ATTACHÉS AU SERVICE DES TRAVAUX HISTORIQUES POUR LA PARTIE TECHNIQUE
MM. BONNARDOT (François), I. », Archiviste paléographe. PETIT (Auguste), Commis paléographe.
AVANT-PROPOS
Le volume que nous publions appartient à la série qui a pour titre général Topographie historique du vieux Paris, et, pour désignations particulières, les différentes régions à l'étude desquelles chaque partie de l'ouvrage est consacrée. C’est ainsi que le travail a été divisé originairement, et qudl se poursuit aujourd'hui à l'aide des notes, des croquis et autres indications ragmenlaires laissées par le premier auteur, puis recueillies, interprétées et complétées par ceux que la Ville a chargés de continuer l’œuvre. Après la région du Louvre et des Tuileries sont venues celles du Bourg et du Faubourg Saint-Germain; nous avons dit, au moment où les quatre premiers volumes ont paru, quels liens les unissent entre eux; à l’heure où parait le cinquième, notre devoir est de faire connaître quelle place il occupe dans 1 histoire topographique de la vieille cité.
Il se rattache à deux autres régions plus distinctes peut-être, et leur sert de trait d’union; ce sont : Y Univers Hé, quartier traditionnel des études, et le domaine ou territoire suburbain de l’Abbaye. Par le voisinage immédiat des grandes écoles et du couvent des Malburins, siège des assemblées du Corps enseignant, la région que nous décrivons est à moitié universitaire tandis que par les accensements qui s’y opèrent, par les deux paroisses qu’on v ccee, par les grands monastères qui s’y établissent, parles manoirs et ks se, ours quy possède la haute noblesse, parles nombreux hôtels que les évêques, es abbés, les dignitaires du Parlement et de la Chambre des comptes s’y ont construire, elle semble plutôt appartenir au Bourg et au Faubourg Sainl-
.er ni ai „. Elle présente donc un double aspect et offre, par conséquent, un double intérêt.
Une autre particularité la recommande à l’attention du lecteur : portion intégrante de la censive de Saint-Germain-des-Prés, avant la construction de la muraille dite de Philippe-Auguste, elle est, par le fait même de rétablissement de cette enceinte, incorporée à la Ville, et devient ainsi, comme nous la désignons en tête du présent volume, la «région occidentale de l'Université». Garantis contre toute entreprise du dehors parla fortification qui les couvre, les habitants de ce territoire annexé y multiplient les constructions; de nouvelles rues sillonnent le vieux clos de Laas, et les censives des deux abbayes, Sainte-Geneviève et Saint-Germain, séparées jadis par des chemins et des barres, semblent s’unir pour offrir une plus vaste surface aux établissements scolaires. Les deux grands monastères conservent, il est vrai, la partie de leurs terres située au delà des murs, et en font l’objet d une exploitation rurale; mais la partie enclose dans la nouvelle enceinte est bien distincte de l’autre : elle vit désormais d’une vie propre; c'est et ce sera, pendant plusieurs siècles, la région à la mode, la transition entre 1 humble quartier de la place Maubert, près duquel se cache la classique rue du Fouarre, et le somptueux faubourg Saint-Germain encore à naître.
Là est la note caractéristique de la «région occidentale de 1 Université ». Nous venons de dire comment elle se distingue des deux zones extra muras, auxquelles elle se rattachait autrefois, ainsi que du vieux centre universitaire fixé depuis longtemps sur les pentes orientale et septentrionale du mont Leucotitius, au lieu meme où fut le Paris gallo-romain ; il nous reste à marquer d’un trait ce qui la sépare de la Ville, c’est-à-dire du Paris de la rive
droite.
Au milieu de ces collèges, de ces couvents, de ces hôtels de prélats et ce grands seigneurs, il V a peu de place pour les artisans et les gens de commerce; aussi les enseignes y sont plus rares. Les alentours du Grand Châtelet, les quartiers de la Grève, des Lombards, de Saint-Josse et de Sainte- Opportune, les bourgs qui se forment autour des Halles des Champeaux et du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, attirent et retiennent le monde des métiers; dans la nouvelle zone que la construction de 1 enceinte de Philippe-Auguste ouvre au développement de la cite, se fixe, au contraire, le monde qui prie, qui étudie et qui enseigne, le monde que le rang, la
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ni
fortune, les fonctions appellent aux environs du Louvre et du Palais. L’industrie du manuscrit et celle du livre sont à peu près les seules qui s’y soient établies et perpétuées.
Circonscrite par trois grandes lignes (au levant, les rues de la Harpe et de la Bouderie orientale; au couchant, la partie de l’enceinte qui s’étendait entre la tour de Philippe Hamelinetla porte de Gibard ; au nord , la rive gauche de la Seine, depuis la place du Pont-Saint-Michel jusqu’au manoir deNesle), la région occidentale de l’Université figure une sorte de triangle dont nous avons réuni les trois côtés sur une planche unique. On sait que le plan de restitution du vieux Paris, conçu sous forme de carrés arbitrairement délimités, empiète sur les diverses régions et ne concorde pas avec le texte de chaque volume. Nous avons, pour celui-ci, remédié à 1 inconvénient que présente une telle disposition : la région occidentale de l’Université a son plan distinct, quoique rattaché à l’ensemble, et le lecteur peut y suivre chacune des parcellesdécrites dans le texte.
L’espace enfermé dans ce vaste triangle est considérable et. a fourni la matière de plusieurs petites monographies, qui se détachent du parcellaire général et s’imposent à l’attention du lecteur. Des monastères qui ont joué un rôle dans notre histoire, des églises dont il ne reste plus rien, mais qui ont eu aussi leur importance historique, des collèges de fondation et de destination très diverses, des hôtels pleins de souvenirs graves ou légers, méritaient d’être décrits un peu moins sommairement que les maisons ordinaires et les logis «sans désignations. Nous signalerons, entre autres restitutions ayant leurs articles distincts dans le texte et leurs preuves dans les appendices :
La partie de 1 enceinte de Philippe-Auguste comprise entre la tour de Nesle et la porte de Gibard, d’Enfer ou de Saint-Michel, avec ses murs et allées des murs, ses escarpes et ses contrescarpes, ses tours, portes, poternes, pont-levis et fossés ;
Les deux manoirs de Nesle, la tour, le pourpris qui contenait le tout, et les nobmreuses transformations opérées en ce lieu, l’un des points les plus tourmentés du vieux Paris;
Les couvents des Cordeliers et des Grands-Augustins, fomle's et dote's royalement, ouvrant successivement leurs salles aux disputes des théologiens, aux réunions des Etats généraux, aux chapitres des ordres royaux , aux audiences du Parlement et de la Chambre des comptes, aux assemblées du clergé de France, aux conférences des littérateurs, aux travaux des topographes, et finalement aux clubs et aux cérémonies d’ordre politique, pendant la période révolutionnaire;
L’église de Saint-André-des-Ars, paroisse parlementaire, véritable musée de sculpture, où Alexandre Lenoir a trouvé plusieurs des chefs-d’œuvre dont se composait son Musée des monuments français;
Saint-Corne, sans importance comme édifice, mais inséparable de l’histoire d nue corporation célèbre, celle des chirurgiens;
Le collège de Bourgogne, qui est devenu, après sa transformation et celle du couvent des Cordeliers, le siège de l’enseignement médical à Paris;
Les collèges d’Harcourt et de Justice, qui se sont, en se transformant aussi , perpétués jusqu’à nos jours sous le vocable de Saint-Louis;
Les grandes résidences seigneuriales, épiscopales, abbatiales, parlementaires qui peuplaient les rues Pavée, des Grands-Augustins, Saint-Andrédes-Ars. Hautefeuille, Serpente, des Poitevins, du Paon, du Jardinet, et qui ont laissé quelques traces de leur ancienne magnificence.
Une telle région devait être décrite avec un soin particulier, et mise sous les yeux de la génération contemporaine par une série, aussi complète que possible, de représentations figurées. Nous n’avons pas failli à ce double devoir : en présence du peu de documents historiques et graphiques amassés par Adolphe Berty, nous nous sommes livré à de longues et minutieuses recherches pour réunir tout ce qui lui avait échappé, c’est-à-dire les neuf dixièmes du volume, texte et figurations. Dans cette tâche multiple, nous avons été puissamment aidé par divers collaborateurs, au premier rang desquels nous plaçons MM. Albert Lenoir, Hochereau et Camille Platon.
M. Albert Lenoir, à qui la Topographie historique du vieux Pans doit son existence, puisqu’elle se rattache, par le lien le plus étroit, à la Statistique monumentale, œuvre si puissamment conçue et si fâcheusement abandonnée,
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M. Albert Lenoir, disons-nous, a bien voulu nous ouvrir ses riches portefeuilles, et nous y avons puisé de précieux éléments, tant pour la région occidentale de l’Université que pour les volumes ultérieurs.
M. Hochereau, conservateur du plan de Paris et ami zélé des antiquités parisiennes, a mis gracieusement à notre disposition son talent de dessinateur, sa science d’archéologue et l’expérience consommée que de longues années de travaux graphiques lui ont acquise. Il a voulu voir par ses yeux les restes des murailles et des édifices que nous décrivons; il en a relevé soigneusement les divers aspects, en les interprétant avec la plus remarquable sagacité.
M. Camille Platon, chargé de nous prêter son concours pour le débrouillement des notes informes de Bert.y, ainsi que pour les recherches bibliographiques rendues nécessaires par l’état incomplet de ces documents, a fait preuve, pendant la longue durée de ce travail, du plus louable dévouement. 11 a beaucoup contribué à combler les nombreuses lacunes existant dans la restitution du parcellaire, ainsi qu’à éclairer, au moyen d’études historiques et généalogiques fort étendues, les points obscurs que présentait la transmission des grands hôtels. Un index général, préparé par ses soins, s’ajoutera au dernier volume de la région universitaire, et fera suite aux excellents travaux de cet ordre accomplis par M. Auguste Petit.
Divers autres concours nous ont été obligeamment prêtés pour la recherche et la mise en état des éléments de figuration graphique, ainsi que pour la préparation matérielle du volume. M. Jules Cousin, conservateur de la Bibliothèque et du Musée historique de la ville de Paris, nous a signalé plusieurs estampes rares, parmi celles que contient son riche dépôt. M. Th. Vacquer, sous-conservateur des collections historiques, a fourni des indications, des relevés et des notes diverses pour d’importantes restitutions. Enfin M. P. Le Vayer, inspecteur des travaux historiques, chargé de centraliser les rapports entre les auteurs, l’imprimerie et les graveurs, s’est occupé, avec une sollicitude aussi éclairée que sympathique, de tous les détails relatifs à la publication.
Notre reconnaissance est acquise à tous ces collaborateurs; ils ne nous ont
point mesuré leur coopération ; nous ne leur mesurerons point nos remerciements. Associé, dès la première heure, à l'œuvre historique de la Ville, chargé il en poursuivre I une des parties les plus importantes, après avoir mis la main à presque toutes, nous demeurons fidèle à une mission qui nous honore, et nous consacrerons à cette tâche nos dernières années de travail.