 et suiv.
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. trPrévosté de Paris, salut. Savoir faisons que pardevant Claude Boreau et Pierre ctCayard, notaires jurez du Boy, nostredict seigneur, en son Cliastellet de Paris, tr furent présens en leurs personnes noble homme maistre Jehan Morlet de Mûri seau, conseiller du Roy, nostre sire, en sa court de Parlement, et dame Anne crde Museau, femme de messire Jehan de Beaune, chevallier, seigneur de la Tourrtd’Argy, conseiller et maistre d’hostel ordinaire de la Royne, auctorisée par justice rtau reffuz dudict seigneur son mary, frère et seur, et héritiers par bénéfice d'inrcventaire de feue noble dame Marie Briçonnet, en son vivant dame de Charsoncr ville , leur mère, jadis vefve de feu messire Morlet de Museau, en son vivant tr chevallier, conseiller et maistre d’hostel ordinaire du Roy. Lesquelz recongnutrrent et confessèrent, et par ces présentes confessent avoir vendu, ceddé, quicté, tt transporté et délaissé du tout, dès maintenant tousjours, et promectent gartrentir de tous troubles et empeschemens générallement quelzconques, à trèstrhaulte et très-excellente princesse Catherine, par la grâce de Dieu Royne de tt France, mère du Roy, absente; hault et puissant seigneur messire Anthoine, tt comte de Crussol, chevallier de l’ordre du Roy, cappitaine de cinquante hommes tt d’armes de ses ordonnances, et chevallier d’honneur de la Magesté de ladicte ((Dame, noble homme maistre Martin de Beaune, conseiller du Roy, nostre sire, et tt maistre des requestes ordinaires de son liostel et chancellier de ladicte Dame, ttet noble homme maistre Pierre de Picquet, conseiller, trésorier et receveur tt général des finances de ladicte Dame, ès noms et comme stipulions en ceste tt partie, et eulx faisans et portails fors d’icelle Dame, par laquelle ilz promectent tt faire ratifiier et avoir pour bien agréable le contenu cy-après, dedans deux jours tt prochainement venans, à ce laire présens et acceptans, achepteurs et acquesteurs «pour ladicte Dame, ses hoirs ou aians cause ou temps advenir, ung jardin cloz ttde murailles de tous costez, ouquel y a deux pavillons couvertz d’ardoize, faictz a en façon de cloche. Ledict lieu ainsi qu’il se poursuit et comporte , appellé le Jardin e des Cloches, qui lut et appartint à ladicte defl’unctte dame, Marie Briçonnet, leur tr dicte mère, et faisant partie du lieu des Thuilleries, assis hors et près la PortettNeufve, près les fauxhourgs Sainct-Honoré de ceste ville de Paris. Tenant letrdict jardin, d’une part, à ladicte dame Royne, à cause de l’acquisition par elle ttfaicte de Mous, de Villeroy; d’aultre part, aux terres labourables estans entre tt les fossez cy-devant faictz pour la fortifïi cation de la Ville et le mur dudict jarttdin; d un bout, pardevant, sur le quay ou chaussée de la rivière de Seine, tr allai) t de ladicto Porte-Neuve aux Bons-Hommes; d’aultre bout, par derrière, (taux terres labourables estans entre lesdictz fauxbourgs Sainct-Honnoré et ledicl ttlieu des Thuilleries; ausdits vendeurs appartenant par le décez et trespas de rleurdicte feue mère; estant en la censive de monseigneur l’Évesque de Paris, et tt chargé envers luy du cens que ce peult devoir, que lesdictz vendeurs n’ont sceu ((dire ne déclarer, pour loules charges; pour en joir par ladite dame Royne, ses-
«dictz hoirs et aians cause, et en faire et disposer à tousjours comme de sa « propre chose, vray et loyal acquest. Cestz vente, cession et transport faictz à la « charge dudict cens seullement, et oultre, moyennant et parmi le pris et somme ci de six mil cinq cens livres tournoys. Sur laquelle a esté présentement baillé et r payé ausdictz vendeurs, par les mains dudict de Picquet, la somme de quatre rt mil cinq cens livres tournoys; laquelle somme leur a esté baillée, payée, compte tée, nombrée et délivrée en testons du Roy et douzains bons et aians de présent « cours, présens les notaires ; dont lesdictz vendeurs se sont tenuz et tiennent pour rrcontens, et en ont quicté et quiclent ladicte dame Royne et tous aultres de larr dicte somme de quatre mil cinq cens livres tournoys. Et le reste de ladicte tt somme, montant deux mil livres tournoys, lesdits sieurs de Crussol, de Beaune rc et de Picquet, oudict nom, et encore ledict de Picquet en son propre et privé nom, renonçant par luy au bénéfice de division et ordre de discussion, promecrr tent et gaigent bailler et payer ausdictz vendeurs, dedans le jour et l’este saincl e Jehan-Baptiste prochainement venant; et, pour seureté du paiement de ladicte «somme de deux mil livres tournois, lesdictz sieurs de Crussol, de Beaune et de « Picquet, oudict nom , ont, par exprès et espécial ypothecque, obligé et ypothccqué rr envers lesditz vendeurs, ledict lieu présentement vendu, et générallement toutes "les aultres terres, seigneuries, héritaiges et biens de. ladicte dame Royne, sans ce et que la généralle obligation desroge à l’espécialle, ne l’espécialle à la généralle. ffEt, en ce faisant, lesdictz vendeurs ont ceddé, transporté, et par cesdictes présentes ceddent et transportent à ladicte dame Royne tous les droitz de propriété, trions, saisine, seigneurie et possession, droietz, noms, raisons et actions qu’ilz « avoient et pouvoient avoir ores et pour le temps advenir, en et sur ce que dict est «présentement vendu; et de ce s’en sont desmis, dessaisiz et desvestus du tout « ès mains desdietz notaires, comme ès nostres souveraines pour le Roy nostre dicl «seigneur, pour ou nom et au profict de ladicte dame el Royne et de scsdicl s «hoirs et aians cause. Voullans, consentons et expressément accordans qu’elle en «feust et soict saisie, vest.ue , mise et receue en bonne et su lli. santé saisine et «possession par celluy ou ceulx et ainsi qu’il appartiendra; el il abondant pour ce «faire voulloir, réquérir et consentir estre faict partout dueinent et ainsi qu’il ap- « partient, lesdictz vendeurs ont faict et constitué leur procureur général et certain «messaigier espécial le porteur de cesdictes présentes, auquel dz ont donné et •• donnent pouvoir et puissance de ce faire, et tout ce que au cas appartiendra et «sera nécessaire. Laquelle présente vente, cession, transport, promesses, obliga- -tions, garanties, gaigeries, et toutes et chacune les choses susdictes, et en ces- « dictes présentes contenues el escriptes, lesdictes parties èsdietz noms et chacune «d’elles endroict soy, promisdrent et jurèrent par leurs sermens et foy ès mains «desdietz notaires, comme en nostres souveraines pour le Roy nostredict seigneur, «avoir et tenir pour bien agréables, fermes et stables à tousjours, sans jamais
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 5 rt à nul jour, par elles ne l’une d'elles ne par aultres, aucunement y contrevenir, « l’ustou soict par voye d’erreur, d’ignorance, lézion, circonvention, ne aultrement, «commant que ce soict ou puist estre; ains rendu et paier l’une d’elles à l’aultre à tt pur età plain et sans aucun plaid ou procez tous coustz, fraiz, missions, despens, ttdommages et intérestz qui faitz, euz, souffertz, souslenuz et encouruz seroient, tr par deffault de garentie, paiement ou d’aucunes des choses susdictes non faictes, tt tenues, entretenues, et non duement accomplies ainsi que dict est; et en ce pourtr chassant et requérant soubz l’obligation de tous et chacuns leurs biens et ceulx de «leurs hoirs, meubles et immeubles présens et advenir qu'ilz, èsdictz noms, mes- « mement icelluy sieur Picquet en son propre et privé nom, en ont pour ce soubzmis « et soubzmectent du tout à la justice, juridiction et contraincte de ladicte Prévosté tt de Paris et de toutes aultres justices et juridictions où trouvez seront; et renonttcèrent, en ce faisant, expressément lesdictes parties èsdictz noms et chacune tt d’elles endroict soy, à toutes choses généralement quelconques à ces lettres contt traires, mesmes icelluy de Picquet au bénéfice de division et ordre de discussion . tt connue dessus et endroict disant généralle renonciation non valloir. En lesmoing tt de ce, nous, à la rellation desdictz notaires, avons faict mectre à cesdictes «présentes le scei de ladicte Prévosté de Paris, qui passées furent tripples, l’an tt mil cinq cens soixante - troys , le samedi quinziesme joui1 de janvier. — Ces «lettres pour ladicte dame Anne de Museau.
tt P. CaYARD. C. IÎOREAU.Ti
tt Le dimanche treiziesme jour d’aoust, l’an mil cinq cens soixante-quatre, a esté « payé par noble homme Pierre de Picquet, conseiller, trésorier et receveur gétt néral des finances de la Royne, mère du Roy, nommé au contrat cy-devant esttcrit, à noble homme et saige maistre Jehan Morelet de Museau, et dame Anne tt de Museau, sa sœur, ès qualitez déclarez audict contrat, la somme de deux «mil livres tournois faisant le reste et parpaye de la somme de six mil cinq cens «livres tournois contenue en icelluy contract; dont a esté baillé quictance parti- «cullière audict de Picquet, passée pardevant les notaires soubzscriptz les jour «et an susdictz, laquelle est ce présent escript et ung autre escript au pied du «semblable contract estant en la possession dudict sieur maistre Jean Morelet de «Museau, ne serviront que pour ung mesme acquict.
«R. CoXTESSE. R. V IARD. «
L’emplacement du jardin des Cloches forma l’extrémité occidentale du parc de Catherine. Le texte qui précède montre que le clos Le Gendre, attenant au jardin des Cloches et distinct des dépendances de la maison des Tuileries, était déjà aux mains de la Reine au mois de janvier i564, et qu’elle l’avait acheté du seigneur de Villeroy. Nous avons cherché sans succès la date de cette transaction; il est à
Acquisitions sur le terrain Quînze-Ving ( 1 565.)
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, croire quelle fut conclue peu de temps auparavant, parce que les maisons en bordure sur la rue Saint-Honoré qui sont dites aboutir aux propriétés de la Reine eu 1 566 sont encore dites aboutir à celles de Villeroy en 1 563.
En janvier 1 564, les terres de Villeroy et le jardin des Cloches ayant été réunis au pourpris de l’hôtel des Tuileries, qui, on se le rappelle, faisait le coin du quai et du chemin sur les fossés, il ne restait plus, pour atteindre les dimensions que Catherine se proposait de donner à son parc, qu’à y annexer une zone de soixante et onze toises de large, à prendre sur le clos des Quinze-Vingts, alors morcelé en une Joule de parcelles. Cette zone était occupée par une quinzaine de maisons faisant front sur le chemin des Fossés, et par les jardins ou dépendances de celles qui avaient leurs façades sur la grande rue du Faubourg. Nous avons cité un titre du 22 février 1 5 6 5 , où, une de ces maisons est énoncée tt aboutissant par tt derrière à demy-arpent dix-sept perches et deux tiers de terre ausdicts venir deurs appartenons, et qu dz dient. la Royne mère avoir faict mesurer pour cornet prendre avec les bastimenz quelle faict à présent faire, et faisant partie ledict. "lieu du cloz des Quinze-Vingts. n Ainsi, au commencement de 1 5 6 5 , on s’occupait de l’expropriation de la partie du clos qu’il fallait acquérir, mais l’opération n’était point tout à fait consommée. Les archives de l’Hospice ne nous ont point appris la date précise à laquelle elle eut lieu définitivement; nous \ avons vu simplement que , le 3o janvier 1 56g , les Aveugles reçurent la somme de 1 9 livres 8 sous 9 deniers pour nie rachapt de dix-neuf perches deux toises et huit pieds de terre cccslans du cloz des Quinze-Vingts, que la Royne mère» avait, ccedict jour, faict nrachapter par ledict maistre Jehan de Verdun, au pris de 200 livres tournoys «l'arpent1'1;» puis, que le rachat général des droits perçus par les Quinze-Vingts sur les parties de leur clos dont s’empara la Reine s’effectua au moyen de la constitution, par la Aille, d’un contrat de rente de 3y livres i3 sous tournois, transaction passée en présence des notaires Jean Yver et François Ymbert, le 1 6 décembre 1 567. Dans le compte de l'Hospice pour l’année 1 565-66 , les maisons du clos, situées sur le chemin des fossés, sont mentionnées comme existant encore; 011 n’y voit point d’ailleurs qu’elles appartinssent à la Reine, mais bien quelles aboutissaient à son palais. Le compte de 1566-67 porte : nLa Royne a it prins la plus grande partie des maisons sur lesquelles les rentes se preignent, et ira ordonné rentes sur 1 Hôtel de Ville, au lieu des rentes que dévoient les maiitsons estans au cloz.» Enfin, dans le compte de 1667-68, les maisons dont la démolition était nécessaire pour la réalisation des projets adoptés sont déclarées trabatues et aplicquées au pallais de la Royne mère.» Quant à des détails sur les ventes successives des diverses parcelles, et notamment de la pièce de trois ar-
La maison dont ce terrain dépendait est celle sur l’emplacement de laquelle fut percée la rue du Dauphin. (Voir t. I. p. a r)4 . )
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 7 périls et demi enclavée dans les terres de Vilieroy, il n’en existe pas même de trace dans les anciens inventaires, ce qui est fort singulier. Plusieurs documents nous portent à croire que l’acquisition des terrains sur lesquels Catherine de Médicis éleva son palais et planta son parc se fit entre les années 1 5 6 3 et 1567: que la Reine mère acheta d’abord les propriétés de Vilieroy, puis le jardin des Cloches, et en dernier lieu les dépendances du clos des Quinze-Vingts.
C’est des carrières de Vaugirard et de Notre-Dame-des-Champs que furent tirées les pierres destinées aux bâtiments des Tuileries, et, pour leur faire franchir la rivière, au lieu où se trouve actuellement le Pont-Royal, un bac fut établi, qu’on donna à bail à la communauté des maîtres passeurs, le 1 h mai i56ù. Dans une nouvelle concession de ce bac, datée du 29 novembre 1 5gû , nous lisons : « Veu la trrequeste à nous présentée par la communaulté des maistres passeurs d’eaue en et cette ville de Paris, contenant que, pour la commodité du bastiement du pallais ttdcs Thuilleries et au commencement d’iceluy bastiement, Hz auroyent esté comte mis à garder le bac qui fut ordonné et mis audevant ledict lieu des Thuilleries, tt pour y passer et rapasser toutes les pierres, matériaulx et aultres choses nécesttsaires pour ledict bastiement, et dont bail leur auroyt esté i'aict tant par dame tt Marie de Pierrevive, dame du Péron et d’Armentières, Tune des dames de la tt Chambre de la Royne, commise par la Majesté de ladicte Dame à la construction ttdu bastiement du pallais des Thuilleries, révérend père en Dieu, messire Philtt bert de l’Orme, conseiller et aulmosnier ordinaire du Roy, abbé de Sainct-Ciergue tt et architèque de la Majesté de ladicte dame Royne, que par noble homme Guil-
ttlaume de Marie . prevost des marchans . le quatorziesme jour de
t- may, mil cinq cens soixante-quatre (Ih 11 Ce passage justifie l’opinion commune relativement à l’époque où fut commencé l’édifice1'21, et nous révèle ce fait bizarre que les travaux avaient lieu sous la surveillance d’une sorte de commission comptant parmi ses membres une femme, la dame Du Perron. Aussi bien a-t-011 la preuve que Catherine confia plusieurs fois à des femmes certaines fonctions qu’on a toujours été dans l’habitude de voir exercer par des hommes, et nous retrouverons plus loin la dame Du Perron délivrant des ordres de payement pour les ouvrages des Tuileries.
Pourvoir avec ses seules ressources aux dépenses considérables de la construction de son nouveau palais n’eût point été chose facile pour la Reine, dont les
finances étaient sans cesse embarrassées.
!l) Arch. de l’Emp. cart. Q 11117-68. — Pour conduire au bac on ouvrit , dansles terres en culture , un chemin qui est devenu la rue du Bac, dont la véritable origine n’est indiquée nulle part, et dont
Le 29 janvier 1 5 6 0 , elle se ht donc
nous reparlerons avec détails dans l’histoire du faubourg Saint-Germain.
(ï) Au mois de mai, suivant Félibien, qui parle nous ne savons d’après quelle autorité.
Etablissement d’un bac sur In S< (Mai 1 5 G /■ . )
Ressources pécuui employées pour les travail des Tuileries.
( «565- ibfiy.
délivrer par le Roi, son fils , alors à Moulins, des lettres qui furent confirmées le i 2 février suivant et enregistrées le 1 8 , lesquelles lettres portaient donation d’une somme de 100,000 livres tournois à prendre sur les restes des comptes; cette somme devait être remise à s René Lupin, commissaire ordinaire de nos guerres, n dit le Roi, rc et par nous commis à tenir compte et faire le payement des frais et «dépenses nécessaires pour la construction des bastimens du pallais que la Royne, «nostre très-honorée dame et mère, faict construire et édifiîer aux Tailleries, 11 Le don de 100,000 livres était insuffisant; il fut suivi quelques mois après, le 18 novembre, d’un autre de 1 5o, 000 livres, pareillement assigné sur le fonds des restes, et, comme le recouvrement ne s’en opérait qu'avec lenteur, le banquier Vincent Bonnisy proposa d’avancer à Catherine Go, 000 livres à compte, devant être versées avant le 1"' avril 1567. L’offre fut approuvée par Charles IX, qui la ratifia par lettres patentes données à Saint-Maur-des-Fossés, le 22 novembre 1 5 6 6 , et enregistrées le h décembre. Le 27 octobre précédent, le Roi avait fait don à sa mère de 8,000 livres «pour emploier en l’achapt de certaines maisons et héri— « taiges, qu’elle n désirait «recouvrer pour la décoration et acrument de son pallais «des Tliuillcries.il Cependant la rentrée des sommes allouées à Catherine s’effectuant avec toutes sortes de difficultés qui menaçaient d’interrompre les travaux, le 2 juillet 1567, le Roi, alors à Saint-Germain-en-Laye, lui abandonna pour quatre années le fonds entier des restes, et, le 29, Jacques Ligier fut chargé d’en faire la recette, en remplacement de Guillaume Le Jars. Des lettres du ah août 1670 reconnurent ensuite à la Reine le droit de choisir le comptable présidant à la perception des restes. Elle dut néanmoins recourir à de nouveaux emprunts, et il existe un contrat passé entre elle et le banquier florentin François Sixte, par lequel celui-ci s’engage à lui prêter 120,000 livres en deux années, soit 5,ooo livres par mois, et à déposer un cautionnement de i5,ooo livres, qu’il consent à perdre s’il n’exécute pas fidèlement le traité. La transaction fut conclue à Boulogne le 3i janvier 1671, et reçut le jour même l’approbation du Roi; de plus, «en considération du notable service libérallement et à propos offert par «ledict Sixte, et au temps qu’on estoit en peine de trouver homme qui entrast en «party et fist quelque advence pour empescher la ruyne do cen qui était «com- « mancé audict pallais des Thuilleries, laquelle ruynen aurait été «en danger de «s’ensuivre sans lesdictes offres, r Charles IX gratifia Sixte de 10,000 livres, à prendre également sur le fonds des restes, dont il lui fut permis de faire diriger la gestion par ses créatures. Les lettres patentes à ce relatives furent enregistrées le 1 h février 1 5 7 1 ( 1 1 . Catherine, d’ailleurs, continuaplus tard à disposer d’une portion du fonds des restes, sur lequel elle fut autorisée à prendre, le 27 mai 1 678,
(1) Arch. de l’Emp. Mémoriaux de la Chambre g’istres nous ont été obligeamment signale's par
des comptes, reg. EEE, fol. *255; FFF, fol. 35g; M. H ui 1 1 a rd-B r éholles . Voir aux Appendices.
KKK. fol. 190; LLL, fol. 44, 46, 47. Ces re-
TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARI
CHATEAV DES TVILERIES
29,000 livres, le 19 novembre 1676, 3i,ooo livres, et le 5 décembre suivant, 35,000 livres.
Suivant les plans adoptés par Catherine, et à nous transmis par Du Cerceau!1), le palais des Tuileries devait être inscrit dans un rectangle d’environ cent trentequatre toises et demie de largeur sur quatre-vingt-trois toises un pied de profondeur<2), dont les plus grands côtés étaient perpendiculaires à la Seine. (Voir la planche ci-contre. ) Entre les gros pavillons en saillie formant les coins de l’édifice, les petites ailes, celles du nord et du sud, ne présentaient qu’un avant-corps, tandis que les grandes ailes en offraient trois, celui du centre étant plus petit que les avant-corps intermédiaires, dont les proportions étaient moindres que celles des pavillons d'angle. Intérieurement le palais renfermait une grande cour centrale carrée, cantonnée de quatre cours latérales d’une superficie beaucoup plus restreinte, séparées entre elles par un bâtiment elliptique, et séparées de la grande cour par une aile se dirigeant de l’est à l’ouest. Ainsi disposé, le monument était entouré d’un espace limité par quatre murailles : celle de l’occident, remarquable par un décrochement, servait de clôture au jardin ou parc; celle du midi longeait le quai; celle de l’orient n’était autre que la contrescarpe du fossé de la Ville'31, sur lequel était jeté un petit pont; la muraille du nord était mitoyenne avec des maisons faisant front sur la rue Saint-Honoré, et deux écuries s y appuyaient. Ces écuries se composaient chacune d’un bâtiment de trente toises quatre pieds de longueur et de cinq toises six pouces de profondeur, à l’extrémité duquel s’élevait un pavillon en retour d’équerre, de cinq toises de profondeur sur une longueur de six toises cinq pieds trois pouces.
Tel était le projet grandiose dont Catherine caressait la pensée; mais elle n’en l« lealisa qu une faible partie. Tout ce quelle vit s élever des bâtiments des Tuile-
'■ Dans le second volume Des plus excellons bnstiinens de France, publié en 1679. La planche de Du Cerceau est évidemment très-inexacte dans ses détails; mais, comme nous ne' sommes point absolument certain des corrections qu’il conviendrait d’y apporter, nous avons préféré la reproduire telle quelle a été gravée, sauf en ce qui concerne les parties réellement bâties.
2) On juge mal des dimensions de l’édifice projeté par le plan de Du Cerceau, dont l’échelle manque de précision; mais on y peut constater que les petits côtés devaient avoir identiquement la même longueur que les bâtiments construits du temps de Catherine, lesquels existent encore et offrent un développement de quatre-vingt -trois toises un
pied. Pour avoir le chiffre de la longueur entière des grands côtés, à ces quatre-vingt- trois toises un pied il faut ajouter deux fois vingt-cinq toises quatre pieds pour les pavillons d’angle et les bâtiments par lesquels ils se seraient reliés aux pavillons intermédiaires ; le total est de cent trente-quatre toises trois pieds.
(3) Du Cerceau représente les grandes ailes du palais comme parallèles entre elles et avec le mur d enceinte de Paris; or ce mur biaisait sensiblement par rapport aux bâtiments des Tuileries; il faut donc en conclure que le parallélisme eût été impossible à obtenir. On doit encore observer que les plans de Du Cerceau comportent un assez grand rétrécissement du fossé.
Plans
par Catherine pour
s des Tuileries.
Écurie 1 568. )
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, ries se borna effectivement à une des écuries, celle de l’ouest, et à un peu plus de la moitié des corps de logis en façade sur le jardin. Cette moi Lié consistait dans le pavillon central, les deux galeries contiguës, le pavillon attenanL à la galerie du midi, lequel rie fut terminé que sous Henri IV , puis les fondations, et peut-être l’étage inférieur du pavillon attenant à la galerie du nord. Elle fit plus pour le parc, qu’elle conduisit à peu près à son entier achèvement, à en juger par le plan de Du Cerceau , qui , publié en 1 5 7 9 , est dit représenter le jardin tel qu il était alors, et le château tel qu’il serait. Du reste, nous ne pouvons suivre chronologiquement les progrès des travaux des Tuileries, car les historiens n’en disent rien11; et le seul compte existant encore 11e fournit guère de renseignements que sur le parc(2). Toutefois nous devons croire que l’écurie était laite en 1 5 6 8 ^3), puisque, dans les comptes des Quinze-Vingts pour cette année, la maison de 1 Image Notre-Dame et celle qui lui était contiguë sont énoncées aboutissant aux itescuyries du pallais nde la Koyne mère, * auxquelles nous savons, d’autre part, qu’on travaillait en 1570. Eu 1572, il est de nouveau question de ctl’escurie de la Royne,» qu’en 1609 on appelait ctl’Escurie du Roy,n et que, depuis, on a nommée la Grande Écurie, pour la distinguer d’autres dépendant pareillement du château. Le manège annexé à la Grande Écurie, et longeant les murs du jardin, remontait à la même époque. Dans le compte de l’année 1570-71 . il est parlé de cette tt carrière
(l) Il y a bien, dans le grand ouvrage de de l’Orme, publié en 1667, «[nelques passages où il est fail allusion à l’étal des travaux des Tuileries; mais les conséquences qu’on en peut tirer sont insignifiantes; on voit néanmoins qu’au moment où il écrivait (1 565 ou i566) on était en train de bâtir les portes du pavillon central et des galeries. De l’Orme dit, en outre, qu'il n’a point encore eu à s'occuper des frornemens et enrichissemens des «épistyles (architraves), zophores (Irises), et cor- « niches ioniques du palais.»
:>] Les planches de Du Cerceau ne semblent point reproduire tout ce qui était déjà construit lorsque parut le volume dont elles font partie, en 1679. Du Cerceau 11e nous apprend d’ailleurs que peu de chose dans sa courte notice, dont voici le texte: rrCe •• lieu estoit , n'a pas longtemps, une place aux faulx- •r bourgs de Sainct-Honoré , à Paris, du costé du ff Louvre , et est costoyé de la rivière de Seine , où il y rravoil certaines maisons dédiées à faire les thuilles, fret près d’iceluy y avoit quelques beaux jardins. La rrRoyne, mère du Roy, ayant trouvé ce lieu bien tf commode pour faire quelque bastiment plaisant, ff (ist commencer à y bastir, et ordonna premièrerrment le dessein que vous en ay figuré: avec ce,
rfist dresser les jardins suyvans, el ainsi que vous •fies voyez par mes portraicts. Icelle dame ayant fbien considéré le premier dessein du plan, ne l'a rrde guères depuis changé, excepté quelques augrrmentations qu’elle a délibéré y faire. Ce bastiment ff n’est de petite entreprinse, 11e de petit œuvre; el -estant parachevé, ce sera maison vrayment royalle. tfUne partie des fondemens sont assis il y a jà assez f longtemps : mais il n'y a encor qu’un corps double ffeslevé, portant deux faces, servant iceluy corps de Tmembres de comnioditez et d'une gallerie joincts -f ensemble. En l une des faces est la gallerie du costé ffdu jardin; en l’autre sont les comnioditez du costé ff de la court. Le portail qui est au millieu de ce corps ffest garny de coulonnes fort enrichies de certains ■f marbres et jaspes. Tout ce qui est basty est faict rrde bonne matière de pierre de taille, avec bonne rr ordonnance et symmétrie ; or, d autant qu il n’y a rfélevation que d’un corps , je 11e vous en déclarera ray point davantage, et aussi que les élévations fret comnioditez se pourront changer. Tant y a que ^ par le plan et élévation vous pourrez cognoistre ce frqui y est.»
(3) Voir l'Appendice V, Grande Ecurie des Tuileries.
TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VI EVX PARIS
PLAN REST1TVÈ DES PARTIES CONSTRVITES PAR CATHERINE DE MED1CIS (Fig. .) ET PAR HENRI IV (fig.i).
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 11 rt à picquer les chevaulx,» ainsi que du tertre qu’on fit à l’extrémité; dans un titre de 1 587 , il est aussi question de la te carrière de l’escurie du Roy ; 11 dans un autre de 1602, de (d'académie du Roy, 11 et, sur le plan de Mathieu Mérian, on trouve enfin employée l’appellation h Manège, qui est restée en usage jusqu’au percement de la rue de Rivoli, dont l’emplacement correspond exactement à celui de la tt carrière, n
Avant la construction de l’hôtel d’Armagnac, le premier écuyer du Roi logeai! dans le pavillon en retour d’équerre de la Grande Écurie, tt Ce bâtiment , * écrivail Sauvai vers 1660, ttbien qu’il ne soit que commencé, ne laisse pas de renfermer tr une écurie où il tient quarante chevaux d’un seul côté; de la clef des croisées ” de ses greniers sortent des tètes de chevaux; au-dessus de la porte est élevée une tt figure de cheval, qui n’a plus de tête, et même à qui on a rompu les pieds el tries jambes, ouvrage cependant de maître Ponce, l’un des meilleurs sculpteurs du tt siècle passé qui soit venu d’Italie en France, n Dans la relation de l’ambassadeur Lippomano , il est dit que les écuries ressemblaient à un palais somptueux, qu’il \ avait un appartement pour courir la bague et faire des armes. Les belles planches du Manège de Pluvinel 11e donnent que des vues médiocrement fidèles et trèsincomplètes de l’édifice <’>, qui comprenait deux étages, était ornée de bossages, et muni de lucarnes arrondies a leur sommet. L angle que le bâtiment de l’écurie faisait avec le pavillon était racheté par une sorte de tourelle à face portant de lond et disposée en tour creuse; cette tourelle était coiffée d’un dôme avec fronton brisé, sur les rampants duquel s appuyaient des figures couchées. Le pavillon ressemblait a 1 écurie; mais, destiné a etre habité, il était percé de plusieurs fenêtres, qui ne se répétaient point au bâtiment de l’écurie. La cour située audevant était close par une porte monumentale, dont la baie, en plein cintre, oflrait une ciel ornée d une tète de cheval sculptée en ronde bosse ls>. L’ouvrage de Pluvinel renferme également des vues de la carrière; on y aperçoit ces ressauts cylindriques et rectangulaires du mur séparant la carrière d’avec le jardin, lesquels sont indiqués sur le plan de Du Cerceau, et, vus en perspective, figuraient des tours.
Le palais actuel des Tuileries, considérablement modifié sous Louis XIV, 11e donne Deimpi™. plus qu’une idée fausse de ce qu’il était au xvie siècle. Ainsi qu’on l’observe sur iwi»,
diverses vues ou plans , et particulièrement sur les élévations de Du Cerceau et de . 1 '
111 Le Maneige royal, par M" Antoine de Pluvinel; in-fol. pl. Paris, i6*23. — On ne signale pas d autres vues de l'Écurie, malgré l’époque peu éloignée où cet édifice a été abattu.
<2) Gallet, attribuant, on ne sait pourquoi , cette tête à Germain Pilon, rapporte que, lorsqu'on abattit la porte, l’architecte Heurtaut, inspecteur des
travaux des Tuileries, fit enlever le bas-relief avec grand soin et en décora l’entrée d'un manège qu'il bâtissait rue Saint-Honoré. Le bas-relief en question a disparu à la suite des diverses transformations du manège de Heurtaut, connu maintenant sous le nom de Salle Valentino. Gallet, qui avait pu étudier les ornements de l’écurie des Tuileries, parle
Blondel , les ailes contiguës au pavillon central, semblables entre elles, consistaient chacune en un corps de bâtiment auquel était adossée une galerie ou promenoir. (Voir les planches ci-jointes.) Les galeries, couvertes d’une terrasse, prenaient jour l’une et l’autre par treize arcades ouvertes en plein cintre, dont quatre, munies de marches , formaient portes et communiquaient avec le jardin. Ces dernières, un peu en ressaut, étaient décorées de colonnes, tandis que les autres étaient séparées par de simples pilastres ioniques, à bossages. Des pilastres ioniques W marquaient aussi les travées du corps de bâtiment, qui offraient toutes une fenêtre rectangulaire , vraie ou feinte. Le corps de bâtiment n’avait qu’un étage, de même hauteur que celui de la galerie, mais il avait, au lieu de terrasse, un toit élevé, à la naissance duquel était disposée une sorte d’attique interrompu par des lucarnes. Vers la cour, les deux lucarnes les plus rapprochées du pavillon central étaient réunies sous un même fronton. Des figures étaient couchées sur ce fronton et sur quelques-uns de ceux de l’attique occidental; elles avaient été sculptées par Mc Ponce, au dire de Sauvai. Dans la décoration des deux façades apparaissaient des écussons partis de France et de Médicis, la lettre H couronnée et le chiffre M. dont la présence aux Tuileries confirme pleinement ce que nous avons dit, tome I, page 228.
Le pavillon situé au bout de l’aile se composait de deux ordres superposés, et d’un a t tique interrompu par trois lucarnes. L’ordre de l’étage inférieur était ionique, et l’ordre de l’étage supérieur, corinthien; tous deux présentaient en élévation dix colonnes cannelées, mais sans bossages ; entre ces colonnes étaient agencées trois fenêtres et quatre niches. La face de ce pavillon regardant la cour
aussi ( Notice liist. |>. 5) d’instruments à l’usage des cavaliers, qu’on voyait sculptés sur la façade principale. C’étaient probablement les mômes que ceux qu’on retrouve dans les encadrements d'architecture des planches de Crispian de Pas, parmi lesquelles plusieurs sont des vues intérieures de l’édifice.
’> De l’Orme explique ainsi les raisons qui le portèrent à adopter l’ordre ionique aux Tuileries: r Je ne passeray outre sans vous adverlir que j’ay '•choisy le présent ordre ionique, entre tous autres. « pour orner et illustrer le palais, lequel la Majesté rr de la Rovne, mère du très-chreslien roy Charles IX "de ce nom, faict aujourd’huy baslir en ceste ville
ede Paris . J’av voulu accommoder le présent or-
rrdre à sondict palais , pour autant qu’il n’est guères usité, et qu’encores peu de personnes l’ont mis en tt œuvre aux baslimens avec colomnes. Plusieurs en conl bien patrouillé quelque chose en bois pour des "portes, mais ils ne l’ont encores bien cogneu ny rr représenté. L'autre raison pour quoy j’ai voulu rr figurer et naturellement représenter ledicl ordre rr ionique au palais de la Majesté delà Royne, c’est
rr pour autant qu’il est féminin et a esté inventé après rr les proportions et ornemens des dames et déesses, rr ainsi que le dorique, des hommes, comme m’ont rrapris les anciens : car, quand ils vouloient faire rrun temple à quelque dieu, ils y emploioient l’ordre rr dorique, et 1» une déesse, le ionique. Toutesfois rr tous architectes n’ont pas observé cela, voire par
rrle récit de Vilruve . Je me suis doneques jus-
rr tement voulu ayder, au susdict palais de la Majesté "de la Royne, de l’ordre ionique, comme estant "délicat et de plus grande beauté que le dorique , et rr plus orné et enrichy de singularité/.» Il dit plus loin, à propos des portes du palais : "Devant que "mettre fin au propos des portes ioniques, je vous tradverliray qu’il s’en faict à présent trois de mon "ordonnance au palais de la Majesté de la Royne "mère, qui se trouveront fort belles : l’une est du "costé du jardin; l’autre du coslé de la court, et la rr troisiesme dansla gallerie, desquelles je vous ferav rr participans de bien bon cœur, après qu’elles seront faictes et parfaictes. » [Architecture , fol. 1 5G v° et q/iG v°.)
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 13 dut subir des modifications importantes dans son ordonnance, lorsqu’on abandonna le plan de Philibert de l’Orme, sous Henri IV.
Le pavillon central, élargi depuis, se composait d’un ordre ionique'1' à colonnes, surmonté d’un ordre corinthien à pilastres; plus, d’un attique supportant un dôme elliptique en projection horizontale, et couronné par une lanterne dont l’amortissement était une fleur de lis. Deux édicules®, aussi coiffés d’un dôme, ra-
(l) Une des colonnes du palais, plus élégante que les autres, a été attribuée à Jean Goujon; mais, suivant toute apparence, cet artiste n’en était point l’auteur. (F élibien , Entretiens sur les vies des peintres , t. II , p. 66.) — De l’Orme donne le modèle des colonnes ioniques qu’il avait d’abord l’intention de faire aux Tuileries, mais qu’il fut obligé de changer, parce qu elles n’étaient point assez riches: «Je tr vous ay lîguré cy-après, dit-il, une colonne de ff l’ordre ionique, laquelle j’avois dressée et faicle ff expressément pour eslre appliquée au palais de la ff Majesté de la Royne mère; mais, comme le bon ff vouloir luy a creu de faire sondict palais fort maffgnifique et beaucoup plus riche, voire jusques à ff faire tailler et insculpter plusieurs sortes d’ouffvrages et devices ordonnées par Sa Majesté sur rrlesdictes basses et assiettes qui sont faicles de rf marbre, ainsi que vous le pourrez cognoistre par ff les figures desdictes colonnes, lesquelles je vous ff représentera v au second tome et volume de noslre ff Architecture , où nous descrironsbien au long , Dieu fraydant, ledict palais." (Fol. 221 r". ) Le second volume de l’ouvrage n’a jamais paru.
2) Consul 1er une des vues du Carrousel deSvIvcslre.
Note du continuateur. — Feu A. Berty avait commencé à restituer, avec le soin et la prudence dont il a donné tant de preuves, les façades du palais des Tuileries , sur la cour et sur le jardin , pour les faire reparaître dans l’état où avait voulu les mettre Philibert de l’Orme. Il le dit lui-même: ce travail était d’une grande difficulté à cause des contradictions graphiques qu’on peut remarquer dans les diverses images qui nous ont été transmises des différents états de ce palais. Ainsi, pour ne parler que des gravures de Du Cerceau, on remarque d’abord, dans le plan du projet général du palais, que toutes les baies de croisées ont un meneau au milieu de l’appui, et pourtant, si l’on rapproche ce détail de la ligure des élévations, on voit que les meneaux sont maigres et paraissent des pièces de menuiserie. Cependant , pour rétablir
l'état ancien de celle partie du palais, il faut évidemment rétablir les meneaux en pierre , qui ont été démolis plus tard pour obtenir plus de jour. Ce mode de division et d’ornementation de la baie de croisée était fort en usage à cette époque; il servait de transition du fenestrage de l’époque antérieure à la baie à meneaux simples, fermée de châssis en menuiserie, qui devaient servir euxmêmes de transition aux croisées vitrées de petits , puis de grands carreaux de vitre. Nous avons donc rétabli le meneau simple qu’indique clairement le plan de Du Cerceau, sur les deux façades de la partie centrale du palais. Le texte explique suflisamment la raison d’être des singuliers symboles sculptés qui couvrent les frises des entablements et les bagues des colonnes. Dans la façade, vers la cour, nous ferons remarquer que les saillies et bossages , qui existent encore dans les portions conservées de l’édifice, ont été soigneusement relevés et mis en place. Dans les vues qui ont été données de ce palais à différentes époques et suivant le degré d’avancement, M. Berty a pu trouver les moyens de rétablir ou de compléter les parties qui laissaient quelque chose «à désirer; c’est, en suivant la voie qu’il nous avait tracée que nous avons pu reconstituer de toutes pièces, et dans sa primitive homogénéité, un des plus élégants palais de la Renaissance française. On y peut voir qu’à cette époque les architectes avaient grand souci de l’effet perspectif, et cherchaient à bien accuser les masses architecturales en les découpant sur l’horizon ; ils obtenaient ainsi, au moyen des croupes et des souches élevées des cheminées, un effet que nous pouvons encore apprécier. C’était, d’ailleurs, la transition naturelle des lignes accidentées du moyen âge aux lignes majestueuses, mais monotones, du xvii* siècle.
Nous avons cru devoir adopter, pour la gravure, un genre de travail qui put rendre surtout les effets dont nous parlons. Cet ouvrage de topographie n’est point de ceux qu’on appelle ouvrages d 'archi-
chetaient, (lu côté occidental, la différence entre le plan curviligne de l’attique et le plan rectangulaire du second étage. Le pavillon central renfermait un escalier tort célèbre par la hardiesse et la science déployées dans sa construction. Il servait à monter à la grande salle liante, et Sauvai le cite comme rie plus rt vaste, le plus aisé et le plus admirable v qui fût au monde. «Sa cage, dit-il. « porte en dedans quatre toises et demie de large sur cinq de long et dix de haut !l); relie est quarrée longue par dehors, mais arrondie par dedans en élipse, avec ce les marches et les rampes, et entourée de trompes en niches rampantes. Dans cr cette cage, de l'Orme a renfermé un degré ovale, vuide et sans colonne ni noyau «dans le milieu, qui tourne de fond en cime, commence et finit en limace, porte r huit pieds de marche et vingt-deux de vuide, et, de plus, bordé d'une balustttrade de bronze. Quatre trompes nommées communément trompes en tour r; creuse, rampantes et bombées, sont distribuées dans les quatre angles de la cage, cet servent d’appui et de fondementaux marches. Ces trompes, au reste, forment et une ligne spirale qui fait insensiblement une belle et longue élipse, rejettant r de fort bonne grâce la perfection de l’ovale; d'ailleurs, elles sont si plattes et «si surbaissées quelles ne se voient presque point. Si bien qu’autant de fois et qu’on vient à regarder cette pesante masse de pierre et de bronze faite en it coquille, qui roule entre deux airs, il semble quelle soit prête à tomber et à « ensevelir sous les ruines ceux qui la contemplent. Cependant on y monte en (f sûreté et commodément par des marches spirales et tournantes, non-seulement rr basses et aisées, mais distinguées encore par quelques paliers, pour plus de « facilité et.de bienséance.
c Cet escalier, en un mot, est si bien entendu et si proprement conduit, sans rr faire jarret, et tourne insensiblement tout d’une venue, par une ligne qui suitla c forme de ce trait, non moins rampante qu’adoucie, que jusqu’à présent il ne r s’est encore rien vu de ce genre-là de plus hardi, ni de plus admirable. Les rr géomètres, néanmoins, y reprennent je ne sais quoi, qui est que le socle ou le rr soubassement de son appui ne porte point, de haut en bas, une égale hauteur; rrcar c’est par ce petit deffaut qu’ils commencent d’ordinaire la description de ce cr bel escalier. De l’Orme mourut avant que de l’achever; après sa mort, pas un
lecture, destinés à faire comprendre le tracé des moulures et des profils ; le but qu’on s’y propose est plutôt de faire juger et d’expliquer, en ce qui concerne les monuments, ces grandes lignes, ces dispositions d’ensemble qui sont un des principaux mérites des artistes de ces époques, et marquent en outre les phases successives de l’art. Le parti adopté donne aux saillies et aux avant-corps toute leur valeur.
Nous n’avons fait ici que suivre les indications
de M. Berty. Si ces exemples peuvent faire comprendre suffisamment ce qu’ont été ces édifices, et inspirer aux artistes l’étude de ces ensembles disposés aussi bien pour la commodité que pour l’agrément, et surtout si bien coordonnés dans toutes leurs parties et sous tous les aspects, c’est principalement à notre regrettable prédécesseur que le mérite en devra être attribué. H. L.
(l> L’escalier conduisait donc jusque dans l’attique ou tambour du dôme.
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉD1CIS. 15 <ï architecte du royaume, ni géomètre, n'osa le continuer. Bouiiet, maistre maçon, rtfnt le seul qui se vanta d’avoir retrouvé le trait du deffunt; sur cela Henri IV lui rcen ayant abandonné la conduite, tout ce qu’il a fait a été de finir de mauvaise r grâce le miracle de la coupe des pierres. Ce merveilleux chef-d’œuvre a donné r lieu à quantité de fables que je laisse là é; tout ce que je puis dire est que, si cet tt escalier avoit été fait dans un siècle plus éloigné de nous, on nous feroit accroire tique quelque fée ou sorcier l’auroiL bâti.
ttll y en a qui prétendent que, si ce grand géomètre (de l’Orme) eôt vécu date vantage, il auroit rehaussé de plus de tours et retours, de plis et replis une élipse rr si gentille et si industrieuse, bien loin de la finir ni si court, ni si roide, ni de w si mauvaise grâce; que toutes les marches en eussent été douces et tournantes de tt fond en comble, et, enfin, qu’il i’auroit fait régner jusque dans le dôme. D’auctres, au contraire, veulent que jamais de l’Orme n’auroit continué les marches ttjusques dans le dôme, qu’il s’en seroit bien donné de garde; qu’autrement Tenet trée auroit été semblable à celle d’une trappe et d’un cabaret borgne l2). ■»
Les deux architectes qui dirigèrent la construction des Tuileries, du temps de Catherine de Médicis, furent Philibert de l’Orme et Jean Bullant.
Philibert de l’Orme W, rt Lyonnois, r, ainsi qu’il se qualifie lui-même, est né en 1 5 1 5 ou à peu près, car, dans la préface de son traité d’Architecture , publié en î 5 G ’j, il dit : et Je vous advertiray que depuis trente-cinq ans en cà et plus, j’ai n observé en divers lieux que la meilleure partie de ceux qui ont faict ou faict
Us
architectes des Tuileries Commencements de Philibert de l’Orme
(l> Voici un des récits auxquels Sauvai fait allusion; nous le trouvons dans le Supplément à l’histoire du Beauvoisis, de Simon (11* part. p. 12.1) : «On prétend que l’un des Vaast (les Vaast étaient «des architectes de Beauvais), ayant été travailler «•à Paris, sous Philibert de l’Orme, qui avoit apporté les plus beaux desseins d Italie , et qui avoit « entrepris le grand escallier des Tlmilleries, en « ovale, à noyau vuide de trois toises sur le grand «diamètre, etde deux sur le petit, voyant son maître r embarrassé, il luv montra le moyen d’en venir à «bout, et que le maître fut obligé de lui en abandonner la conduite; ce qui ne lit pas d’honneur au «maître, plusieurs personnes ayanL sçu que lhon- «neuréloitdû à l’appareilleur; et de l'Orme croyant «pouvoir s'en passer et achever l'ouvrage sur le «dessein que Vaast avoit tracé dans la salle des «Gardes, où il passa une partie de la nuit à efla- «cerson trait et se sauva aussitôt, ce qui fut cause «que le reste n’approcha pas du premier des- «sein, nv pour la beauté, ny pour la commodité. « 11 alla de là faire la belle voûte qui est en l’église
«de Meignelay.7) On a également attribué l’escalier des Tuileries à un des Métezeau. Les haines que de l’Orme fit naître par son caractère orgueilleux sont, peut-être, la seule source des bruits malveillants répandus à l'occasion de l’escalier des Tuileries.
«T. II, p. 54.
( Telle est la véritable orthographe de son nom, qu’on a le tort aujourd’hui d’écrire en un seul mot. Les ascendants de de l'Orme ne sont pas connus. Gallet ( Notice sur la vie et les ouvrages de quelques architectes français ) en fait le fils d'un entrepreneur de travaux publics; c’est une pure invention; mais il y a grande apparence que de l'Orme appartenait à une famille de constructeurs. 11 était probablement le parent de Pierre et de Toussaint de l’Orme, maîtres maçons qui travaillèrent au château de Gaillon, dans les premières années du xvi' siècle, et donl les noms figurent dans les comptes publiés par M. Deville. A cette époque, la même profession se perpétuait fréquemment dans les familles.
«r faire basliment, etc. n Ce passage établit que de I Orme commença ses premières études artistiques vers 1 55o au plus tard. Or, à l’âge de quinze ans, assure-t-il, il commandait déjà à trois cents ouvriers W, et certainement alors il ne pouvait être qu'à son début dans la carrière. La conclusion forcée, c’est que, comme nous venons de le dire, la date de 1 5 1 5 est infailliblement, à quelques mois près, celle de sa naissance.
De LO rme est authentiquement du nombre de ces artistes français du xvic siècle qui allèrent en Italie étudier les éléments de l’art antique. Il l’affirme en maint endroit de ses livres, et dans l’un d’eux il raconte même comment il s’attira, par son ardeur au travail, les sympathies d'un puissant prélat : tr Estant à Rome, dit— cil, du temps de ma grande jeunesse, je mesurais les édifices et antiquitez, selon cia toise et pied de roy, ainsi qu’on faic.t en France. Advint un jour que, mesurant Tare triumpbant de Saincte-Marie-Nove, comme plusieurs cardinaux et seicgneurs, se pourraenans, visitoient les vestiges des antiquitez etpassoient par le dieu où j’eslois, le cardinal de Sainte-Croix (lors simple évesque seulement . c mais , depuis, cardinal et pape sous le nom de Marcel, homme très-docte en dic verses sciences, et mesme en l’architecture, en laquelle pour lors il prenoit grand c plaisir, voire jusqu à en ordonner et faire desseings et modelles, ainsi que puis c après il me le monstra en son palais) dit en son langage romain qu’il me vouloil ccognoistre, pour autant qu’il m’avoit veu et trouvé plusieurs fois mesurant divers c édifices antiques, ainsi que je faisois ordinairement avec grand labeur, frais et edespens, selon ma petite portée, tant pour les esclielles et cordages que pour faire fouiller les fondemens à fin de les cognoistre; ce que je ne pou vois faire sans c quelque nombre d’hommes qui me suivoient, les uns pour gagner deux Jules ou c carlins lejour, les autres pour apprendre, comme estoient ouvriers, menuisiers, c scarpelins ou sculpteurs et semblables, qui désiraient cognoistre comme je faisois cet participer du fruict de ce que je mesurais (2>. v Marcel Cervino, qui fut élu
' «Ce que je cognois en moy, qui de jour en "jour expérimente, trouve et excogite de nouvelles "inventions, m’estant emploié et addonné, dès ma " première jeunesse, à lousjours chercher les plus "doctes en géométrie et autres sciences requises à "l’architecture, qui lussent en Europe, et visitant "les excellentes antiquitez et d’icelles prenant ex- "traietz, mesures et proportions, pour l’illustration "de l’architecture. En quoy, par la grâce de Dieu, " j’ay tant bien procédé et prospéré quej’ay ordonné "et faict construire temples, chasteaux, palais et " maisons par vrav art d’architecture en divers lieux , "et tant pour rovs, princes, cardinaux qu’autres, " Doive dès Venge de quinze uns , auquel temps je com- "inençay avoir charge et commander tous les jours "à plus de trois cents hommes. n ( Nouvelles inven¬
tions, fol. 35 r°.) Il répète l’assertion dans un mémoire manuscrit où nous puisons divers détails de sa vie.
{2‘ Architecture , fol. 1 3 1 r°. La suite de ce passage n’est pas sans intérêt : "Laquelle chose donnoit "plaisir audict seigneur cardinal; voire si grand " qu’il me pria, estant avec un gentilhomme romain "qu’on nommoilmisserVicencio Rotholano, logeant "pour lors au palais de Saint-Marc, que je les "voulusse aller voir, ce que je leur accorday très "volontiers. Ledict seigneur Rolholano, homme "fort docte aux lettres et en l’architecture, prenoit "grandissime plaisir à ce que je faisois, et pourceste "Cause me monslroit, comme aussi ledict seigneur "cardinal, grand signe d’amitié. Rref, après avoir "discouru avec eux de plusieurs choses d’archilec-
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 17 pape en 1 5 5 5 , n avait été promu à la dignité épiscopale qu’en i53ù, à i’avénement du pape Paul III. En î 536 , il accompagna le cardinal Farnèse, légat du Saint-Siège, en France et dans les Pays-Bas. et, lui ayant succédé dans ses fonc- Lions, il ne revint pas avant 1 53g se fixer à Home, où l’attendait le chapeau de cardinal au titre de Sainte-Croix de Jérusalem. Sa rencontre avec de l’Orme remonte donc a la fin de i53ù ou à 1 5 3 5 . D’après notre calcul, celui-ci avait alors une vingtaine d années; il était ainsi dans sa et première jeunesse, n ayant néanmoins atteint un âge où Ion est apte à faire de sérieuses études, ce qui lui eût été impossible s’il fût né vers îùao. Il était même capable de faire plus que des études, puisque, entré eau service du pape Faillie, n il avait « une belle chargea rr Saint-Martin dello Bosco, à la Callabre,r ainsi qu'il le rapporte dans le curieux mémoire dont nous donnons le texte à la fin de ce volume. On sait aussi par lui qu en i536 il habitait de nouveau sa ville natale; car, parlant de trompes qu’il avail lait construire dans la rue de la Juiveric, à Lyon, il dit : ccJe fis faire tel (t œuvre l’an i536, à mon reloue de Rome et voyage d’Italie, lequel j’avois entrepris cf pour la poursuitte de mes estudes et inventions pour l’architecture hl, „
Ce lurent Guillaume Du Bellay et son frere Jean, le cardinal, qui, suivant l’ex- eniiîi«.Tt de rorm.pression de Pli. de 1 Orme, le <t débauchairenln du service pontifical, et le firent revenir en France, où il semble qu’il choisit d’abord Lyon pour résidence. Vers 1 5 4 a , il y commença le portail de l’église Saint-Nizier, qu’il n’acheva point, parce que, selon d’Argenville, qui ne cite pas d’autorité, le cardinal Du Bellay l’aurait attiré a Paris, pour lui confier la construction de son château de Saint-Maur. Son admission parmi les officiers de la couronne eut lieu sans doute par la même influence, mais a une époque que nous ne pouvons exactement fixer. Nous savons toutefois que, dans la première moitié de l’année 1 546 i-q de l’Orme, chargé de visiter ce tous les ans par deux foys toute la coste et forteresse de Bretaigne, n sauva la ville de Brest d’une attaque imminente des Anglais, exploit dont il fait un court lecif dans son mémoire. Or cette locution, rc je visitoys tous les ans par deux ce lois, etc. n dénote qu’il était commissionné du Roi depuis plusieurs années. On observera que ses premières fonctions publiques furent moins celles d’un architecte que celles d un ingénieur et d’un commis aux armements : ainsi aller ccveoir des
ffture et entendu d où j eslois, ils me prièrent de reffehef de les visiter souvent audict palais, ce que je ftlîs. Auquel lieu ils me conseillèrent, entre autres T choses (après avoir cogneu la despense que je faiffsois pour cercher les anliquitez et retirer toutes choses rares et exquises en l’art d’architecture), que "je ne mesurasse plus lesdicles anliquitez selon le ffpied de France, qui estoil le pied de roy, pour autant qu il ne se trouveroit si à propos que le palme
^romain, suyvant lequel on pouvoit fort bien juger "des anciens édifices, qui avoient esté conduicls "avec iceluy plustost que avec autres mesures, et si- "gnamment avec le pied antique; me donnans lors "et l’un et l’autre avec les mesures , longueurs et divisions... D’avantage, ils m’enseignèrent les lieux où je "les trouvay insculpées en un marbre fort antique. - (l) Architecture, fol. 90 v°.
2) La paix fut signée au mois de juin i5/ifi.
Philibert de l’Orme ingénieur militaire.
Philibert de l’Orme architecte du Roi.
<t gallions que l’on faisoyl au Havre de Grâce, et visiter les navyres qui estoyent càlacoste de Normandie, arrester diligemment des vivres comme lardz, sulres et t biscuitz , liray et goleron, cordaiges et aultres équipaiges, pour pourter au camp ride Boulongne W, n ce sont Là des services n’ayant rien d’artistique. Au reste, de l’Orme dit expressément qu’il eut la charge de « fortifier à la guerre, v et qu'il fut te capitaine en chief et fermé, v c’est-à-dire assiégé, te plusieurs fois. 11 11 est fâcheux qu’il n’indique point si ces derniers épisodes de sa vie s’accomplirent en France ou en Italie (2). Au xvie siècle, l’Italie était regardée comme le pays le plus savant dans l’art poliorcétique, et les architectes y étudiaient volontiers à la fois les ordres antiques, la structure des vaisseaux et le tracé des bastions. Cette circonstance et les nouveaux procédés de construction qu il rapportait de ses voyages durent être les principales raisons qui recommandèrent de 1 Orme, quand il fut préposé aux fonctions dont il nous apparaît d’abord revêtu. Il les exerça à Brest, Saint- Malo, Concarneau, Mantes13), et en d’autres lieux de Bretagne et de Normandie, où il eut l’occasion de signaler les plus scandaleux abus et d y mettre ordre, non sans se créer de nombreux ennemis. Des lettres patentes du 3 février i55A le nommèrent «maistre architecte et conducteur général d des «bastimens et édifices, trouvraiges et fortifications» du duché de Bretagne; mais il «'tait alors trop occupé pour remplir convenablement ces fonctions, qu il ne garda que peu de temps.
lin procès-verbal de visite, du 29 janvier 1 5 6 8 ( 1 ÎS éi g n. s.), désigne Philibert de l’Orme comme étant alors tr architecte du Roy. n Nous ne savons si tel était son tilre du temps de François Ier, mais il le possédait dès le commencement du règne de Henri II , qui, à la date du 3 avril i5A8, par lettres d’office données à Fontainebleau W, nomma de l’Orme inspecteur des bâtiments royaux de Fontainebleau, Saint-Germain, etc. en d’autres termes, surintendant des bâtiments de la couronne. Tout montre qu’à partir de ce moment il fut constamment 1 architecte préféré de Henri II et celui de Diane de Poitiers, pour laquelle il fit d importants travaux. Cette haute protection devait lui valoir et lui valut effectivement une loule de faveurs; mais la médisance se plut, dans la suite, à en exagérer beaucoup 1 importance, car elle répandit le bruit que les bénéfices qui avaient été conférés à de l’Orme formaient un revenu de vingt mille livres, et ce revenu ne montait qu a six mille, d’après le compte qu’il en donne, à la vérité sans y comprendre les émoluments de certaines charges dont il recueillait des avantages notables. Ses bénéfices n’étaient d’ailleurs qu’une juste rémunération de ses travaux, et une indemnité pour les dépenses élevées qui lui incombaient. 11 dit à ce propos : te L’on 11e
(l) Ce camp doit être celui du maréchal Du Biez , qui assiégeait Boulogne en t565.
;2) Il serait très-difficile de croire que ce fut en Italie, puisque, lorsqu’il revint de cette contrée.
il ne pouvait être âgé de beaucoup plus de vingt ans.
(3) Voir l’appendice VI.
W Comptes des bâtiments royaux , p. 161 et 1 6 5 .
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDJCIS. mue donna jamais estât et gaiges, ne pensions, ny aullre don que ce soit; et ay et toujours mené dix ou douze chevaulx, et estoyent ordinairement sur les champs " suivant le commandement que me faisoit ie feu Roy (Henri II) et cenlx qui me creommandoyent; et tenoys maison partout où je me trouvoys, tant aux cappict taynes, concierges, contreroileurs et m® maçons, charpentiers et aultres; tous tr mangeoyent à mon logis, à mes propres despens, sans qu’ilz payassent, ne rnoings "me faire présent de la valleur dune seule maille. Oultreplus, tous les modelles ft que je faisoys faire, tant pour le service du Roy que de ceulx qui estoyent auprès "de luy, l’on ne m’en payoit pas ung denier, et si j’en ay faict tel qui a cousté t'deux ou troys cens escuz. »
Lu 1 548, de I Orme était déjà conseiller et aumônier ordinaire du Roi; de î 556 pmiiwi Je ro™.. à 1 55 7, il fut aussi pourvu d’un office de maître des comptes (». La première abbaye "** qu’on lui donna en commende fut celle de Généton <2>, en Bretagne, dont le revenu ne montait qu’à trois cents livres; il eut ensuite celle de Saint-Bnrthélemy-lez- Noyon, qui rapportait mille sept cents livres, et dont il fit prendre possession par un nommé Guillaume Longue-Epée, auquel il donna sa procuration pour cela, le 21 août i548. En i56o, il soutint contre ses moines un procès au sujet des revenus conventuels : il s’opposait à ce qu’on en prît le tiers dans le dessein de réédifier les bâtiments du monastère, que le gouverneur de Noyon avait fait entièi ement raser en 1 5 5 y , afin de mieux défendre la ville. De. l’Orme perdit son procès, dont les moines lui gardèrent toujours rancune, et, en î 56 1 , on commença à rebâtir l’abbaye, sur un pignon de laquelle ses armesfurent sculptées.
Le cartulaire de Saint-Barthélemy nous apprend que ces armes étaient dargenl à un orme accompagne de deux tours de simple, et l’on y fait observer quelles auiaient dû être effacées, attendu que de l’Orme n’avait aucunement conl.nb
à la dépense®. De l’Orme resta jusqu’à
Inventaire du Mémorial XX de la Chambre des comptes, p. a4; Arch. de i’Emp. reg. I>I> i uj.
L abbaye de Généton ou Geneston, dont il n’es! point question dans le Gallia, était siluée, dit M. B. Fillon, sur les confins de la Brelagne etdu Poitou .
sa mort abbé de Saint-Barthélemy, et en
,s) Bibl. imp. cart. n” 284. — Il est probable que les armes de Ph. de l’Orme comprenaient une crosse en pal, ou autrement; mais, comme ce détail n’esl point indiqué dans ie passage du manuscrit, on n’en a pas tenu compte sur le dessin.
outre de Saint-Eloy-lez-Noyon (1*, bénéfice dont il disposait dès 1 5 5 5 , mais qu'il ne mentionne point dans son mémoire manuscrit. Quant à l’abbaye d’Ivry (2*, située au diocèse d’Evreux, dont le revenu était de treize cents livres par an, il l’obtint également en 1 5 A 8 , et en rendit hommage au Roi le 6 octobre 15/19; il avait dû la disputer à un concurrent, le prieur Edmond Maillard, qui fut évincé de ses prétentions par sentence du 18 janvier i5/ig. D’après le Gallia chrisliana , auquel nous empruntons ces détails13*, de l'Orme fit faire dans l’église du couvent des stalles qu’il décora doses armoiries, et qui , malheureusement, n’existent plus. Eu i553, il vendit la dîme de la forêt d’Ivry, propriété du monastère, à la duchesse de Valentinois , et, en 1 5 6 0 , il renonça, en faveur de Jacques de Poitiers, frère de cette dernière, à l’abbaye même, sur laquelle il rappelle orgueilleusement, en tête des trois premiers livres de son second ouvrage, qu'il avait ttnaguèresn exercé son autorité. L’abbaye de Saint-Serge-lez-Angers, qui valait deux mille sept cents livres de rente, récompensa de l’Orme de sa soumission aux volontés de sa puissante protectrice, et le titre d’abbé de Saint-Serge, le dernier qu’il dut à la générosité de Henri II, fut celui qu’il se donnait le plus ordinairement dans les derniers temps de sa vie. 11 en avait un autre encore, car il fut aussi chanoine de Notre-Dame de Paris, en compagnie de son célèbre collègue Pierre Lescot. Il avait fait signifier au Chapitre ses lettres de collation, émanées du cardinal Jean Du Bellav, et demandé à prêter serment, le mercredi 3 septembre i55o, puis il avait été installé le vendredi suivant. Dans les procès-verbaux des assemblées capitulaires, son nom apparaît pour la première fois h* ;\ la date du 12 janvier 1 55o (v. s.), et il figure dans la liste des chanoines du commencement de l'année 1 5 5 1 ; mais, chose assez singulière, il 11e se trouve plus sur celle de i552 , ni sur les suivantes pendant une dizaine d’années; il revient, au contraire, au bas d’une délibération du 17 novembre 1 5 6 1 , et très-souvent après.
Disgrâce
de Philibert de l’Orme.
(i55g.) Plaisanteries de
Ronsard.
Dans les arts, plus que partout ailleurs, le succès, même légitime, fait naître des envieux, c’est-à-dire des ennemis. De l’Orme n’échappa point à cette fatalité ni à ses conséquences. Probablement aussi il ne fut point exempt de torts, et il mérita qu’on l’accusât de fierté et de morgue. Il laisse voir assez complaisamment dans ses ouvrages la haute opinion qu’il avait de son propre mérite; on peut croire qu’elle se traduisit plus d’une fois en actes blessants pour ceux avec lesquels il était en relation. A propos de la roideur qu'on lui prête, 011 a
i;l) La bulle par laquelle de l’Orme fut investi de l'abbaye de Saint-Eloy-lez-Noyon a été retrouvée par M. L. Delisle; elle est datée du mois de septembre, ou peut-être du mois d'août 1 553. De l’Orme y est qualifié clerc du diocèse de Lyon et bachelier en décrets.
(2) Le lieu s’appelle maintenant Ivry-la-Bataille . à cause du combat où, en 1590, Henri IV défit l’armée de la Ligue.
(3) T. VU, col. 8Û7 et 1 119 ; t. XI, col. 654. w Arch. de l’Emp. reg. LL 25 ô, p. 107, 109,
‘-ioo,
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 21 souvent invoqué l’anecdote suivante , que nous rapporterons dans les termes employés par le premier qui la racontée, et dont on ne cite jamais que les copistes : et En une autre satyre, n dit Binet, dans sa biographie de Ronsard, satire que celui-ci «appeloit la Truelle crosse «W, blasmantle Roy de ce que les bénéfices ttse donnoient à des maçons et autres plus viles personnes , où particulièrement il "taxe un de l’Orme, architecte des Tuilleries, qui avoit obtenu l’abbaye de Livry s(dMvry), et duquel se trouve un livre non impertinent d’architecture. Et ne sera "hors de propos de remarquer icy la mal-vùeillance de cest abbé, qui, pour s’en " venger, fit un jour fermer l’entrée des Tuilleries à Ronsard, qui suivoit la Royne «mère; mais Ronsard, qui estoit assez picquant et mordant quand il vouloit, à «l’instant fit crayonner sur la porte, que le sieur de Sarlan lui fit aussitost ouvrir, « ces mots en lettres capitales : fort, reverent. iiabe. Au retour, la Royne voyant cest «escrit, en présence des doctes hommes et de l’abbé de Livry mesme, voulu sça- (tvoir que c’estoit et l’occasion. Ronsard en fut l’interprète, après que de l’Orme «se fut plaint que cest escrit le laxoit : car Ronsard lui dit qu’il accordoit que, par «une douce ironie, il prist cette inscription pour luy, la lisant en françoys ; mais « quelle luy convenoit encore mieux, la lisant en latin, remarquant par icelle les «premiers mots raccourcis d'un épigramme d’Ausone, qui commence Forlunamre- « verenter haie l2), le renvoyant pour apprendre à respecter sa première et vile force tune et ne fermer la bouche aux Muses. La Royne aida Ronsard à se venger, «car elle tança aigrement l’abbé de Livry après quelque risée, et dit tout haut «que les Tuilleries estoient. dédiées aux Muses W.» Cette anecdote, a-t-on récemment objecté, doit être réputée d’autant plus suspecte qu’il n'est pas vrai que de l’Orme ignorât le latin. S'il est présumable que de l’Orme fut lettré, on n’en peut rien conclure quant à l’authenticité de l’anecdote : présentés sous la forme tronquée que leur avait donnée Ronsard, les trois premiers mots du distique d’Ausone n’éveillaient point l'idée d’un texte latin à compléter et à traduire, mais ils avaient été choisis pour égarer celui qui chercherait à les interpréter. Les vers que nous citons au renvoi établissent subsidiairement, et d’une manière formelle,
(1) Ce poëme n’est point connu et n’a probablement pas été imprimé. Tout ce que nous avons trouvé, dans les écrits de Ronsard , qui ait trait à de l’Orme, ce sont les quatre vers suivants, extraits d’une épître adressée à Charles IX :
J’ay veu trop de maçons Bastir les Tuileries,
Et en trop de façons Faire les momeries.
(OEuvres inédites de Ronsard, par P. Rlancliemai», p. 1 aq.)
De l’Orme a été mieux traité par un de ses contemporains, dont l’esprit, certes, valait celui de Ronsard. A l'occasion des machines de guerre em¬
ployées par les anciens, Rabelais déclare que le système en était mal compris «des ingénieux architectes disciples de Vitruve, comme nous ha conirfessé, dit-il, messer Philibert de l’Orme, grand « architecte du roi Mégiste.» ( Pantagruel , liv. IV, ch. LXI.)
,4) Fortunam re verenter babe. quicumqae repente Dives ab exili progredicre loco.
(3) Œuvres de Ronsard, édit, de 1 (109, p. 1 1 53. L’anecdote de Ronsard a été répétée d’innombrables fois, et on la trouve déjà dans les Antiquités de la chapelle du Roy, de Guillaume du Peyrat (p. 20 à), ouvrage publié en iG45.
le peu de sympathie du poêle pour l’architecte des Tuileries. L’aventure de Ron. sard n est point non plus la seule preuve de l'orgueil qui gonflait le cœur de de I Orme, car, il est impossible de le méconnaître, c’est à lui que Bernard Palissy fait allusion, lorsqu il met dans la bouche de Practique ces paroles : tr Aussi je sçay " qu il y a eu de nostre temps un architecte françois qui se faisoit quasi appeler trie Dieu des maçons ou architectes, et d’autant qu’il possédoit vint mil en bénéfices, et qu’il se sçavoit. bien accomoder à la cour; il advint quelquefois qu’il se ^ vanta de foire monter l’eau tant haut qu’il voudroit , par le moyen des pompes ou tr machines, et par telle jactance incita un grand seigneur à vouloir faire monter ft l’eau d’une rivière en un haut jardin qu’il avoit près ladite rivière (1). n
La bienveillance de Henri II était le principal appui de de l’Orme et maintenait en échec ses ennemis; ils ne perdirent point un instant pour assurer le succès de leur vengeance, aussitôt que l’occasion s’en offrit. En effet, deux jours seulement après la mort du Roi, le 12 juillet 1 5 5 9, des lettres patentes dépossédèrent de l’Orme de sa charge d'inspecteur des bâtiments royaux au profit du Primatice<2), qui avait été sans doute l’âme de toutes les intrigues tramées contre lui. De l’Orme nous fait connaître les accusations dont il fut l’objet; on ne se borna pas à nier son talent, on fit plus, on révoqua en doute sa probité; il fut <t accusé n de plusieurs infamyes dont j'ai esté, dit-il, trouvé innocent, et m’a-t-on fait
recouster tout ce que j’avoys jamays acquis . «Je fus trdepesebé et calorn-
rr nié . . . avec une infinité de mensonges . voire jusques à estre de telle sorte
te rendu suspect, comme si je dérobois les deniers et faisois mon proufit de toutes rt choses. Mais je ne m’en suis pas beaucoup soucié, m’asseurant qu’il ne m'en tt pourroit venir aucun dommage , pour n’avoir jamais manié aucuns deniers, sinon treeux qu’il a pieu à Dieu me donner, et aussi eognoissant que tel travail in’advetrnoit par la permission de Dieu et pour les offenses que je fais journellement tt contre la saincte divinité '3), etc. n De l’Orme s’exprimait ainsi vers 1 5 6 6 , à une époque où les nuages amoncelés sur sa tète s’étaient dissipés, et où il avait recouvré une partie de son influence. Dans son premier ouvrage , écrit vers i56o, au moment où ses contrariétés étaient dans toute leur vivacité, il manifeste encore plus d’amertume, et, parlant d’une de ses inventions, il affirme qu’il en démontrera la réalité, te s’il plaist à Dieu , dit-il, me donner l’esprit plus libre, et me tt mettre hors de tous ennuicts et traverses que l’on m’a donné depuis le trespas du et feu roy Henry, mon très-souverain et bon maistre *4'. n Plus loin, dans un accès de misanthropie, il s’écrie : Je n’ai «aujourd’huy autre chose en délibération que
l) Discours admirables, chap. des Eaux el fontaines, p. 1 38 de l’ édition de M. Gap. — Les Discours ont été publiés en i58o, el de l'Orme était mort alors ; mais Palissy , qui avait travaillé aux Tuileries de son temps, devait bien le connaître. Il se
fait, on le voit, l'écho du bruit relatif aux vingt mille livres de rente de de l’Orme.
(î) Comptes des bâtiments royaux, p. 333.
(3) Architecture , fol. 281 v°.
(4) Nouvelles inventions , fol. 35 r° et 38 v°.
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 23 «cheminer en ma simplicité et me cacher le plus que je puis des hommes, pour «avoir mieux la commodité de poursuivre mes études d’architecture, et signa minent «vacquer à l’escriture saincte , à laquelle je me suis du tout addonné. d
Les sentiments de piété qui animaient de l'Orme atténuèrent peut-être, mais n’effacèrent jamais le souvenir des peines qu’on lui avait suscitées. Ce souvenir était sans cesse présent à son esprit lorsqu’il rédigea son traité d’ Architecture, et lui a inspiré une foule d’allusions. Il est aisé de reconnaître, par plusieurs passages de son livre, que le personnel de la cabale dont il fut victime se composait, à ses yeux au moins, d’incapacités présomptueuses et de médiocrités routinières, activement soutenues par des commis peu intègres, qui n’aimaient point à voir exposer leurs manœuvres au grand jour. De l’Orme signale les « contrerolleurs, v qui exploitaient les ouvriers, tout en trahissant la confiance de leurs maîtres; il dévoile ces commissaires qui, «aux grandes entreprinses qui se font pour les roys, «princes et grands seigneurs. . . promettent sçavoir tout faire et estre les meil- « leurs mesnagers qu'il est possible de penser, mais le plus souvent . . . n’yenten- «dent comme rien , n et «ne cessent de médire des architectes envers les seigueurs, «afin qu’ils se fient plustôt à eux que ausdicts architectes ; y mais il s’attache surtout , et avec une persistance rancunière, à faire justice des « donneurs de portraits «(plans) et laiseurs de desseins, dont la pluspart n’en sçauroit bien trasser ou « décrire aucun, si ce n’est par l’axyde et moyen des pcinctrcs, qui les sçavent plus- «tost bien farder, laver, umbrager et colorer, que bien faire et ordonner avecques «toutes leurs mesures :t> abus d’où découle cet autre, «qu’après que les maistres «maçons ont fait entendre ce qu’ils peuvent aux peintres, pour en faire leurs « portraicts, les dicts peintres se promettent incontinent estre grands architectes . . . «et sont si présomptueux qu’ils veulent entreprendre les œuvres de maçonnerie, «comme aussi font aucuns menuysiers et tailleurs d’images (1). n On conçoit sans peine que 1 homme consommé dans le métier, auquel Le Primatice avait réussi è se substituer dans la charge d’inspecteur des bâtiments , éprouvât une violente aversion contre les peintres qui se mêlaient d’architecture, matière sur laquelle, à son avis , ils n’étaient pas plus forts que des notaires ('2|. De l’Orme les haïssait si cordialement , eux et les autres intrus dans son art, que, pour se donner le plaisir de les bafouer, il oublia sa gravité habituelle et descendit jusqu’à la caricature. En opposition au portrait du véritable architecte, il donna la charge graphique du faux , qu’il représente sans yeux, sans nez et sans oreilles, mais avec «une bouche pour bien babiller et mesdire, et un bonnet de sage, avecques l’Iia-
(1) Architecture , fol. 21 v°.
lï) cr Et si par fortune ils (ceux qui voulaient faire «■bâtir) demandoient à quelques-uns l’advisdeleur « délibération et entreprise, c’estoit à un maistre cr maçon ou à un maistre charpentier, comme l’on a
ffaccoustumé de faire, ou bien à quelque peintre , ff quelque notaire et autres, qui se disent fort habiles, fret le plus souvent n’ont guères meilleur jugement fret conseil que ceux qui le leur demandent. » [Architecture, fol. 6 r°.)
te bit de raesme, pour contrefaire un grand docteur et tenir bonne mine.» Le faux architecte est aussi figuré sans mains, et pour monstrer que ceux qu’il représente " ne sçauroient rien faire,» et il a l’air rr fort eschauffé et haslé comme s’il couroit trii grand peine et trouvoit quelques testes de bœuf seiches en son chemin (qui te signifient gros et lourd esprit) avecques plusieurs pierres qui le font chopper rtet buissons qui retiennent sa robbeW. » La caricature du faux architecte et le portrait du vrai, gratifié d’une multiplicité fort anormale d’organes, sont assurément 1 une des curiosités du traité d’Architecture.
. . P01"- Plus on recueille d’indices sur la vie de Philibert de l’Orme, plus on est convaincu
militari <iB rom. qu’il avait véritablement la passion de son art. Curieux de ces et inventions si belles, t-qui se treuvent par les mathématicques, » il dépensait force argent à faire des modèles, entretenait cinq neveux à étudier l’architecture, et même ((plusieurs » hommes doctes, » qu’il soutenait tant par des bénéfices qu’il leur faisait obtenir que de ses propres ressources. Depuis son adolescence jusqu’à sa mort, c’est-àdire pendant une période d’environ quarante années, sa vie ayant été rraultant (T labourieuse que homme que ayés jamais congneu,» et sa position officielle aidant. il a dû considérablement bâtir; un catalogue complet de ses œuvres n’en est que plus difficile à dresser. Heureusement il désigne lui-même les édifices les plus importants dont il lut 1 architecte, et en fait connaître un certain nombre, d’ordre secondaire, qui furent également élevés sous sa direction. En y joignant ceux dont on trouve des mentions éparses, nous avons pu donner ailleurs!2) une liste comprenant la très-grande majorité de ses travaux.
La plupart des édifices bâtis par de l’Orme sont détruits, et l’on n'en a qu’une idée insuffisante. Pour ceux qui subsistent encore, ils ont presque tous subi des modifications considérables; on ne possède donc pas les moyens de se former, sur le talent artistique de de l’Orme, une opinion parfaitement motivée. On en voil assez cependant pour reconnaître sans hésitation qu’au point de vue du goût et de I invention, de. 1 art en un mot, il était inférieur à plusieurs de ses contemporains. Ainsi, et sans le comparer aux maîtres si merveilleusement doués de la première Renaissance, sous le rapport de l’imagination, il ne saurait être égalé à Jacques Vndrouet; sous le rapport de la pureté du style, à Pierre Lescot; sous le rapport de la science d’agencement, à Jean Bullant et autres. Ayant absolument rompu avec la tradition gothique, toujours plein du souvenir des monuments romains qu'il avaitétudiés en Italie , et qui constituaient pour lui nia vraye architecture,» de l’Orme, visant, sans cesse à la majesté . n’atteignit souvent que la lourdeur. D’un autre côté, trop préoccupé de la recherche d’une beauté rationnelle qu’il dernan-
11 Architecture , loi. 280 r°.
2 Les grands architectes français de la Renaissance , p. 20 et suiv. Il faut ajouter à Ja liste que
nous avons publiée le château de Clienonceaux . qui. d'après des documents récemment de'couvorls , a été en q-rande partie bâti par de l'Orme.
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 25 dait plutôt au calcul qu’au sentiment, procédé pernicieux qui égare nécessairement, il ne put éviter les bizarreries et même les gaucheries dans ses conceptions.
Est-ce donc à dire qu’il soit indigne de la célébrité attachée à son nom? Rien ne serait moins vrai. De l’aveu du juge le plus illustre, de Jean Goujon, de l’Orme fut regardé pendant sa vie comme un architecte éminent1'1; il méritera toujours d’être considéré comme tel, quelles que puissent être les variations du goût , parce que, à côté de ses études sur le style et la forme, il en a fait de considérables sur la construction, dont il a, le premier, révélé publiquement les principes en France. De grands progrès réalisés en technique, voilà le principal fleuron de la couronne de Philibert de l’Orme, et c’est sur le terrain de la science qu’il a vraiment dominé tous ses rivaux. A ce sujet, d’ailleurs, on peut se prononcer avec certitude, puisque les deux traités didactiques écrits par lui sont parvenus jusqu’à nous. Voici dans quelles circonstances il fuL amené à rédiger le premier.
Lorsqu’il était surintendant des bâtiments, ayant eu maintes fois l’occasion de constater qu’il devenait chaque jour plus difficile, et partant plus dispendieux , de se procurer les énormes pièces de bois auxquelles on avait recours pour construire les combles à grande portée, il s’ingénia et réussit à y remédier par l’emploi de fermes composées d’une multitude de morceaux bien assemblés et maintenus par des clefs et des chevilles. «Sur quoy, raconte-t-il, il m’advint un jour d’en tou- « cher quelque mot à la Majesté du feu Roy Henry, estant à table. Mais quoy? Les «auditeurs et assistons, pour n’avoir ouy parler de si nouvelles choses et si grande « invention, tout à un coup me rectifièrent de mon dire, comme si j’eusse voulu «iaire entendre au Roy quelques menteries. Voiant doneques faire un jugement «si soudain de ce qui n’estoit encores entendu, et que la Majesté du Roy pour lors « ne disoil mot, je délibéray ne plus rien mettre en avant de tels propos, comman- «dant de procéder aux basli mens comme l’on avoit accoustumé. Quelques temps «après, la Royne mère délibéra faire couvrir un jeu de palmaille à son chasteau «de Monceaux, pour donner plaisir et contentement au Roy. Et voyant qu’on luy «en demandoit si grande somme d’argent, cela me feist reparler de ceste inven- «tion : et lut ladicte Dame seule cause que je la voulu esprouver. . . Doneques j’en r iis l'espreuve au chasteau de la Muette , ainsi que plusieurs ont veu et en autres «divers lieux, selon la façon que j’escris en ce présent livre. Laquelle espreuve se «trouva si belle et de si grande utilité, que lors chacun délibéra en faire son profit «et s’en aider, voire ceux qui l’avoient contredicte, mocquée et débattue. Laquelle « chose estant venue jusque aux oreilles de la Majesté dudict feu Roy, qui avoit veu « et grandement loué ladicte espreuve , il me commanda en faire un livre pour estre «imprimé, afin que la façon fust intelligible à tous, pour la décoration de son « royaume(8,.i> L’ouvrage dont Henri II avait recommandé la publication ne fut
(l) On se rappelle que. dans son épître au lec- grand éloge de l'Orme en même temps que Lescol.
leur (citée 1. 1 . p. 208), Jean Goujon nomme avec Nouvelles inventions, dans i’épître au lecteur.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, entièrement imprimé que plus do deux ans après sa mort, le 3o septembre 1 56 1 . 11 est illustré de nombreuses gravures sur bois et divisé en deux livres. En tête se trouvent deux épîtres, l’une au jeune roi Charles IX, l’autre au lecteur, puis une pièce de vers latins sur l’invention due à de l’Orme. Une seconde édition a été publiée en î 5 7 6 ; le titre de la première est ainsi conçu :
NOVVELLES