‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 4)Chapitre 13 sur 81 · Livre de l 'Architecture de · texte numérisé non relu

Livre de l 'Architecture de

Philibert de l’Orme.

PORTRAIT DE PHILIBERT DE L'ORME Fac-similé réduit, d’après sou Traité d'Architecture.

T. II, p. 26.

En 1626, il en a été fait chez Régnault Chaudières, rue Saint-Jacques, à l'Ècu-de-Florence , une seconde édition, à laquelle ont été ajoutés les deux livres des Nouvelles Inventions. Une autre, absolument semblable, a encore été publiée à Rouen, en i648 , par le libraire David Ferrand, rt tenant sa boutique au bout de tria rue du Bec, près le palais. n

Le premier volume de Y Architecture , qui commence par une épître dédicatoire à la Reine mère et par une épître aux lecteurs, renferme un grand nombre de gravures sur bois, parmi lesquelles un bon portrait de l'auteur, et se divise en neuf livres. Dans le premier, après quelques généralités, il est parlé des matériaux; dans le second, il est question des fondations; le troisième et le quatrième sont consacrés à la coupe des pierres; les cinquième, sixième, septième et huitième, aux ordres et à leur agencement, et le neuvième, à la construction des cheminées. Comme plusieurs ouvrages contemporains, par exemple ceux de Brillant et de Jean Martin, contiennent divers détails surles ordres, ce qui offre le plus d’intérêt dans celui dePb.de l’Orme, et vraisemblablement ce qui eu! le plus d'utilité lors de son apparition , ce sont les deux livres où il est traité de la coupe des pierres. A la fin du moyen âge on avait poussé fort loin la science de la stéréotomie; mais la connaissance des principes de cet art, loin d'être l’objet d'un enseignement public, restait le privilège d’un petit nombre de constructeurs, qui n’y voulaient initier que leurs apprentis. 11 est aussi à supposer qu’à cette époque les procédés en usage gardaient, dans leur allure, quelque chose du mystère dont on les avait longtemps entourés. De l’Orme, adaptant ses épures aux besoins de l’architecture antique renouvelée, s’efforça de communiquer à ses tracés une forme en même temps scientifique et simple, qui garantît l’exactitude du résultat et permît à sa méthode de se répandre M. Si, malgré l’étude approfondie qu’il fit des mathématiques et des leçons du fameux Oronce Finée, il n’a pu échapper à quelques erreurs de détails, que ses successeurs ont relevées, il a atteint parfaitement son but principal; et à lui exclusivement revient la gloire d'avoir popularisé la stéréotomie, dont son livre a été pendant près d’un siècle le meilleur et presque I unique traité. Nous le répétons, les progrès que de l’Orme a fait faire dans I art de bâtir, dont il ne dédaignait aucune branche, sont, mieux encore que son talent artistique, la véritable base de sa renommée.

La grande œuvre didactique de Ph. de l'Orme , œuvre qu'il ne convient de juger

(1) On doit aussi à de l’Orme la découverte du procédé au moyen duquel les anciens traçaient les volutes, rrll me souvient, dit-il, d’avoir veu, en un ffd’iceux (chapiteaux ioniques de l'église deSainteff Marie-de-Transtévère, à Rome) qui n’avoit esté ff achevé, une face qui n’est que équarrie, ayant " audessus des volutes les centres h mettre le corn¬

er pas pour faire la circonférence de sa volute... Du rrtemps que j'étois à Rome (il y a trente ans), je mnonstray ladicte façon à plusieurs qui pour lors rrl’ignoroient, et les adverty oùjel’avois trouvée et rr mesurée. Si, depuis, quelques-uns l’ont faicte irnrr primer et s’en attribuent l’honneur et l’invention . rr ils y penseront. * ( Architecture , fol. 1G2 v°.)

qu en se reportant au temps où elle fut entreprise, lui tenait si évidemment au cœur, que la mort seule a pu en empêcher l’entier achèvement. Les biographes ne s’accordent pas sur l’époque à laquelle le grand architecte mourut; niais nous pouvons la fixer définitivement. Un des registres capitulaires de Notre-Dame nous a effectivement appris que de l’Orme mourut à Paris, dans sa maison du cloître, le dimanche 8 janvier 1570, vers sept heures du soir; puis que, conformément au désir manifesté dans son testament, le Chapitre décida qu’on procéderait à ses funérailles avec les cérémonies usitées aux obsèques d’un chanoine, et qu’il serait inhumé dans la nef ou dans toute autre partie de la cathédrale que ses exécuteurs testamentaires jugeraient convenable11). A la suite de cette résolution, on trouve, dans le registre, la recommandation adressée au chanoine de Bréda, un des exécuteurs testamentaires, de veiller, suivant la requête du procureur de la Reine mère, à la conservation de certains plans et modèles qui avaient été laissés à la disposition du défunt. Les plans dont on redoutait la perte étaient apparemment ceux des Tuileries ou du château de Saint-Maur. Dans ce dernier édifice, de l’Orme possédait des meubles, à 1 inventaire desquels assista un représentant du Chapitre, afin de sauvegarder les intérêts des héritiers Du Bellay.

Jean de l’Orme , Philibert de 1 Orme avait un frère dont le prénom était Jean , qui, comme lui, de Philibert, s’occupait de construction , mais sur lequel on a fort peu de renseignements. Le

(.sus.) a4 février 1 5 6 a , étant alors maître général des œuvres de maçonnerie du Roi,

par lettres patentes données à Saint-Germain-en-Laye, il fut remplacé dans cette charge, à laquelle il avait été nommé tt naguères, i> en succédant à Gilles le Breton. Pour le moment, il se trouvait en Italie, où il avait été envoyé avec le seigneur de Termes, lieutenant général en ce pays, afin d’y te faire le service du fait des tt fortiffications des places fortes. a Ses travaux à Parme, à Sienne et en Corse, sont rappelés dans des lettres du 12 juin i55A, par lesquelles il fut substitué à son frère comme tt visiteur des places fortes, places et chasteaux, ports et havresa du duché de Bretagne, avec 5oo livres d’appointements12). Les comptes de i558 énoncent tcMaistro Jean de l’Orme, escuyer, sieur de Saint-Germain, commisttsaire député par le Roy sur le fait de ses édifices et bastimens , a et lui attribuent 600 livres de gages par an. Ces Goo livres avaient été éclipsez de 1,200 livres ede gages appartenans à Jean Bullant,a suivant les termes des lettres patentes données à Blois, le 16 janvier 1 5 5 g (v. s.), où il est exprimé de plus que, a en tt faveur de Maistre Philbert de l’Orme, abbé d’Ivry, ayant lors la charge de supertt intendant sur tous et chascuns lesdils bastimensa (royaux), le roi Henri 11 avail donné les 600 livres comme honoraires ttàJean de l’Orme, frère dudit abbé d'ivry, «pour ordonner, en son absence, desdits bastimens. a Dans les lettres patentes

(l> Arch. de l’Emp. reg. LL 260. p. 278. — <’> Collection de M. Benjamin Fillon.

LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICJS. 29 de janvier 1 56â , relatives à la démolition de l’hôtel des Tournelies , il figure aussi avec son ancien titre de maître général des œuvres de maçonnerie du Roi, et comme commis à la mission de mesurer les terrains à vendre. 11 survécut à son frère, qui, par son testament, daté du 21 décembre 1 5 6 9 , lui légua tous ses clivrcs d’architecture, desseinctz, stampes et pourtraicts, et, oultre,* le cciieu rde Plaisance, près Paris, 11 avec une propriété à Fontenay. Le testament de Phi- Taiamem libert de l'Orme (I1 contient des donations en faveur de ses deux sœurs, et de deux phiiib.n ,u ro, enfants naturels dont on éprouve quelque surprise de le voir père , attendu que leur naissance eut certainement lieu postérieurement à sa nomination comme chanoine. En 1 5 6 9 , effectivement, la fille, Charlotte, était mineure, et le fils, Philibert, était tellement jeune qu'on 11c pouvait encore le placer dans un collège. Une autre fille de Pli. de l’Orme, Catherine, femme dumaître maçon Pierre Girard, est mentionnée, à la date du 28 janvier 1 55 7, dans les registres de la paroisse d’Avon, près de Fontainebleau. Les deux sœurs de l’architecte des Tuileries avaient nom Anne et Jeanne; la première fut femme du contrôleur Martin; la seconde épousa Christophe de Burlet, puis « noble homme Olivier Rouillard. 11 Elle habitait le Dauphiné lorsque mourut son frère. Elle reçut de lui , en héritage, l’hôtel d’Etampes , situé rue Saint-Antoine , et la maison que de l’Orme s’était bâtie rue de la Cerisaie12'.

Jean Bullant, certainement originaire de Picardie, naquit on ne sait au juste uuiiam à quelle date, mais, suivant toutes les présomptions, vers 1 5 1 5 . De même que de l’Orme, il alla en Italie étudier les monuments antiques'1 * 3 4). 11 ne dit point, du reste, quand il s’y rendit; on peut croire qu’il y fut envoyé dans sa jeunesse par le connétable Anne de Montmorency, dont il demeura toujours l’architecte ordinaire141, et au service duquel il paraît avoir débuté dans la carrière où son nom est resté si célèbre. Retiré à Ecouen pendant sa disgrâce, de i5âi à 15J17, Montmorency eut l’idée de faire rebâtir son château, et en confia la reconstruction à Bullant, don! cette circonstance commença la réputation. Ayant recouvré son influence sous Henri II, le Connétable recommanda probablement son protégé à la bienveillance royale : aussi retrouve-t-on , quelques années plus tard, Bullant revêtu des fonctions de contrôleur des bâtiments de la couronne.

(1) Voir à l’Appendice la copie de ce testament.

w La maison de Philibert de l’Orme , qui est fort mutilée, mais dans laquelle on distingue encore quelques anciens détails caractéristiques, particulièrement la grande lucarne, porte actuellement le numéro 2 2 .

(3) Dans sa Règle d’ architecture , Bullant dit :

tr . Cinq manières de colonnes . que j’ay me¬

surées à l’antique, dedans Rome."

(4) Dans la dédicace de son second ouvrage , Bul¬

lant, s’adressant à François de Montmorency, lui dit : et Monseigneur le Gonnestahle, voslre très cher rrel très honoré père , décoré de toute vertu; lequel (t m’a tousjours occupé et entretenu aux œuvres de ff son chasteau d’Escouen , afin de ne me consommer cr en oysiveté, d’autant que la pluspart du temps me restoit sans autre occupation.» C’est à Ecouen que Bullant résidait d’habitude, et c’est également là qu’il mourut. Son inlluence artistique nous semble se révéler dans plusieurs églises des environs.

qui lui furent confiées par lettres patentes délivrées à Saint-Gcrmain-en-Laye, le 22 octobre 1557. Le 8 juin 1 55g , il reçut la mission de visiter ces bâtiments; mais, dès le mois de janvier suivant, il était remplacé dans sa charge par le nommé l'rançois Sannat <'>. Nous supposons que, atteint d’une disgrâce analogue à celle qui frappa de l’Orme après la mort de Henri II, il fut; forcé pareillement de se retirer devant quelque créature de Catherine de Médicis, dont il était destiné à devenir un jour l’architecte officiel.

On ne voit guère ce que Buliant fit, eu matière de construction, de 1 55g à 1070. Le passage d un de ses livres, que nous venons de citer en renvoi, laisse supposer qu il n eut alors que fort peu d’occupation. 11 on profita indubitablement pour approfondir la théorie de son art. On sait aussi qu’il tenta des essais de gravure : on a décrit deux chapiteaux qu’il grava sur cuivre en 1 566, et qui sont signés de lui <-> ; mais ccst à tort que des auteurs ont prétendu que, outre le huiin, il mania aussi le ciseau, car il 11 y a nulle preuve de cela, et les sculptures d’Ecouen, à lui attribuées par Alex. Lenoir et Émeric David, sont manifestement 1 œuvre de Jean Goujon. Quoi qu’il en soit, les loisirs de Buliant lui fournirent l’occasion de composer les deux ouvrages qu’il a publiés. Le plus ancien, de lormat 111-/1°, illustré de nombreuses gravures sur bois, se composede deux parties. La première a paru sous ce titre :

Ou\ rages de Jean Buliant.

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